Par ex., Erl., 10, /|52 et suiv
3. (( Nunc monasticos convcniamus. Xon possiint negare, quin voveant totam suam regulam, non solam castitatem, quocl et tola régula sub verbo « vovete » comprehenditur ; quarc necessc est vit et tota sub verbo «reddite» comprehendatur». Weim., VllI, G37, 26.
()G LITHER AVAIT-IL FAIT VœU
Augustin, jusqu'à la mort' ». Ainsi, pour Luther cl les siens, l'observance de la règle ne constituait pas un vœu ; sans doute, ils faisaient vœu de vivre conformément à la règle, ou selon la règle, mais c'était dans le sens qu'enseigne saint Thomas : « Celui qui fait profession ne fait pas vœu d'observer tout ce qui est dans la règle, mais il fait vœu de mener une vie régidière, ciui consiste essentiellement dajis les trois va'ux. dont je viens de parler... Il ne fait pas profession de la règle, mais de vivre selon la règle, ce qui veut dire qu'il fait vœu de tendre h. une vie morale, vie cpi'il faronnera d'après la règle, comme d'après un modèle - ».
L'assertion de Luther paraît vraiment par trop incroyable. Mais peut-être a-t-il en vue d'autres ordres et non pas le sien ? Du tout : il nous enlève tout doute à ce sujet quand il écrit : « Voici que j'ai fait vœu d'ob-
I. <(Ego frater... prinnitlo oljedicntiam... vivere sine |)roprio t-t in castitatc secunduin reeulain beati Augustiiii iisque ail morte in ».
C'est le texte qnc^ l'on trouve dans les anciennes recensions générales manuscrites, partout au cli. i8 : Rome, Biil. migelica ; Reims, n. 709; Verdiin, n. 'u ; tiaris l'édition de \'enise, de i5o8. toujours c. 18, fol. 23; dans les constitutions de Slau[iili! pour l'Allemagne (i5o/i), même formule, c. 18.
a. .S'. Theol., 2* 2"^ qu. 186, a. y, ad 1 : « Illo qui profitctur regulam, non vovet servare omnia quic sunl in régula, sed vovet regularcm vitam qu;e essentialiter consistit in tribus pra^dictis... profitentur, non quidein regulam, scd vivere secunilum regulam, i. e. tendere ad lioc. ut aliquis mores snos informel scL-undum regulam, sicut secundum quoddani cxcmphim ». Dans l'ordre de Luther régnait riider|)rétation qu'il n'y avait que les trois vœux cjui tombaient sous le précepte. « De omnibus aliis praotcr hacc tria», écrit le célèbre Augustin ,1orda\ de Saxe, vers la moitié du xiv° siècle, <( non veniunt sub praxcpto nisi mediantc prai-lato». l'itœ fratruni, Iloinie. 1.J87, p. 120-120.
d'0BSEU\ ER TOUTE LA REGLE ?
server loule la règle de saint Augustin ' ! » \atnrellenient comme il résulte de là qu'il aiirait l'ait vrru d'en observer chaque article, chaque recommandation, il était facile à Luther de montrer le c(*)té dangereux de cet engagement. On lit, par exemple, dans la règle de saint Augustin : « Qu'ils n'aillent pas au bain, ni n'importe où il faudra, à moins d'être deux ou trois ensemble, - ». Donc, si moi, ermite, je ne vais pas avec d'autres, j'ai rompu mon vœu, puisque (( j'ai fait vœu d'observer cet article jusqu'à la mort suivant la formule expresse du vœu ^ ». Ainsi celte prescription était contenue dans la formule de profession ? Comme Luther était déjà loin ! Jusqu'où n'ctaitil pas tombé pour n'avoir pas honte de détourner complètement de leur sens les paroles qu'il avait prononcées devant Dieu, et qui étaient imprimées dans les constitutions ! Il en arrivait ainsi au sens faux dont il avait alors besoin, mais à un sens qu'avec tous ses frères, il aurait rejeté avec raison, lors de sa profession, comme entièrement contraire à la formule des vœux! Quelle espèce de moines étaient donc les Augustins, ses confrères, qui se laissèrent abuser par de telles falsifications, et qui le suivirent dans son
1. u Eccc ego vovi totam Augustini rcfiiilani ». Weim.. VIII, (133, ',.
■>.. (( \oc eant ad baliiea sive quocunupir ire noccsscruerit iniiuis qiiam duo vcl trcs. »
.1. «Hoc vovi usqiie ad mortcm scrvare, ni expresse habet l'orma >oli ». Weim., VIII, 633, 6. — Ainsi encore Erl. lo, '1,12 : <( Saint Anf^ustin met dans sa règle qno ses frères ne doivent pas aller seuls, mais deux ou trois ensemble : cela, j'ai fait vœu do l'obéi r\(T jusqu'à la mort)).
qS ll'theh avait-il fait vcaiu
apostasie ? N'esl-il pas clair que dès lors ils appartenaient à ce courant de décadence, que j'ai décrit dans l'introduction de cet ouvrage I*
L'exposé de Luther n'atteint pas davantage les autres ordres les plus connus d'alors. Les dominicains faisaient vœu « conformément à la règle », comme Luther et ses confrères ; les bénédictins et l'ordre de Cluny ' en faisaient autant; et, dans l'ouvrage, bien plus dans le chapitre même cité par Luther, saint Bernard dit expressément, à propos de la règle de saint Benoît : (( Je fais vœu, non j)as de l'observance de la règle, mais d'obéissance, conformément à la règle de saint Benoît- ». Quelques pages plus loin 3, voici ce qu'il dit des moines de son temps : a Par la profession, personne ne fait vœu d'observer la règle, mais d'ordonner sa vie selon la règle ou conformément à la règle. L'on n'est donc pas coupable de parjure si l'on n'observe pas striclcment la règle ». Aux bénédictins et aux moines de Cluny, saint Bernard accorde beaucoup de liberté à l'endroit de la règle, dans les cou-
1. Noir à ce sujet Mvbillon, licijuln S. Benedicti, dans Migue, Pair, lut., t. IJO, 820. Hkkn\iidi ! abljalis casinens. Spéculum monachorum, cd. Waltcr, Friijourg, if|oi, p. .').
2. (( Promitio non <iuklein Regulam, sed ohedieiiliam seciindiun Rcgulam sancti Benedicti. » De pi\Tiepto et dispcns., c. !^, n. lo.
3. llnd., c. iG, n. /17. Bernard ], abbé du Mont Cassin, qui, dans le Spccaluni inonachorum (cd. Waltcr), p. 117, cite les deux passages de saint Bernard, conclut ainsi: «Ex lus igitur dico, qiiod in aliis, quin in prolcssionc non exprimimtur, monaclins seciuitur regulam ut magistram docentem et ad rectitudinem et salubria monentem et utilia consulcntem, non ut jubentcm, mandantem vel jira'cipientcm. » Cf. aussi p. iig. Henri de Gand n'a i^as parfaitement compris cette distinction.