CHAPITRE VI
SOPHISMES ET ENORMXTES DE LUTHER SLR LES VOEUX MONASTIQUES, ET PARTICULlÈREMEXT SUR LE VœU DE CHASTETÉ. — ASTUCE DE LUTHER; SES EXCITATIONS AU MENSONGE
St. — Luther induit en erreur sur le but de l'état religieux et sur le but des vœux.
Dans sa lutte contre l'Eglise et ses institutions, Luther eut pour principale tactique d'attribuer à l'Eglise une ou même plusieurs propositions antichrétiennes, sans laisser supposer que cette attribution sût aucunement besoin de preuve. Ensuite, il exjDosait cette ou ces propositions avec tant d'audace i, que si, parmi les lecteurs ou les auditeurs, quelque doute s'était élevé en faveur de la vérité, ce doute devait s'évanouir aussitôt. Puis, comme la conclusion qu'il
I. En 1025 il donnait le conseil suivant à Spalatin, prêtre marié : c Contemne eos (ceux qui lui reprochaient de s'être marié) fortiter ac rcsponde eis sermone maçjnifico in hune fere modum : et te quoque conjugium amplexum esse, ut testatum faceres Deo et hominibus, maxime illis- ipsis, te non consentire in illorum sceleratum, impunim. impiinii et diabolicœ ecclesiaî ccelibatum sivc poli\is Sodoniam ig^ni el sulphuri cœlcsti devolam ac propodicm (liMorandam », etc. Enders, V, 280.
LES vœux \E PRODUISENT PAS LA JUSTIFICATION iSl
voulait obtenir se tirait logiquement des prémisses ^linsi acceptées, on ne l'en accueillait qu'avec plus d'empressement.
Dès i52i, c'est là son procédé au sujet des vœux monastiques. 11 écrit : Si à ceux qui prononcent des vœux dans les monastères, l'on demandait pourquoi ils le font, « on les trouverait tous dans la persuasion impie qu'ayant perdu la grâce du baptême, ils ont voulu échapper au naufrage, en s'accrochant à l'épave de la pénitence; c'est pourquoi il leur a fallu embrasser le genre de vie où l'on se lie par des vœux ; par là, ils ont visé non seulement à devenir bons et à elTacer leurs péchés, mais encore à faire une pénitence surabondante, et à devenir meilleurs que les autres chrétiens. Qu'ils cherchent tout cela dans leurs œuvres et dans leurs vœux et non dans la foi, c'est ce qui est absolument hors de doute ; la preuve en est qu'ils disent : « Si je ne cherchais et si je ne trouvais pas tout cela, que pourrais-je chercher dans le cloître? Qu'aurais-je à y faire ') )•> Et s ils savaient qu'il n'y a que la foi à jiouvoir procurer ces effets et à nous en gratifier, ils diraient aussitôt : u Alors, pourquoi prononcer des vœux et se faire moine? i »
I. (( Inlcrrogemus mine oinnes votarios islos, qua opinionc voveant, et invcnios eos liac opiiiione impia possessos, qnod arbitrentur o;ratiam baptismi irrilain factam et jani sccunda tabula pœnitentia:' naufrasiiim cvadciuhim csso, ideo qiiœrendiim pcr votivuin Vivendi genns non sohiin, ut ])oni fiant et peccata delcant, sed abimdantius pœnitcant et ca^tcris cliristianis meliores fiant. H;t!c omnia illos qnirrerc in operibns et votiset non in fide, certissimiiin est », etc. AVeim., VIII, gS."}, 28. Ici, Lidlier présente déjà comme absolument ceriniii q^yic Ions les moines ont fait vœu avec cette idée. Quelques mois auparavant, il se bornait à dire :
l33 LES vœux NE PRODUISENT PAS LA JUSTIFICATION
Ce que Luther dit ici, est-ce la vérité ? C'est un travestissement delà vérité, auquel il a eu recours pour arriver à son but qui était de faire croire que si l'on entre au couvent, qu'on y prenne l'habit et qu'on y prononce des vœux, c'est pour avoir la certitude d'obtenir la rémission de ses péchés et d'aller au ciel; ou c'est qu'on veut, sans s'occuper de Dieu, mais par les seides œuvres de sa vie monastique, arriver à la justification et au salut. Aussi conclut-il que les ordres sont opposés à la foi. « Les moines ne croient pas pouvoir se sauver ni ètveiusiiiiés parce qu'ils sont baptisés et chrétiens. mais seulement parce qu'ils appartiennent à l'ordre de tel ou tel fondateur au nom de qui ils se confient, comme si leur baptême et leur foi avaient fait naufrage 1 ». Même le vœu de ceux « qui pour les meilleurs motifs quittent la vie laïque » (de la h grande masse des idiots » il est inutile de parler), ce vœu signifie : (( Voici, Seigneur, que je te fais vœu de n'être plus jamais chrétien ; je rétracte le i^œu de mon baptême ; je veux maintenant te faire et garder fidèlement un vœu meilleur, en dehors du Christ, par ma propre nature et par mes propres œuvres. ». Et il poursuit avec indignation : u N'est-ce pas là un vœu horrible, monstrueux? 2 )) Vers la même époque, il écrit du célibat, en particulier : (( Le vœu de vivre dans la virginité, dans le célibat, dans tel ou tel ordre, et n'importe quel autre vœu, tout cela ne vient pas de la foi. C'est aux
« Probf(6ife est non fuisse voturos, si scissent née justitiam, nec salntom per vota continorere». Weim., VIII, SsS, n. ti3.