‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 219 sur 290 · R. Seeberg, Die Tlwologir des Dans Scotns, p. (l'i · texte numérisé non relu

R. Seeberg, Die Tlwologir des Dans Scotns, p. (l'i

SAINT THOMAS ET l'iDÉAL DE LA VIE 2^5

côté de celle de S. Bonaventure ; c'est à ces deux docteurs que l'on se réfère de préférence K

Qu'enseigne donc saint Thomas ? Donne-t-il de la perfection un concept différent de celui de ses prédécesseurs? Pour lui, l'observance des vœux représente- 1elle une forme supérieure du christianisme ; les trois conseils évangéliques à l'accomplissement desquels on se lie par les vœux sont-ils purement et simplement au-dessus des préceptes ?

D'après l'enseignement de saint Thomas, comme du reste celui de l'Eglise, l'idéal suprême de la vie chrétienne est d'atteindre la lin surnaturelle de l'homme qui est la félicité éternelle, ou en d'autres termes, d'atteindre Dieu tel qu'il est en lui-même. Notre idéal et notre perfection ne peuveiit donc se trouver que dans ce qui, dès ici-bas, nous unit à Dieu, c'est-àdire dans la charité ~. C'est pourquoi comme le premier et le plus grand des commandements, Dieu a établi l'amour pour lui et pour le prochain, commandement auquel tous les autres sont subordonnés et dans lequel tous s'accomplissent '^. Le devoir capital de la vie

i. Ce iiirent les observants qui donnèrent cette direction: ainsi par ex. dans les Moniimetita ordiiiis minorum (ne i^as confondre avec la réplique Firmainenta triurn ordinuni), in civitate Salamantina lâii, dans le Tract. 2, fol. 118-1 ig {Sereiia conscieniia), comme première autorité pour la doctrine sur la vie monastique, on cite la Somme de S. Thomas.

2. La plus haute perfection de tout homme consiste à atteindre sa fin, et cette fin, c'est Dieu : charitas autem est, qu;p unit nos Deo. 2* 2". qii. ISi, a. /.

3. Comment, ad. Gai. c. 5. lect. 3 : « Omnia (pr;pcepta) in une prcPcepto charitalis implenlur ». Cf. aussi 2* 2", qu. 189, a. 1 ad T). Cette doctrine se fonde sur celle de S' Paul souvent citée

chrétienne est donc uniquement de tendre à la perfection de l'amour i : « La loi de la charité envers Dieu doit être la règle de tous les actes humains ^ ».

Mais alors que viennent faire les conseils de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, auxquels le religieux s'oblige libx'ement par les vœux perpétuels ? Saint Thomas enseignerait-il que, dans l'idéal de la vie. Dieu a établi des degrés ? Ne serait-ce que jusqu'à une certaine limite qu'il nous obligerait à son amour et à celui du prochain, si bien que ce qui dépasserait cette limite, c'est-à-dire ce qui appartiendrait au degré le plus élevé de l'amour, serait du domaine du conseil ? Ce n'est pas du tout là sa pensée : la perfection de la charité, dit-il, est commandée à l'homme ; il y est obligé par un précepte 3, c'est-à-dire qu'il est obligé d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et autant qu'il le peut. Et. ol3serve-t-il, cela résulte de la forme du précepte : c Tu aimeras Dieu de tout ton cœur, et ton

Y>iir S' Tliomas, par ex. De perfert. vilœ spirit. c. 12 : ((Finis cujusiibct praeccpti est charilas, ut dicit apostolus I Tim. i, 5». Gr(.''goirc le Grand écrit aussi : « Omnc mandatum de sola dilectione est, et omnia uniim prfpceptum snnt ; quia, quidquid prœ"cipitur, in sola charitate solidalur ». Horn. 27 in Evan., n. 1.

1. C'est le langage de S. Paul (Coloss. .?, l'i): (( Mais sur^ou/, rcvètez-nous de la charité, qui est le lien de la perfection ». — Rom. i3, 10 : (( L'amour est la plénitude de la loi. »

2. Opiisc. VIII. De diiohus prœceplis charilatis et decem prœceplis : ((Lex divini amoris débet esse régula omnium actuum humanorum ».

3. De perfeclione vilœ spirit. c. 5: ((Divinic dilectionis perfectio datur homini in praxepto... Hic est tertius perfectie dilectionis di>in;p modus (scil. in statu hujus vit»), ad quem omnes ex necessitate pripcepti obligantur ». 2" 2", qu. 183, a. 2 ad 2: (( Diligcrc Deum ex loto corde omnes tencntur».

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prochain comme toi-même. » Dans l'idéal chrétien de la vie, dans le but à atteindre, il ne peut y avoir de mesure : le plus ou le moins ne peuvent se trouver cjue dans les moyens qui conduisent à ce but i.

Voilà ce que saint Tiiomas enseignait dans l'âge min". Et c'est déjà ce qu'il avait enseigné dans sa jeunesse, quoique sur tant d'autres points il ait été amené dans la suite à s'exprimer avec plus de précision. Il écrivait dès lors : « Autre chose est la fin. autre chose sont les moyens. Pour les moyens, il y a une mesure, mais non pour la fin elle-même : chacun l'atteint aussi complètement qu'il est en son pouvoir. Le précepte de Vamoiir de Dieu qui est la fin suprême de la vie chrélieniie ne comporte aucune limitation : il n'y a pas une certaine mesure d'amour de Dieu tombant sous le précepte, tandis qu'un plus grand amour dépasserait les limites du précepte, pour ne tomber que sous le conseil ; mais à tout homme, il est commandé d'aimer Dieu, autant qu'il le peut, et c'est ce qui ressort de la forme même du commandement : « Tu aimeras Dieu, » etc. Mais chacun observe ce commandement selon ses

I. 2' 2"° qu. tS'i, a. 3 : Non autcni dilcclio Dei et proximi cadit sub pr.Tcepto sccundum aliquam mcnsuram, ita quod id, qnod est plus, sub consilio rcmaneat, ut patct ex ipsa forma pr.cccpti, qua^ perfcctioncm demonstrat, ut cum dicitur: Diliges Doininum Deiim iuiim ex lolo corde tiio ; totuni cnim et perl'cctiuii idem sunt... et ciun dicitur: Diliges proxiimim tutiia siciit teipsuin, unusquisque eniui scipsum maxime diligit. Et hoc ideo est, quia/i/u's pra:cepti chari tas est, i\l apostolus dicit I ad Timoth. i. In iîne autem non adhibetur aliqua mensura, scd solum in his. qua:- sunt ad linem,... sicut medicus non adhibet mensuram, quantum sanet, sed quanta mcdicina vclditcta utatur ad sanandum. Et sic iiatet, quod perfectio essentialiter consislit in pr.cccptis ».

propres forces, l'un plus, l'autre moins, » etc. ' Pour tous les hommes, il n'y a donc qu'un idéal suprême : la perfection de l'amour de Dieu. Ce n'est que dans les efforts vers ce but et dans la manière de l'atteindre que se trouvent la différence. Mais laquelle ? C'est que les uns se bornent à écarter les obstacles qui sont en opposition avec la charité elle-même, c'est-à-dire qu'ils observent les commandements -, tandis que les autres écartent en outre les obstacles qui empêchent un accomplissement plus rapide et plus facile du préceple de la charité 3.

C'est à favoriser cet accomplissement de l'acte d'amour de Dieu et du prochain que servent les conseils auxquels le religieux s'oblige, mais s'oblige librement*, afin de pouvoir tourner son cœur entière-

1. Contra rctrahent (t reliij. iiKjressu, c. 6. A'oir aussi, plus loin, dans le présent chapitre, (iEUsox.

■j. 2' 2", qu. 18^, a. 3 : « Pnrccpta alla a prfpctplis charitatis ordinantur ad rcmovcndum ea qua? sunt charitati cunlraria, cuni (piil)us scil. charitas esse non potest ».

'i. Ihid. : « Consilia ordinantiir ad removendiim impedimenta aclus charitatis, quœ tamen charitati non contrariantiir, sicut est malrimonium, occupatio ncfiotionim sa^ciilarium et alla hujusinodi ».

'i. En cfTet, comme l'cnseif^ne S' Thomas, c'est en cela cpie consiste précisément la ditrérence entre le conseil et le précepte : lions sommes obli^^és d'accomplir les préceptes, tandis cpie l'observance des conseils est laissée à la libre appréciation de chacun. Les premiers sont absolument nécessaires pour atteindre notre lin dernière ; les a\itres ne servent qu'à l'atteindre mieux et avec plus de facilité {!' 2", qu. 108, a. U). Mal"sb.4.ch dit fort bien : « Préceptes et conseils ne constituent pas deux territoires séparés : en accomplissant les conseils, l'on répond en même temps à mi précepte, puiscjue l'amour se sent obligé à tout sacrifier à Dieu, les petites choses comme les grandes. » Jos. M.visbach, Die kath» Moral, etc. (1902), p. 116.

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ment vers Dieu. A ce point de vue. l'état religieux est une 6?co/c de perfection '. Par le vœu de pauvreté, le religieux éloigne son cœur des biens terrestres ; par celui de chasteté, il l'éloigné des plaisirs des sens, au premier rang desquels se trouvent les joies de l'amour profane ; par celui d'obéissance, il réfrène les tendances déréglées de la volonté. Par ces vœux, il acquiert aussi la paix, et, en même temps, il offre à Dieu un sacrifice universel, puisqu'ainsi il lui donne tout ce qu'il a et tout ce qu'il est, corps et âme -.

1. « Disciplina vel cxercitium ad perfcctioncm pcrvenieiuii >>. 2' 2", qu. I8(J, a, 2, 3, 5, etc. Cf. la note suivante.

2. 2' 2", qu. 186, a. 7 : « llespondeo dicendum, qnod religionis status... est uno modo... quoddara cxercitium tendendi in peifeclionem cliaritatis ; alio modo... quietat animum humanum ab exierioribus sollicitudinibus... ; tertio modo... est quoddam holocaustum, perquod aliquis totalitcr se et sua offert Deo... Quantum ad excrcitium pcrfectionis, rccfuiritur, quod aliquis a se removcat illa per qua^ possct impediri, ne totalitcr ejus affectus tendat in Deum, in quo consistit perfectio cliaritatis. Hiijusmodi autem sunt tria : primum cpiidem cupiditas exteriorvmi bonoriim, qutn toUitur per votnm paupcrtatis ; sccunduni autem est concupiscentia sensibilium delectationum inter quas pracceilunt delcctationes venerea', qua? excludimtur per \otuiTi continentine : tertiuni autem est inordinalio voluntatis hiunana', qufn excluditur per votum obcdientia:'. Similiter autem sollicitudinis snecularis inquictudo praxipue ingeritur homini circa tria ; primo quidem circa dispcnsationom extorioruni rerum, et ha^c sollicitudo per votum pauperlalis homini aufertur ; scciuulo circa giibemationem uxoris et filiorum, qua^ aniputatur per votum continentia? ; tertio circa dispositioncm prox^riorum actuum, qua^ amputatur i^er votvun obedientia\ qiio aliquis se alterius dispositioni committit. Similiter etiam liolocaustum est, cura aliquis totum, quod habet, offert Deo... primo quidem cxteriorum rerum, cpias cjuidem totalitcr aliquis Deo offert per votum voluntaria? païqiertatis ; secundo autem bonuin jiroprii corporis, quod aliquis prœcipue offert Deo per votum continentite. quo abrenunliat mavimis delectatio-

Les conseils ne constituent donc pas un nouvel idéal de vie ; bien loin de dépasser les lois générales établies par Dieu, ils sont au contraire directement shbordonnés au précepte par excellence, celui de la charité 1 ; ils aident à l'accomplir plus parfaitement. Ils sont au service des prcceples lorsque ceux-ci demandent des actes intérieurs des vertus, puisquelles tendent toutes à la pureté de l'esprit et à l'amour de Dieu et du prochain ; lorsque les préceptes ont trait à des actes extérieurs, les conseils sont encore dirigés vers eux, t)2ais non comme vers leur fin propre -.

nibus corporis ; tcrtiiim .iiUem Ijoniim est anim.T, quod aliquis tolalitcr Deo offert pcr oljcdientiam, qna aliquis offert l)eo propriam volunlatem, pcr quain hoino utitiir omnibus polentiis et liabitibiis 'anima?. Et idco convcnicntcr ex tribns volis status relioionis integratur ». Voir aussi 2* 2", qu. 44, a. U ad 3.

I. 2' '2"(]Li. 186, a. 7, ad 1 : Votum religionis ordinatur sicut in lincm ad perfeciionom cliarilalis ».

■2. Quoi., I\', art. a'i. S" Tliomas ajoute: (( quod consilia ordinantur sicut ad finein ad prœcepta, prout sunt de intcriorihus actihus virtuUini ; sed ad priPccpta, secundum quod sunt de cxterioribus actibus {pilla., non occidci^, non furtum faciès, etc.) ordiiiantur consilia non ut ad lineni ». Par l'observation des conseils, les préceptes a tutius et firmius observantur ». Do même ad 2"". Ça et là, il l'ait appel à Cassien, qui a été elle plus liaut.

N. d. T. Nous donnons ici le passage de S' Thomas que l'auteur analyse dans son texte; ce passage précède de quelques lignes celui qu'il rapporte (du reste avec une faute d'inattention que nous avons rectifiée), et qui en est en partie la répétition. Sans cette citation, le texte de l'auteur courrait risque de rester énigmalique.

<( Sic ergo consilia ordlnantur sicut in fmcm ad praîcepta, sccimdum quod sunt do interioribus actibus virtutum; scil secundum quod sunt de actibus ovterioribus, puta : Mon occides ; non furtum faciès, etc., ortlinantur consilia ad pr;ecepta non sicut ad finem. Non cnim jiropler hoc liomo virginitateni serval tit ab adulterio abslineat ; ne(iue hoc fine aliquis suis abrenuntiat ut non furetur aliéna : cimi e\teriora opéra consiliorum sint

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Liilher n'a compris cette doctrine qu'à moitié. En iSii), nous lui avons encore entendu dire ' que les préceptes, sans distinction, étaient le but des conseils : les premiers étaient plus élevés ; les autres étaient des moyens pour accomplir plus aisément les préceptes ; une vierge, par exemple, acconij^lit avec plus de facilité qu'une personne mariée le précepte : « Tu ne convoiteras pas- ». Bien. Mais le sujet est-il ainsi traité à fond et parfaitement défini;' Pour l'accomplissement des préceptes, les conseils sont assurément d'un grand secours : u celui qui, pour l'amour du Christ, se pro" pose d'observer la chasteté et la pauvreté s'éloigne bien plus encore de l'adultère et du vol 3. Mais les conseils ne sont pas par là même dirigés vers les préceptes comme vers leur fin : personne, par exemple, ne garde la virginité pour éviter l'adultère; ce n'est pas pour s'abstenir du vol qu'on pratique la pauvreté,

majora quam CKteriora opcra iira'cei)toriim ; ordinantur tamen ad ea inc[uaiitniii faciunt ea tiitius el lirinius conscrvari : qui t'iiim sua diinitlit, multo magis abstinet a rapieudis alicnis. » (Opéra omnia, vd. \ ivès, 1870, t. XW, p. 'iDq.)

2. Eiulers, II, /jo ; Weim., II, G/i4 : « ... non crgo distinctio est intcr consiliuin et prmccptum, quod consilium plus quam pra'ccptum sit — sic cnim errant et nugantur tlieologi — , sed quod sunt média couimodiora ad pra^ccptum (implendum) : facilius cnim continet, qui viduus aut virgo est, separatus a sexu, quam copulatus cum sexii, qui concupisccntiar- alicpiid cedit ». Et : « Consilia sunt qua-dam via^ et compendia facilius et i'clicius implcndi mandati Dei ».

3. S. Thomas, Contra relrah. a relij. imjressu, c. G : «Ouicontinentiam aut paupcrtatcm scrvarc proposuit propter Cliristum, longius ab aduKerio et furto recessil ». Expos, in cp. ad Rom. c. 4, lect. â : (( ... Addit Cliristus qua^dani consilia, per quff" pniecepta moralia tutius et lirmius conservantur.

mais pour faire des progrès dans l'amour de Dieu^. Ainsi donc ce n'est qu'indirectement que par l'accomplissement des conseils, les préceptes autres que celui de l'amour de Dieu deviennent d'un accomplissement plus facile : comme en accomplissant les conseils, on enlève les obstacles qui s'opposent au parfait amour, il s'ensuit que, par là, on supprime d'autant plus les occasions du péché, qui est la destruction complète de l'amour 2. C'est précisément cette distinction et le but propre des conseils que dès lors Luther n'avait pas remarqués : il avait une formation théologique insuffisante.

Pour saint Thomas les conseils ne sont donc pas une fin : ce sont des moyens propres à faciliter le plus possible l'accomplissement du précepte de la charité qui incombe à tous. En ce sens, les conseils sont des instruments de perfection '^, et l'état religieux lui-même est un état de perfection ; non pas qu'en y

I. S. Thomas, Contra retrali, etc., loc. cit.: « Consilioriim obsor- Natio ad alioruni oljsorvantiam praeceptonim ordinalur ; non taincn ordinatiir ad oa sicut ad finem, non enim aliquis virginitatcm serval, vit adultcriiini vitet, vel panpertatem, ut a l'iirto désistât, sed nt in diiectionc Dci proficiat. Majora cnim non ordinantur ad minora sicut ad iinem ». Voir aussi Quoi. IV, a 2'4(li' passage cité ci-dessus, p. aao : N. d. T.).

'2"2", qii. 186, a. l, ad ft : (( Relipionis status principaliter est institutus ad pcrfectioneni adijjiscendam per quipdam exercitia, quibus tolluntur impedimenta perfectœ cliaritatis. Sublatis autem impedimenlis perfecla^ charitatis, multo majris exciduntur occasiones peccati, per qnod totaliter tollitur charitas ».

i. Donc les conseils ne renferment la perfection (\\\inxtrumenlaliter, c'est-à-dire qu'ils sont des instruments pour arriver à la Xierfection. Quoi. IV, a. 24 ad 2 (Voir pour plus de détails, Jac. .\i,VAREZ DE Paz, De porfcctioiic l'it.T apiril, 1. 3, p. i, c. 5).

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•entrant l'on s'oblige à èlre parfait, mais parce que par là on s'oblige pour toujours à tendre à la perfection de la charité '. Cette conclusion est complètement conforme à la pensée de saint Bernard : a On appelle perfection, écrit-il, l'effort infatigable pour progresser, et la lutte continuelle pour tendre vers la perfection 2 ». Puisque pour accomplir la précepte de l'amour de Dieu, les conseils ne sont pas nécessaires 3, il peut arriver que quelqu'un qui s'est obligé à tendre à la perfection de la charité au moyen des conseils ne reste pas fidèle à son devoir, tandis que sans en avoir assumé l'obligation, des laïques peuvent être parfaits, et accomplir ce à quoi d'autres sont obligés, mais qu'il ne font pas*, u Car être parfait et être dans

1. 2' 2". qn. 18U. a. 3. ad I : « Ex ipso modo loquendi apparut ([iiod consilia siint qua^dam instrumenta pervenicndi ad ]icTfectionem )v Ibid., a. 5, ad 2 .• (( Diccndnm quocl domines statiun perfectionis assumunt non quasi profitentes seipsos perfectos esse. sed profitentes se ad perfectionem tendere... Unde non committit aliquis mcndacitim vel simulationem ex co quod non est pcrfectiis, qni statum perfectionis assurait, sed ex co quod ab inteutiouc perfectionis animiim relinquit. » /" 2", qu. 108, a. -4 .• <( Consilia oportet esse de his, per ([uœ melius et expedilius potest liomo i^onsequi linem pr;ediclum ». 2' 2". qu. 188, a. 7 : « Religio ad perfectionem charitatis ordinatuDi. De perfecl. vit. spirit, c. i- : « Si quis totam vltam suam volo Deo oLlig-avit, ut in oporiljus perfectionis ei deserviat, jam simpiiciter conditionem vel statum perfectionis assumpsit. » 2' 2", qu. 180, a. I , ad 3 : n Keligio noininat staliuii pcrl'eclionis ex intentione finis ». \'oirp. 2J/j, n. 3.

2. Ep. 2Ô!i, n. 3. Voir dans le présent chapitre Charles Feuxasd-

3. 2" 2", qu. 180, a. I, ad 5 : « Pnccepta cliaritatis, adqute consiiia ordinantur, non ita quod sine consiliis pra?cepta servari non possint, sed ut per consiiia perfectiusobservcntur... Observantia pra'ceptorum potest esse sine consiliis ».

'i. Ibid., qu. 18U, a. U: « In statu perfectionis proprie dicitur aliquis esse non ex hoc, quod habet actum dilectlonis perfoctar".

l'état de perfection sont deux choses différentes ; il y en a qui vivent dans l'état de perfection, mais qui ne sont pas encore parfaits, et il y en a qui sont parfaits sans vivre dans l'état de perfection'. » Ce n'est pas celui qui fait les trois vœux qui est le plus parfait, mais celui qui possède le plus grand amour. Dans le monde et dans la vie religieuse c'est la mesure de la charité qui donne la mesure de la perfection-.

Si l'état religieux est appelé état de perfection, ce n'est donc pas que le religieux ait un idéal de vie plus élevé que celui du simple chrétien, puisqu'il n'y a rien de supérieur à l'amour de Dieu et que cet amour est la fin indiquée à tout chrétien; ce n'est pas non plus que la perfection consiste dans les trois conseils, et que celui qui s'oblige à les suivre soit aussitôt parfait, les conseils ne faisant qu'éloigner ce qui peut être un obstacle à la perfection ; c'est que dans les Ordres on se lie pour toujours aux moyens qui aident à atteindre le mieux possible le but suprême, c'est-à-dire à l'observance des conseils '^. Il

sed ex hoc, quod obligat se perpétue cuin aliqua solcmnitate ad ea, quœsunt perfectionis. Contingit eliam, quodaliqui se obligent ad id quod non servant, et aliqui implent ad quod se non obligaxerunl-». Et de perfect. vitœ spirit., c. 17, il écrit: « Unde patet quosdam perfcctos quidem esse, qui tamcn perfectionis statum non habent, aliquos vero perfectionis statum liabere, scd perfectos non esse ».

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