KOLDE : SA MAUVAISE FOI XI.VII
prostituée, qui avait enlacé l'auleur dans un réseau de perfidies. Comment qualifier un si indigne procédé, surtout chez un homme qui veut le prendre de si haut !
Ce qui est encore moins excusable, c'est de se complaire dans ce procédé, d'aimer à y revenir. Immédiatement après, Kolde écrit : (( Naturellement le lecteur doit ignorer aussi qu'auparavant déjà, Anselme de Cantorbéry (j 1 109) qualifie la femme (( ce mal charmant )), de « lie de Satan ». Et « naturellement ». encore (notons ce point en passant), une fois de plus le texte auquel le professeur d'histoire fait ici allusion n'appartient pas à Vaiiteur auquel il l'attribue; dans ï Histoire littéraire de la France ', il aurait pu voir que le Poème du mépris du monde, sur les devoirs d'un bénédictin et les motifs qui doivent le pousser à les remplir, n'est pas d'Anselme, mais de Roger de Caen, moine de l'abbaye du Bec. Qu'est-ce que cela fait, dira Kolde tout écarlate : c'est la chose elle-même qui importe ! Assurément. Eh bien, cher Monsieur, de quelle femme parle donc Roger dans votre citation î' Le passage que vous donnez en note ne saurait nous l'apprendre : on y trouve trop de points de suspension. Yoileraient-ils par hasard un détail qui naturellement doit être caché au lecteur, à savoir que votre Anselme parle d'une femme de mauvaise vie, û'une séductrice en particulier. II en est précisément ainsi 2. Et, natu-
1. T. Vnr. p. ^21, :'t22, t. I\, p. hh2. Carmen de contempla mundi.
2. Ivolde cite d'après Migne, t. i58. (ig6 (et non G3G, comme il récrit) :
Femlna, dulce nialum, mentem robusque virile
Frangit blandiliis insidiosa suis.
Feinina, fax {Kolde, faex) Satanae, Ici Ivolile met des points de suspension, mais l'auteur continue:
\LVni PREFACE DE L\ SECONDE EDITION
lellement aussi, Kolde ne sait rien des belles et nobles lettres que le véritable Anselme a écrites à des femmes.
Après avoir eu recours à un si inqualifiable procédé, Kolde poursuit : « Denifle devait évidemment taire l'opinion du principal exégète du bas moyen âge, Nicolas de Lyra (7 i34o), de qui pourtant, pour appuyer une vue du même genre, se recommande Jean de Paltz, bien connu de Denifle, qui le met à contribution dans son ouvrage. En commentant Sirach (cb. XLII, v. i3etsuiv.)il écrit cette phrase, phrase capitale pour montrer le mépris de l'Eglise pour la femme : u Des relations ' avec des hommes mauvais sont moins dangereuses qu'avec des femmes honnêtes. !)
Est-ce vraiment là ce que dit Nicolas de Lyra '* Prenons son texte. Il s'agit du verset de l'Ecclésiastique : « Un homme qui vous fait du mal vaut mieux qu'une femme qui vous fait du bien » (ch. XLIV. v. i^). Sur les mots : « Un homme qui vous fait du mal vaut mieux», Lyra écrit: a C'est-à-dire est un moindre mal », et sur les mots : « Qu'une femme qui vous fait du bien » : « C'est-à-dire quand on habite avec elle. » Et il ajoute : « Cette recommandation se rapporte
gemmis radiantibus, aiiro,
Veslibus, ut posait ijetdfre. compta venit. Quod natura sibi sapiens dudit, illa reformât.
Qiiidfiuid et accepit dedecuisse putat.
Pun^it acu, et fuco livenles reddit oeellos ;
Sic oculoruni, iiiquit, gra(ia major erit.
El I\oger continue sa description : il montre commeat cette femme se farde, comment elle s'C'tudie à s'embellir, etc. Puis il dit :
Mille modis nosiras iuipugnat feniina mentes. Et muLtos ilLi perderc grande lucrum est.
Ainsi, dans tout le passage, il s'agit d'une femme co([uette, ([iii n'est ni chaste, ni pudique, et qni cherche à séduire les moines. I. <.( Conversatio. »
kOLDE : SA MALVVISE FOI XLIX
donc à celle qui précède : « Ne demeurez point au milieu des femmes » (v. 12). II est en elîet plus périlleux à un homme d'habiter avec une femme étrangère, même si elle est convenable, qu'avec un homme mauvais 1. »
Lyra dit donc : u Pour un homme, la cohabitation (et non pas seulement des relations 2), la cohabitation avec une femme étrangère, si digne femme soit-elle, est plus dangereuse que la cohabitation avec un homme mauvais, d Une fois de plus, Kolde n'a donc pas eu honte de lancer un texte contre un adversaire sans même l'avoir contrôlé; bien plus, il induit en erreur, en ajoutant un mot qui n'est pas dans le texte; bref, en rapportant le passage de Lyra, il en change la teneur et il en dénature le sens.
J'espère que maintenant le lecteur saura porter sur le professeur d'histoire d'Erlangen un jugement équitable, c'est-à-dire accablant.
D'un bout à l'autre de sa brochure, c'est la même extraordinaire ignorance. En voici encore quelques exemples. Dans son Martin Luther^
1. (( Melior est iniquitas viri » • — i. e. minus mala ; (( quam millier Ijenefaciens» — se. ad cohabitandum. Unde istiid refcrtur ad id quod praemittitur (v. 12) : a In medio mulieriim noli commorari. » Magis enim periculosum est homini cohabitare ciini muliere extranca etiam bona, quam cum viro iniquo.
C'est là non seulement la leçon des imprimés, mais encore celle des manuscrits; par ex. des Cod. V'at. l. 5o, fol. SG'j ; lO'i,
loi. '|/|.