VI PREFACE DU TRADUCTEUR
Les deux ouvrages de DôUinger et de Janssen ont été traduits dans notre langue ^ L'on a pensé qu'une traduction de l'œuvre de Denifle répondrait aussi aux désirs des nombreux Français ou étrangers qui, à des degrés divers, sont empêchés de lire l'ouvrage allemand. D'autant plus que cette œuvre est loin d'être uniquement une contribution à l'histoire du protestantisme: elle touche presque à tout : à l'histoire, à la théologie scolastique. mystique et patristique, à l'exégèse ; on y trouve une étude profonde de psychologie et de controverse dogmatique. C'est une véritable encyclopédie, le dernier effort d'un puissant esprit qui, pendant de longues années, avait promené son activité intellectuelle de l'étude de la philosophie et de la théologie scolastiques à celle des mystiques allemands du xiv" siècle, et qui à des travaux sur la paléographie et la diplomatique avait ajouté des œuvres magistrales sur les universités au moyen âge et sur la désolation des églises de France pendant la guerre de Cent Ans-.
1. J. Dôllinger, La Réforme, son développement intérieur, et les résultats qu'elle a produits, traduit de l'allemand par Emm. Perrot (Paris, i8i8-i8'i9, 3 vol. in-8).
Jean Janssen, L'Allemagne et la Réforme, i. I à Vil. (Paris, Pion, 1887-1907), trad. Paris. C'est depuis cette traduction qu'a paru la nouvelle édition allemande, revue par Pastor.
2. Voir Martin Grabmann, P. Ueinrich Denifle O. P., Eine Wiirdigung seiner Forschunysarbeit. (Mainz, Kirchheim. 1900 ; brochure de Ga p. in-8°j.
VALELR DE L OUVRAGE DE DEMELE VII
Dans la préface de la première édition ', Denillc dit qu'il lui a fallu montrer Luther tel qu'il est, et que, dès lors, son livre n'est pas destiné à la jeunesse. En effet, Tun de ses chapitres- et plusieurs autres passages valent presque Rabelais.
Nous avons traduit ces passages : aussi, de cette traduction dira-t-on sans doute ce que l'on a dit de l'original : « Denifle a souillé son nom par ce dernier ouvrage -^ ». Nous avouons qu'en nous plaçant au point de vue non pas même polémique, mais scientifique, nous ne parvenons pas à comprendre la légitimité de ce reproche. Voici un homme qui s'est séparé de lEglise catholique. Pour entraîner le public à sa suite, il lance contre cette Eglise de nombreuses accusations. En adversaire, Denifle lui fait un grief de ces attaques ; il en relève le style grossier et obscène. Et comme Luther est un homme qui avant tout appartient au public, comme c'est pour le public qu'il a parlé et écrit, c'est aussi devant le public que Denifle porte son accusation : au public, il donne des exemples de la manière de Luther. (( Eh bien, disent ses adversaires, il a souillé son nom par ce procédé. » — « Mais, est-