Ci-dessns, p. nh et sviiv
2. Voici lin trait qui sert aussi à faire connaître en quelle société se trouvait Luther. Le franciscain apostat Eberlin de Glnzbolrg, qui donna le conseil de renverser la cathédrale d'Ulm, accueille entièrement la thèse de Luther (dans son « Wider diefalscli scheynende gaystlichcn under dem chrisllichen hauffcn gênant Barfuser», e\.c., 102/1), bien qu'il connût parfaitement la règle de son ordre. Le provincial des franciscains, Gaspard Sch.vtzgeyer, écrivit contre lui (dans la (( prima iniposlnru » de son ouvrag:c De Vita Christiana) : « Asscrunt minorita^ quod corum régula sit purum cvangelium ». Il répond : a Hoc falsiim est : asserunt tamen regulam suam in evangelio esse fundatam sicut quaîlibct bona in christianismo régula ».
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saint François. Mais il aurait eu trop à faire de se lovirinenter toutes les fois que les reproches qu'il lança contre les autres retombaient sur lui.
Du reste, il aurait pu et dû savoir que saint François n'est pas le seul à parler de l'observance de l'Evangile. Bien des siècles avant lui, le patriarche des moines d'Occident, saint Benoît, dans le prologue de sa règle, adressait cette exhortation à ses frères : « Les reins ceints de la foi et de la pratique des bonnes œuvres, laissons-nous conduire par l'Evangile et suivons-en les voies, afin que nous méritions de voir dans son royaume celui qui nous a appelés^. » En outre, la règle de saint Benoît est en grande partie formée de passages tirés de l'Evangile. Et tous les ordres parlent des conseils évangéliques , conseils contenu s dans l'Evangile, comme le mot le dit, et que l'Evangile nous exhorte à pratiquer.
Ce que Luther répète le plus fréquemment et sur tous les tons, dans ses ouvrages et ses prédications postérieures, c'est que les religieux mettent leurs fondateurs à la place de Dieu et du Christ ; que chaque ordre s'est forgé un Dieu à sa façon ; que l'augustin l'a revêtu de la coule des augustins, le franciscain de son capuce, et ainsi des autres. Il n'y avait que les Luthériens à être chrétiens; les moins chrétiens de tous, c'étaient les moines, car ils reniaient le Christ. A cause de leurs habits, de leur tonsure, de leur nourriture et
I. « Succinctis criro fuie vel obscrvantia bonorum acluum liimbis nostris, pcr ducatum Evangclii pergamus itincra cjus, ut mereamur eum, cpii nos vocavit, in regno suo videre ». Migne,
loc. cit., c. 217.
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de leur boisson à part, ils se regardaient comme beaucoup plus saints que les autres chrétiens. « Mais, dit le Uéformateur, dans le langage grossier dont il a le secrel, je te conseillerais plutôt de boire du malvoisie pourvu que tu croies au Christ, et de laisser les moines ingurgiter de l'eau ou leur urine, en ne croyant pas au Christ'. » Mais qui donc est atteint par cette accusation de Luther? Lui seul. A cette époque, il s'était déjà érigé en autorité suprême, et il avait exigé qu'on eût en lui une foi absolue. Il lui suffisait d'avoir dit une chose pour que les autres la répétassent ; d'avoir fait un geste pour que les autres le fissent aussi.