‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 3 sur 290 · VIII PREFACE DU TIIADUCTEUU · texte numérisé non relu

VIII PREFACE DU TIIADUCTEUU

ce parce qu'il a falsifié les citations de Luther ? » — « Il ne s'agit pas de cela, répond-on, niais ily a des citations qu'il faut avoir le tact de savoir taire. » — « Le tact ! Mais si quelqu'un en manque, est ce donc celui qui les fait, ces citations, et non pas celui qui, le premier, lésa dites ou écrites ; et qui, pour la plupart, les a dites ou écrites non pas même au hasard d'une conversation familière, mais dans des conversations et mieux encore dans des œuvres de polémique religieuse ! »

Luther a bien dit et écrit tout cela ; il l'a bien dit et écrit pour appuyer son entreprise de Réforme. Mais le seul vraiment condamnable, ce sera le catholique qui aura fait ressortir le singulier caractère du Réformateur et de ses moyens de propagande. Quand on veut prouver une thèse, sera-ce donc les preuves qui vont le mieux au but qu'il faudra omettre ? Pour montrer la sainteté d'un personnage, ce que l'on cite avant tout ce sont ses plus belles paroles et ses actions les plus hautes ; mais si l'on veut montrer que tel homme ne fut pas un saint et moins encore un réformateur i-eligicux, que devra-t-on prendre chez lui. sinon ce qu'il a dit et fait de condamnable ?

Que du reste l'on insiste sur la différence des époques, rien de plus légitime : beaucoup d'ex-

CHATIONS GROSSIERES OU OBSCENES II

pressions triviales et grossières aujourd'hui ^ ne Tétaient pas dans l'allemand non plus que dans le français du xvi- siècle. Mais l'observation de la couleur locale ne demande pas la sup[)rcssion de la réalité historique, puisque cette suppression mènerait directement à détruire la couleur locale elle-même. Luther a ])arlé, écrit et agi comme le dit Denifle : ce sont là des faits. Au lecteur éclairé de voir si l'époque de Luther suffît à justifiei' ces paroles, ces écrits et ces actes, si cette époque va même jusqu'à en faire des paroles, des écrits et des actes dignes d'éloges chez un Réformateur religieux, qui veut faire refleurir dans leur intégrale beauté la doctrine, la morale et la religion de Jésus-Christ.

Et si Denifle a pu et même dû reproduire ces passages, nous avons moins encore à nous excuser de les avoir traduits : si nous traduisions cet ouvrage, ce n'était pas pour le défigurer. Dès lors que l'on nous demandait cette traduction, nous n'avions qu'à chercher à la faire la plus [fidèle possible. C'est ce à quoi nous avons constamment visé : pour ces passages d'un genre spécial comme pour les autres, notre unique préoccupation a été de reproduire la couleur de l'original.

I. Par ex. Maul, fressen, sauf en (Gueule, goinfrer, goiJJ'er : voii ci-après, p. io3, ii3, etc.) employés en parlant des personnes.

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