LES VCELX DÉTACHENT-ILS DU CHRIST
signifient pas : k Loin du Christ », comme Luther l'a dit avec calomnie, mais : « Toujours plus près de Lui, et par Lui plus près de son Père. » « Seigneur Jésus », disait-on déjà au moment de la vèturc « toi qui es la voie, sans laquelle on ne va pas au Père, conduis ton serviteur par le chemin de la discipline régulière ; reconnais-le comme l'une de les brebis » etc. '. S'il en est ainsi ; — et, dans les prochains chapitres, on le constatera avec plus de détails; — on ne s'étonnera pas que Luther ait voulu défigurer aussi les règles des autres ordres. Dans le même ouvrage 2 il écrit, il est vrai, que saint François a fait preuve d'une grande sagesse en disant que sa règle était l'Evangile de Jésus-Christ ; mais aussitôt, il lui reproche cette parole. Et pourquoi? Parce que l'Evangile laisse facultative la pratique de la chasteté, aussi
I. Le Pontificalis Liber (De MoitacliO fdcicndo ex clccto sociilari », c'est-à-dire de celui qui a été élu abbé par les chanoines réijulicrs, mais qui n'est pas encore moine : sur ce sujet, voir cidessous, ch. VI, 53.) renferme la prière suivante, parmi celles que dit l'évèque avant que l'élu reçoive l'habit (Rom.r, i.'i85, f. 58) : « Domine Jesu Chrisfe qui es via, sine qua nemo venit ad Patrem, qu;psumus clcmcntiam Inam, ut liunc famulum tuum, a carnalibus dcsideriis abstractum, ^icr iler discipline repularis deducas. Et qui peccatores vocare dipnatus es, dicens : \'enite ad me omnes qui laboralis et onerati eslis, et ego vos reficiam ; presta, ut hec vQx invitationis tue ita in eo convalescat, quatenus peccatorum onera dcponens, et qnam dulcis est gustans, tua refcclione sustenlari mereatur. Et siciit altestari de tuis ovibus dio-natus es : Agnosce eum inter oves tuas, ut ipsc te agnoscat, et alienum non sequatur sed te, nequo audiat vocem alienorum, scd tuam qua dicis : Qui mihi minislrat me sequatur». Dans les constitutions de Staupitz, les dernières lignes sont devenues une prière à part. ^'oi^ ci-dessus, p. 117, n. i.
■2. Weim., Vlll, p. 679, 2tj.
LES vœux DÉTACIIENÏ-ILS DL CHRIST.^ 125
bien que celle de tous les autres règicments que les franciscains observent avec une incroyable hypocrisie. Puis vient le reproche spécial à François : (( Pourquoi, dit Luther, a-t-il fait de l'Evangile commun à tous ime règle pour un petit nombre ? C'est là rendre schismatique et particulier ce que le Christ a voulu qui fût catholique. Car le frère mineur, quand il fait vo:'u d'observer la règle, ne promet rien qu'il n'ait déjà promis au baptême, c'est-à-dire l'Evangile. » Et après avoir donné des coups dans le vide contre la distinction des préceptes et des conseils et la tyrannie papale, il conclut : « Tu le vois donc, il est démontré que, lorsque François a institué sa règle, il n'a été qu'un homme sujet à l'erreur. En effet, que signifient ces mots: u La règle des frères mineurs est l'Evangile », sinon qu'ils sont seuls à être chrétiens ^ ') Si l'Evangile est leur propriété, il n'y a pas de chrétiens en dehors d'eux ; alors que pourtant, sans aucun doute, l'Evangile appartient au peuple chrétien ; à lui seul, mais à lui tout entier. François a été encore induit en erreur, quand il a dit aux frères mineurs, si toutefois il le leur a dit, de promettre une seconde fois ce qu'eux et tous les autres avaient déjà promis au baptême, à savoir, l'Evangile commun à tous sans aucune excejîtion i. » Ces échafaudages de Luther s'écroulent d'eux-mêmes aussitôt que l'on connaît la teneur de la règle. Est-il vrai que saint François appelle sa règle l'Evangile ? Pas le moins du monde. Il commence ainsi sa seconde
I. ((Quid eiiim est diccre : « Rcgula fratnim minorum est evanyelium, » qnam statriere solos fratres minores esse christianos» Weim., VIII. 58o, i3.
Î26 LES VŒUX détache:«t-ils du christ?
règle: « La règle et la vie des frères mineurs est de pratiquer l'Evangile de notre Seigneur Jésus-Christ en vivant dans l'obéissance, dans la pauvreté et dans la chasteté ^ » Luther supprime le verbe principal, c'està-dire « pratiquer. » Puis, pour atteindre son but, il fait dire à François que sa règle est l'Evangile. C'est la même falsification que celle dont il s'est rendu coupable relativement à la formule de profession de
1. (( Régula et vita fratrum minorum haec est, scilicet Domini nostri Jcsii Christi sanctum evangelium observare, vivcndo in obcdiontia, sine iiroprio et in castitate». ^'oir l'édition de la règle ■selon les mss. dans Opiiscida S. P. Fraiicisci Assis., Quaracchi, igoi, p. 63. Rien d'étonnant qnc dans la première règle on ne dise rien de l'observance de l'Evangile ((bid., p. 20): cette observation va de soi ; mais si la Règle n'était que l'Evangile, ce silence ne serait pas explicable. La règle de sainte Claire s'accorde aussi avec la seconde règle de saint François. Voir La règle de l'Ordre de sainte Claire, Bruges, Dcsclée, 1892, p. 12. Naturellement c'est là la manière de voir des plus anciens interprètes de la règle, par exemple de S. Bonaventure : « Eorum igitur régula htec est, scilicet Domini nostri Jesu Christi sanctum evangelium observare. Hoc idcirco dicitur. quia Iota regulan substantia de fonte traliitur evangelica? puritatis », etc. {Opp. S. Boiiaveriturx, éd. Quaracchi, \lll, p. 3cj3). Higies DE Digne dit, sur les paroles de la règle que j'ai citées : « Beatissimus regul.'c conditor... professionem suam in cvangelii observatione constituit ». (Finnainenta irium ord., Paris., i5i2. If" pars, fol. 3V" ). .Ie.vs Pecrvai : « Régula siquidem et vita Fratrum Minorum hec est, currere in odorem unguentorum sponsi, evangelium domini nostri Jesu Christi observare » etc. (ibid., fol. ii3). L'auteur des Co/i/ormi/a^es, Barthélémy de Pise, quoique porté aux exagérations, dit lui-même simplement : « Régula est in sancto evangelio fundata ». (/6/d., fol. 55''). Mais toute règle doit en être là. Conformément à tout ce que l'on vient de lire, saint François exhorte ainsi les frères à la fin de la règle : <( ...ut semper subditi et subjecti... stabiles in fide catholica, paupertatem et humilitatem et sanctum evangelium, quod firmiler promisimus. ohservemus ».