X PREFACE DU TRADUCTEUR
Nous n'avons rien épargné pour que cette traduction fût d'une lecture utile et agréable.
Souvent, sans reproduire l'original dans ses notes, l'auteur traduit en allemand des textes de langues étrangères, particulièrement des textes latins : textes des Pères de l'Eglise, des théologiens, des auteurs ascétiques et mystiques, textes des œuvres latines de Luther. Pour ces textes, autant qu'il nous a été possible, nous avons cherché à consulter l'original, de manière à ne pas donner la traduction d'une traduction. C'est ce que nous avons fait en particulier pour tous les passages tirés de la Patrologie grecque et latine de Migne et des œuvres latines de Luther'. Mous avons été amené ainsi à rectifier un certain nombre de fautes d'impression, même d'inexactitudes qui s'étaient glissées dans le texte de Denifle-.
Par contre, dans le texte allemand. Ion trouve assez souvent des citations en langues étrangères, ainsi que des indications bibliographiques.
1. Ici, tovitefois, nous devons remarquer qu'assez souvent, alors même qu'il met une citation entre guillemets, Denille s'attache au sens général d'un texte, plutôt qu'il n'en donne une traduction exacte. Dans ce cas, pour lixer le sens de tel ou tel mol allemand, il était utile encore de remonter à l'original ; toutefois entre les deux textes, c'était évidemment celui de Denille que nous devions avant tout avoir en vue (Ex. éd. ail., p. 107, note i ; traduction, t. I, p. njo, n. 3).
2. Nous demandons que l'on veuille bien se rappeler ces lignes avant de juger la traduction des passages dont nous parlons ici.
L ORIGINAL ET LA TRADL'CTION XI
Nous avons traduit les citations et rejeté au bas des pages tout ce qui était de nature à déparer un texte français. Ces modifications ne changent absolument rien à l'ouvrage ; çà et là, elles suffisent pourtant à lui donner un autre aspect ' : dans l'original, les chapitres sur saint Bernard et sur la formule de profession, par exemple (I'" Partie, § 2 et 3, p. 40-5; ), ont presque l'allure de recueils de notes ; nous espérons qu'ils feront meilleure figure dans cette traduction (t. 1. ch. II et III, p. 74-io5).
Dans les renseignements qu'il donne, renseignements chronologiques, bibliographiques et autres, l'auteur procède souvent d'une manière rapide et même par simple allusion : dès lors, pour des lecteurs étrangers à l'Allemagne, ces renseignements sont fort peu intelligibles. Par une note, par le titre dun ouvrage donné plus complètement, quelquefois par une simple tournure, nous avons cherché à rendre ces renseignements plus clairs et plus utiles.
Enfin dans la traduction des passages difficiles, nous n'avons pas voulu avoir recours à la méthode trop courante d'éluder la difficulté par quelque
I. Un exemple. P. ia, Deniflc dit : (( Dans la l'ita S. Benmrdi auclore Alaiio, il (Ravveraii) a trouvé le second passage. » Nous traduisons (p. 7(5) : « Dans la Vie <U; saint Bernard, par .\lain de Lille... », el nous rejetons le titre latin en note.
XII PUEFACE DL TRVDIGTEUR
tour obscur qui n"e\plique rien. Partout, en un mot. nous avons cherché à guider et à éclairer le lecteur ; nous croyons n'avoir rien négligé pour que cette traduction fût à la fois exacte, claire et française '.
I. Déjà, dn la preinièro partie do l'ouvrage de Deniflc, il a paru une traduction italienne (Angelo Mercati, Liitcro e Luicranismo ncl loro primo sviluppo. Roma, igoo, in-8). Cette traduction a de grands mérites et, rà et là, nous nous en sommes aidé. ïoulefois, elle renferme qucUiues contre-sens. Par exemple, dans im passage de la préface, le traducteur oublie une particularité si fréquente de la syntaxe allemande : volontiers, dans les propositions temporelles ou conditionnelles, l'allemand supprime la particule initiale pour donner à la proposition un tour interrogatif : « iS"étais-je pas seul, je me trouvais toujours en bonne compagnie. » (Denille, p. v. 1. 20). Denille veut dire : « Quand je n'étais pas seul... » ; et non, comme l'a traduit M. Mercati : (( Je n'étais pas seul, me trouvant toujours en bonne compagnie. » (Traduction italiriinc. p. \i, 1. 2 ; ci-après, p. xx.vi, 1. 12). La connaissance insuffisante de la littérature allemande l'a quelquefois aixssi fort embarrassé, par exemple quand il s'agit du Amer Karsllians ! (Dcnitlo, I. S.'i'i; Mercati, I, 877). Par-dessus tout, nous nous permettons de croire que cette traduction est trop littérale : les phrases s;>nt cakiuécs sur l'allemand, ce qui çà et là augmente les oijscurités du texte au lieu de les éclaircir. Une traduction doit être non seulement exacte, mais claire ; ou plutôt, pour être vraiment exacte et utile, elle doit être claire.
Nous ne pouvons, du reste, que faire nôtres ces lignes de M. Mercati : <( Je voudrais pouvoir persuader le lecteur des ditricultés horribles quej'ai dû surmonter pour faire cette traduction... Qu'on veuille bien songer à tant de textes allemands du moyen âge ! Pour saisir la dilférence de la pensée et du style entre cette époque et la nôtre, qu'on se rappelle la distance qui nous sépare de nos écrivains du xn" et du xv' siècles... Qu'on ajoute la nécessité inéluctable de recourir çà et là à des circonlocutions ou de scinder les phrases alliMuandes, si l'on veut rendre toujours exactement la pensée et plus encore l'ordre et la connexion des pensées de l'auteur. >> (1*. v-\i).
VLE D ENSEMBLE DE L OUVIWGE XIII
M. l'abbé Bayol, chapelain du chàleau de Havixbeck, en Westphalie. séclairant lui-même de conseils compétents, a bien voulu revoir les épreuves de cette traduction. Il s'est acquitté de cette pénible lâche avec un soin dont nous lui sommes très reconnaissant.
Nous pensons être utile au lecteur en donnant quelques renseignements bibliographiques qui lui permettront d'embrasser d'un coup d'œil les diverses parties de l'œuvre de Deniflc :
I. I" Luther uiid Luthertum, in der erslen Enlivickelung, quellenmâssig dargesfellt. Tome I, i'" et 2' partie. (Mayence, Kirchheim, 1904).
Préface du 4 oct. 1908. P. xxxu-860.
Avant le titre, deux portraits de Luther et de Mélanchthon.
2" A cette première édition se rattache l'opuscule oii Denifle répondit à Harnack et à Seeberg : Luther in rationalistischer und christlicher Beleuchiung. — Luther pour le rationaliste et pour le ccdhoUque. (Janvier 1904, p. 91). Cet opuscule a un caractère dogmatique : Denifle y établit contre ses adversaires les principes généraux qui sont à la base du christianisme.