I. An den chrisil. Adel. Weim., VI, /i4i-A.'i
■2. L'évèque dit à ceux qui reçoivent le sous-diaconat: : « Iterum atquc iterum considerarc debetis attente, quod onus hodic ultro appctitis. Ilactenus enim libcri estis, licetque vobis pro arbitrioad secularia vota transire ; quod si lumc ordinem susceperitis, amplins non licebit a proposito resilire, sed Deo, cui servire regnare est, perpetuo famulari, et caslitateni illo adjuvante servare oportebit... Proinde dum tcmpus est, cogitate et si in sancto proposito pcrseverare placct, in nomine Domini hue accedite ».
l6o LUTHER EXCITE A LHÏPOCRISIE ET AU MENSONGE
chasteté ; lui au contraire, dans son for intérieur, en pleine conscience, la rejette. V l'extérieur, il s'alTiche autre qu'il n'est en réalité ; il trompe toute l'assistance.
L'acharnement de Luther à pousser au mariage des prêtres, et cela par tous les moyens, scandalisait les Frères de Bohême eux-mêmes : il dut se résigner à s'entendre dire par eux de cruelles vérités. Us écrivaient en 1523-1024 : « Dans son ordination, par une convention conclue lihrement, le prêtre s'est engagé à servir jusqu'à la mort le Christ et son Eglise. Mais celui qni s'est librement consacré au service du Christ, qui a fait un vœu, et qui par conséquent n'est plus libre, comment peut-il se consacrer aussi à l'état du mariage, alors qu'aux diacres mêmes, qui sont les ministres des prêtres, il n'est pas permis de se marier?... Il faut ajouter encore les obstacles vraiment trop grands que cet état apporte au devoir pastoral, la préoccupation de plaire à sa femme, de pourvoir aux nécessités de la vie, le soin des enfants, de la maison et autres choses de ce genre, comme nous le dit l'apôtre, et comme le dit aussi l'expérience, qui nous montre ce qui s'est passé pour ceux et pour les enfants de ceux qui ont été ordonnés quand ils étaient déjà mariés. Du reste, pour le prêtre que ses passions mettent en péril de tomber, il y a d'autres préservatifs que le mariage, comme le travail et une vie réglée, la fuite des occasions, l'empire sur ses passions, etc. Ils sont bien peu nombreux ceux qui, dans le mariage, vivent selon le Christ et plaisent à Dieu, et qui ainsi ne méritent pas une plus rigoureuse condamnation
LUTHER EXCITE A LIIYPOCUISIE ET AU MENSONGE l6l
que s'ils vivaient dans le célibat. » Vivre dans la libeitc de la chair, continue le document, est un mauvais appoint à qui sort de Babylone, etc. Le mariage ne sanctifie personne : « il renferme de nombreux empêchements au salut, et il y a bien des motifs pour nous en éloigner K »
En i5m, Ltither chercha à gagner par sa doctrine les réguliers aussi bien que les prêtres séculiers. Tout vœu, écrit-il dans son livre sur les vœux monastiques, n'est fait (|ue conditionnellement, c'est-à-dire avec la supposition qu'on pourra l'accomplir, en sorte qu'on en est délié aussitôt que surgit l'impossibilité. Or ce principe s'api^lique plus encore au vœu de chasteté qu'aux autres, « car c'est précisément en ce qui concerne la chasteté, plus que nulle part ailleurs, que l'on se heurte à l'impossibilité. » C'est pourquoi « voici quelle paraît être devant Dieu la formule du vœu de chasteté : « Je fais vœu d'être chaste, aussi longtemps qu'il me sera possible ; mais si je ne puis garder ce vœu, j'aurai le droit de me marier -. »
1. Voir le document dans A. Gindely, Geschichtc der Bomisclicn Brader, I (1837). p. 5o3. Cf. en outre ibid., p. i8(j-igo.
2. A\\'ini., Mil, 63o: (( Probatur omne votum fier! conditionaliter et semper exceptam intellig-i impossibilitatem «. P. 633 : «Si in ulla parte regulip impossibilitas locum habere débet, merito pr;c Cictcris in castitate locum habebit : si in castitate locum non liabet, multo minus in cœteris locvim habere debebit ». P. (j3i-(j33 : a Vidctur ern-o forma voti apiul Deutn sic habere : voveo castitatcm, quamdiu possibilis fuerit, .si autem scrvare nequiero, ut liccat nidjerc ». Erl., 10, 'tôS (dans son sermon à ce sujet): <( Personne n"a jamais cru autre chose ni jugé autrement. »
iGa LUTHER EXCITE A l'hYPOCRISIE ET AU MENSONGE
Ainsi donc, devant Dieu, voici le sens de la formule des vœux, formule qui était partout la même, et qui naturellement était aussi celle que Luther avait prononcée : (( Je promets l'obéissance, je promets de ne rien posséder, de vivre dans la chasteté (ou continence)... jusqu'à la mort. » ((Je veux être chaste jusqu'à la mort » ; je le promets solennellement devant Dieu et devant l'Eglise. Mais, en fait, voici quel serait le sens de ces paroles : <( Je veux être chaste jusqu'à ce que je sente en moi la nécessité de me marier ! » C'est Luther, Luther lui-même, qui pousse les moines à l'hypocrisie la plus perverse, au mensonge, à la fourberie. Une chose sur les lèvres et vme autre dans le creur ! Celui qui, à la fin de ce chapitre, aura bien constaté que, d'après Luther, un oui secret peut et même doit être un non public, et qu'il n'y a pas de malà ce que (( pour un plus grand bien, et en considération de l'Eglise chrétienne, on dise un bon et gros mensonge^ ». celui-là comprendra que Luther ait pu en arriver aux aberrations qu'on vient de lire. Mais comment prouve-t-il sa thèse? Nous le savons déjà en partie par le chapitre troisième ; l'on y a vu la manière dont il arrivait à fausser la formule de la profession des vœux 2. Mais pour atteindre son but, il a encore d'autres arguments, d'un genre tout différent, des arguments imaginés spécialement pour le sujet qui nous occupe. Ils ont pour base l'égalité de tous les vœux et l'impossibilité d'observer celui de chasteté. La question mérite que nous nous y arrêtions un instant.
:. Voir cidcssons, c'.i. \\, § 8, p. 2i3 et suiv.