‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 114 sur 290 · I02 LUTHER .VVAIT-IL FAIT VŒU · texte numérisé non relu

I02 LUTHER .VVAIT-IL FAIT VŒU

Après son apostasie, Luther n'était pas le même qiiauparavant : voilà qui explique tout. Après cette apostasie, lorsqu'il n'eut plus pour l'Eglise que railleries et sarcasmes, il la rendit responsable encore d'autres péchés mortels, tout différents de ceux-là. Entre autres aménités, voici ce qu'en i.53i, il écrivait du pape et des papistes : « Ce serait vraiment dommage que ces bestiaux stupides et ces pourceaux dégoûtants pussent sentir ces muscades, sans même parler de leur permettre d'en manger et de les savourer. Laissez-les donc enseigner et croire que de péter dans son surplis est un péché mortel, ou que celui qui lâche une vesse à l'autel est un damné. Ou, pour en venir à leur grande prescription : que celui qui se lave la gueule avec de l'eau et qui en avale xuie goutte, ne peut pas ce jour-là dire la messe, que celui qui par oubli est resté la gueule ouverte, et à qui un moucheron est entré dans le gosier, ne peut pas non plus recevoir le Sacrement. Et ainsi d'autres articles, innombrables, mirobolants, terriblement forts et sublimes, sur lesquels est fondée leur cochonne d'Eglise^ ».

I. Erl., 25, 75. — Comme c'est la première fois que nous rencontrons iine citation de ce genre, nous donnons ici le texte allemand, afin que l'on puisse juger notre traduction. Mais nous ne le ferons plus à l'avenir.

« Es ^^ arc scliadc, dass solch toll Vieh und unflâtige Sâue diesc Muskaten sollten riechen, scliweige denn essen und geniessen. Lass sic lehren und glâubcn : wer einen Forz im Chorhemde lâsst, das sei ein Todsùnde, und «er ûber dem Altar feislct, sei ein Verdamptcr. Oder, dass ich auf ihre hohe Arlikel auch komme : wer sein Maul mit Wasser spûlet und cinen Tropfen verschlingct, der miige des ïages nicht Messe halten ; Avcr sein Maul offen vergesse, dass ihm eine Mucke in Hais llugc, der miige des Tages das Sakrament nicht empfah-*

d'observer toute la règle? io3

Mais revenons à l'écrit de Luther « sur les vœux ». Quiconque est exempt de préjugés doit pourtant reconnaître enfin que le Réformateur y apparaît sous un jour bizarre. Les protestants ne sauraient répéter ici leur phrase préférée, que les connaissances de Luther étaient alors devenues plus profondes et plus claires, que dès lors il avait reconnu les vœux comme contraires à l'Ecriture ; non, ici il s'agit de faits. Depnis i5o5, c'est-à-dire depuis qu'il était entré dans l'ordre des Ermites de saint Augustin et qu'il y vivait comme religieux, les Constitutions y avaient la même teneur et la même signification qu'au temps où il composa son livre sur les vo'ux, en i52i. Que fait-il!* 11 change celte teneur, et surtout il la change préciséirient à l'endroit qui est décisif pour toute la suite de la vie du religieux ; il change la formule même des vœux. La modification est telle que le sens devient diiTérent de celui des Constitutions

en, uncl der^loichcn iinzLVhlioen, lierrliclieii, IrclTlichcn, Iiolieii Arlikcl, daraiif ilire Sdiikirchc gi'ijriindct isL. »

Le mot Maul est difïicile à rendre. Comme équivalent français, bouche est beancoup trop noble : ce serait du langage de liossuet. Gueule est le mot que donnent les dictionnaires ; mais ici, il semble trop acéré. Museau indique trop la partie cvlérieiire, et, dans la partie exlérieiirc, le nez. Le meilleur mot serait goule, doublet de gueule (puisque tous deux viennent de yulani), mais qxii, dans certaines provinces, s'emploie familièrement pour désigner la bouche : « Essuie ta goule », y dit une femme du peuple à son enfant avec une nuance affectueuse et goguenarde.

L'on voit par là comV)ion crrlains passag<'s de Lutlier sont difficiles à traduire. Çà et là, dans des citations de ce genre, nous nous inspirons du tour général plutôt que de tel ou tel mol en particulier (N. du T.).

lO^ LUTHER AVAIT-IL FAIT VœU

et de celui que Lullier lui-même avait autrefois compris. Intelligence plus profonde du passage!' Mais alors pourquoi en a-t-il changé les termes ? Précisément pour obtenir de ce passage le sens qu'a priori il voulait y voir, la formule vraie ne se prêtant pas au sens qu'il avait en vue. Ce n'est qu'après sa falsification qu'il put dire de lui-même, comme ermite de saint Augustin : « Voici que j'ai juré toute la règle de saint Augustin dans laquelle il commande que je n'aille pas seul : voilà ce que j'ai juré d'observer jusqu'à la mort. Mais voici que je suis emprisonné et contraint d'être seul, où en est mon vœu? Je dois me faire tuer plutôt que d'être seul. Et si l'on ne voulait pas me tuer, mais me garder isolé } Alors, le vœu est rompu, ou l'on reconnaît qu'il renfermait cette lestriction : Je fais vœu d'observer la règle en tel ou tel point, autant qu'il me sera possible. » De même, ajoute-t-il, il a fait vœu de prier à des heures déterminées, de porter l'habit, etc. Mais s'il tondrait malade, comment satisfaire au «Faites des vœux et acquittez-les'? » Et ainsi de suite ])Our tous les autres points de la règle -.

Toutes ces discussions et conclusions ne sont fondées que sur la falsification de la formule de la profession ; avec la vraie formule des vœux, elles n'ont plus rien sur quoi s'appuyer, et, dès lors, elles ne sont que des idées creuses et sans consistance. Et pour-

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