LE PROTESTANTISME ET LES JÉSUITES
frapper l'air avec des phrases sonores ! « Réforme évangélique » ! Pitié, mon Dieu ! Le Luther que les chapitres précédents nous ontdéjà sutTisamment appris à connaître, voilà le « Réformateur évangélique » ! Mais q)iclle espèce de christianisme pouvait bien venir d'un homme qui avait les principes que nous savons, sinon celui qui vint en effet, et que j'ai décrit dans l'introduction de cet ouvrage ? Un luthéranisme devant lequel son père lui-même reculait d'horreur et qu'il trouvait sept fois pire que la société papiste d'autrefois, cette société qu'il détestait pourtant d'une si grande haine. Si l'Eglise voulait rester chrétienne, c'était pour elle un devoir de repousser cette Réforme évangélique.
Mais quel est donc cet enthousiasme qui a produit l'ordre des jésuites ? Uniquement celui qui a pour motif et pour objet le don total de soi à Dieu, par lequel S. Ignace clôture la quatrième semaine de ses Exercices : « Prenez, Seigneur, et recevez toute ma liberté, ma mémoire, mon entendement et toute ma volonté ; tout ce que j'ai et tout ce que je possède. Vous me l'avez donné. Seigneur, je vous le rends ; tout est à vous ; disposez-en selon votre bon plaisir. Donnez-moi votre amour; donnez-moi votre grâce : elle me sufQt ». L'enthousiasme avec ce motif et cet objet devait animer les membres de l'institut de S. Ignace, et à leur tour ils devaient le communiquer à d'autres, au salut desquels ils avaient mission de s'intéresser. Que llar-
cet enthousiasme; mais devenu grand, l'enfant tendait à s'écarter d'une mère incapable de le comprendre, et qui ciierchait à comprimer ses aspirations (N. d. T.).
38o ERREURS DE HARNVCK
nack en tire donc cette conclusion que l'ordre des jésuites n'a qu'un seul et unique idéal de vie, l'amour de Dieu par-dessus toutes choses, comme nous l'avons déjà constaté à la fin du chapitre YlII.
Pour juger les jésuites, Harnack obéit consciencieusement à la mise en garde qu'on lit dans l'Encyclopédie des connaissances relatives à la Théologie et à l'Eglise protestantes ' ; c Dans le protestantisme, nous ne pouvons porter qu'u/? jugement sur cet ordre ; nous ne pouvons prendre qu'une position à son égard. Toute reconnaissance, toute tolérance de ses principes et de son activité ne serait pas de notre part une attitude de justice à son endroit, mais une attitude d'indifférence à l'endroit de notre passé et de notre avenir, une trahison envers notre Eglise, et l'abandon de son existence normale. L'institut jésuite ne connaît aucune égalité de droits entre les confessions, mais uniquement la domination exclusive et toute-puissante de l'Eglise romaine. Il est l'opposé même du protestantisme, une caricature du christianisme, dangereuse pour les âmes, délétère pour les peuples. ». Par ce monitoire, le protestantisme s'est condamné lui-même, en disant ouvertement qu'à l'égard de l'Eglise et de ses institutions il n'a rien à faire d'une recherche sans prévention, sans jugement préconçu ; bien plus, qu'une recherche sans
1. Bealencyclopddie fiir proies taiitische Théologie iind Kirche, T. VI, 0^1. Cette déclaration est de G. E. Steitz. Zôcrler n'a jias en honte de la reproduire et de l'approuver entièrement, dans le T. VIII de la 3" édition (igoo), p. 78^ ; il l'a mise à la fin d'un article reprorgeant de monstruosités et d'erreurs, et qui n'a pas son pareil en histoire.