‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 150 sur 290 · iiantnin frai^ililas liuinaiia pcriuiltil · texte numérisé non relu

iiantnin frai^ililas liuinaiia pcriuiltil

2. Puisque Liitlior emploie le mot « interpréter », il admet donc hii-nièmc qne la signilication de cette formule, don! on a tant al)usé alors: a Qiinnlum Jratjilitas hiimana piTinittil », n'était pas celle (pTil mettait en avant. On en comprend le vrai sens en voyant les endroits où on la trouve. Kvwek.vu (VIH, .'^i'i et la note) se réfère aux paroles qu'on lit dans l'ordination des diacres. L'archidiacre présente les sous-diacres à l'évêque. Celuici lui demande : Scisne illos dignos esse? Et l'archidiacre répond : Quantum hiimaiia J'rugilitas nosse sinit, et scio et testificor ipsos diçinos esse ad hiijus onus ofjîcii {Pontificale Itoni.). Celte explication est hors tle propos, car il ne s'ag-it ici ni d'iui vo^u, ni d'une promesse ou d'une résolution de celui qui va être ordonné ou qui va recevoir l'habit, mais des renscisnements que peut avoir l'archidiacre sur la dignité de vie de ceux qu'il présente. Le chapitre i5 des Constitutions des augustins renferme un passage qui va beaucouji mieux an sujet. On y lit qu'à celui <pii prend l'habit le prieur doit exposer les- rigueurs de l'Ordre et lui demander s'il veut s'y assujettir. « Si respoiidcrit se

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ment ces paroles dans le sens négatif, c'est-à-dire : « Je ne fais pas vœu de chasteté ; car, pour nous permettre de vivre chastement, hi fragihté humaine ne suffit pas, il y faut vme force angélique et une puissance céleste. Ainsi, il gardera sa conscience lihre de tout

vclle ciim Dei ailjntorio cuncla scrvare, inqiiaiitum hiiniana fragililas servare potest^) (Staupilz: a inquantiiin hamana fragililas permiserit »), alors on doit le recevoir. Nous approchons plus encore du sens si nous consultons la rubrique De monacho facieiido ex electo seculari, dans l'ancien Po;i^(/ic«/(S liber, par ex. dans l'édition la plus ancienne {fnipressiis Home, opéra... mag. Stephaiii Plaimck, clerici Palavien. diocesis, MCCCCLXXXV, fol. 58. Autres éditions : Venctiis, lôio, fol. .'43 ; Luoiluni, i5/i2, fol. 6G ; Venetiis, i56i, fol. ôi ; exemplaires manuscrits des xiv" et xv' siècles, dans M.viiTÈNE, De antiquis eccl. rilibiis, II, Venetiis, 1788, 1. 2, c. 2. p. i0(j, ordo VII). Au fol. Oo" , on trouve la formule de profession de celui qui, encore laïque, est élu abbé : ...« Promitlo etiam sibi (monasterii prœlato) et conventui ejusdem monasterii prfosenti et futuro, me perpetuain servaturiim continentiam, quantum luimana fragilitas periniserit ». A elle seule, ia promesse de perpétua coiitinentia suffit à jirouver que l'on doit exclure l'interprétation de Luther. Quel est donc le sens de cette addition ? Celui que donne S. Bernard dans De pracc. et dispens., c. i3, n. 82 : « Nemo si caute prolitelur, pollicetur se ultra in nuUo transgressurum, hoc estjam non peccaturum. Alioquin aut pcrjurat qui ita jurât, aut sanctior est illo cjui ait: In multis offendimus omnes. » (Jacob. 3, 2). Voir aussi le n. 3/i. Si l'on compare ce passage à celui des Constitutions des augustins le sens en devient clair : « Seigneur, veulent dire ceux dont parle le saint, j'ai l'intention de tout accomplir ; mais, conscient de ma faiblesse, je ne puis pas promettre qu'une fois ou l'autre, hélas, je ne pécherai pas contre l'obéissance, contre la charité fraternelle, etc. ». Ces transgressions, dit S. Bernard (lac. cit.), ont pour remèdes les corrections et la pénitence, car elles n'ont pas pour cause le mépris du précepte ou du remède; c'est pourquoi elles ne sont jias contre le vœu. Or, c'est là aussi exactement le sens de l'addition en question dans la formule des vteux, addition que, du reste, à ma connaissance, on ne trouve dans aucun ordre. En tout cas, il était l^our toujours interdit de se marier, cette condition étant le

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vœu '. » Ici Luther pousse explicitement à la simulation. Dans l'ordination du sous-diacre, l'évèque fait expressément remarquer à l'ordinand qu'il est encore libre d'assumer ou de refuser le fardeau de la chasteté, mai& qu'à l'avenir il devra vivre dans la continence^. Luther, au contraire, enseigne au sous-diacre de dire en son for intérieur, en réponse aux paroles de l'évèque : « Je ne fais pas ce vœu, je ne promets pas la chasteté. » Et c'est ainsi qu'en lui-même, l'ordinand doit interpréter ces paroles, que l'on ajoute, ou qu'il se dit à part lui : « x\utant que le permet la fragilité humaine; » car, dit Luther, cette fragilité ne permet pas de vivre chastement. L'évèque et l'assistanco pensent que l'ordinand se soumet au devoir de la

point essentiel de la contiwMce perpétuelle. Ponrtant la faiblesse hutnainc porte avec soi ([ue clans les pensées, les paiolcs et les désirs on n'est pas tonjours aussi parfaitement sur ses" gardes, pas aussi parfait que le demande la pratique de cettecontinence. Vu la faiblesse humaine, il est impossible de promettre sur ce point la perfection absolue, parce qu'on ne peut l'atteindre en cette vie. Autrement, le plus petit faux pas serait un parjure. On promet donc toute la perfection possible, c'està-dire quantum fragilitas hnmana pcrndttit. L'interprétation de Luther, Mélanchthon, Carlstadt, Zwiuirle, Bugenhagen et autres n'allait qu'à couvrir des vices lionleux, de même que leur interprétation de la parole de saint I*aul : (( Melius est nubere quani uri. »

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