BOUFFONNERIES DE LUTHER 33 I
Sa frivolité se donne plus libre carrière encore dans les notes de son édition d'un sermon prêché dans un monastère de femmes à l'occasioii d'une profession, et qu'il attribue an provincial des dominicains Herrmann Rab*. a ces mots du sermon : u Dans ce monde et dans l'autre. Dieu se garde les vierges avec un soin jaloux ». Luther fait cette glose : « Comme on le voit au livre X de la Physique et au livre V d'Esope-. » Or, on sait que la physique d'Aristote n'a que huil livres, et les fables d'Esope qu'un seul. C'est ce goût de la bouffonnerie qui précédemment, pour décrier les scolastiques, s'était fait jour dans les Lettres des hommes oljscurs, dont aux yeux de Luther, comme on l'a vu, l'auteur n'était qu'un /iw^rto/i; c'était le genre que Hutten et autres avaient mis à la mode ^.
On lit dans le sermon : a La jeune fille qui fait en ce moment profession suit l'exemple de la bienheureuse Vierge, qui la première a fait le vœu de virginité. » Sur quoi Luther écrit : « Parce que la bienheureuse Vierge était une religieuse et que Joseph était
i. Edition princeps dans la BiblioUi. Vatic. Pal. IV, 121 ; 0pp. lat. var.arg., VII, 21, sous le titre : Exemplum theologiœ et doctriiiœ papisticœ. Sur ce point voir aussi plus loin, ch. XI.
2. « Ut patet 10 libro Physicoruin et Esopi lib. 5. » Opéra latina varil argamenii, t. 7, p. 2G.
3. Ainsi dans la seconde partie des Lettres des hommes obscurs, Hutten fait citer par un protonotaire apostolique le CXXXVIll'' livre des Rois, au lieu du Psaume CXXWIll (Bocking, U. Hutteni operum supplem., I, i80). Plus loin, l'auteur d'une lettre tire une citation de « primo Proverbioram, XII » (ibid., p. oiyt). Naturellement les Proverbes n'ont pas de premier livre. Un autre écrit (p. 38.5, n° 29): ((XII pliysicorum Arislotelis », ((VI de anima». C'est le procfîdé que nous venons de trouver chez Luther.
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son abbesse... l'âne son confesseur et prédicateur... n, etc^. C'est à la même tendance qu'il obéit, quand, à l'objection que les apôtres, eux non plus, ne possédaient rien en propre, il répond : a Je conseille donc aussi de changer les apôtres en moines. Et pourquoi pas ? On dit bien même que par amour de la chasteté ils ont laissé là leurs femmes et qu'ils ont partagé leur parfaite pauvreté, chasteté et obéissance avec ceux qui leur donnaient quelque chose. Et là-dessus, séance tenante, ils te leur raclaient une tonsure, leur endossaient le froc, leur sanglaient une corde autour du ventre, et tous de dire : Bonjour, cher sai/it Pierre, saint gardien du couvent"^. »
Revenons à 102 1. Cette année-là, dans un sermon sur la confession, dédié à son ami Sickingen, Luther écrit : (( Si pour faire un concile, il ne faut qu'une collection de chapeaux de cardinaux, de mitres et de barrettes d'évêques, alors il n'y a qu'à prendre les saints de bois qui sont dans les églises, leur mettre des chapeaux de cardinaux, des mitres et des barrettes d'évêques et dire : « Voilà un concile, o Dès lors, pour un concile, il n'y aurait besoin ni d'Esprit- Saint ni d'Evangile : n'importe quel faiseur d'images ou de statues pourrait en Jaire un. Et que sont-ils de plus que des troncs et des blocs tous ces cardinaux, évêques et docteurs sans science ni piété, et qui, avec leurs chapeaux, leurs tonsures et leurs barrettes nous jouent une farce de carnaval 3 ? »