‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 72 sur 290 · Erl., 20, 72 ; Wcim., \, P. 11, p. 2yo · texte numérisé non relu

Erl., 20, 72 ; Wcim., \, P. 11, p. 2yo

3o I^JTRODUCTION

contre l'ordre voulu par Dieu. Quoi d'étonnant que celui-là précisément qui avait lancé toutes ces doctrines ait dû avouer peu d'années après, en passant en revue tous ceux qui l'avaient suivi : « Rien ne peut guérir la passion, pas même le mariage, car la majeure partie des gens mariés vit dans l'adultère '. »

Avec de telles moeurs, il n'y avait plus qu'un pas à faire pour aller à la polygamie. Et de fait, quelquesuns de ces apôtres de la chair en arrivèrent là : en conformité avec leurs principes, ils ont permis quelquefois d'avoir deux ou trois femmes ; bien plus, quelques-uns de ces prêtres et de ces moines apostats en eurent eux-mêmes plusieurs à la fois. Et, dans la suite,

I. « Le passage est scandaleux, dit Denifle en note ; c'est pourquoi je ne le donne pas en entier en allemand. » Je ne le donnerai donc pas davantage dans cette traduction.

Il se trouve dans les Opéra cxeg. lut. I, 212, sur la Genèse, c. 3,. 7. Le Réformateur enseignait donc en i53G : (c An non sentiemus tandem, quam fœda et horribilis res sit peccatum .^ Si quidenv sola libido nullo remedio potest curari, ne quidem conjugio^ quod diviaitus infirma^ naturae pro remedio ordinatum est. Major enim pars coiijugatorum vivit in adulteriis et canit de conjuge notum versiculum : nec tecuni possum vivere, nec sine te. Haec horribilis tur])itudo oritur ex honestissima et pncslantissima parte corporis nostri. Pra^stantissimam appello propter opus generationis, quod praestantissimum est, siquidem conservât speciem. Per peccatum itaque utilissima membra turpissima facta sunt. » En outre, voici dans le commentaire sur le ch. V de l'Epître aux Galates ce que Luther enseignait en i53r)(t. III, p. 11, éd. Irmischer) : « Quisquis hic (loquar jam cum piis conjugibus utriusque sexus) diligenter exploret seipsum, tum procul dubio inveniet sibi magis placere formam seu mores alterius uxoris quam sua; (et econtra). Concessam mulierem fastidit, negatam, amat. » Ainsi donc, même les « pii » ^

LUTHER ET LA POLYGAMIE 3r

leur chef devait ranger la polygamie parmi les institutions les plus sublimes et les plus parfaites de la liberté chrétienne ; il ne défend pas « qu'un homme prenne plus d'une femme », car, dit-il, « il n'y a rien là de contraire à l'Ecriture sainte, d Si l'on ne doit pas le faire, c'est uniquement pour éviter le scandale et par convenance ^.

Lorsque ces apôtres de la chair s'étaient vautrés à plaisir dans la fange de la sensualité, c'est alors qu'à leurs yeux ils étaient le plus dignes d'obtenir la rémission de leurs péchés. Qu'ils eussent quelque chose à se faire pardonner, c'est ce qui ne paraît pas douteux; et leurs péchés ne devaient être évidemment ni des fautes en peinture, ni des distractions d'enfants ; c'étaient des pièces de choix. Oui, mais comment obtenir ce pardon ? Par la confession ? Quelle plaisanterie l Confession, repentir, ferme propos, pénitence des catholiques : pour les partisans des nouvelles doctrines, tout cela n'avait plus aucune signification; pour eux la confession était un martyre, plus affreux encore que la prière. Ils avaient découvert un moyen beaucoup plus simple de passer l'éponge sur tout le passé : c'était la confiance dans le Christ. «N'est-ce pas une bonne nouvelle », enseignait leur maître, « si quelqu'un est plein de péchés, et que l'Evangile vienne

I. M. Le>z, Briefwechsel Landyraf Philipps des Grossmiitigen von Hessen mit Bucer, I, 3/i2-3/i3, note. Voir, ci-après, ch. VI, S 8,

et lui dise : Aie confiance et crois, et, dès lors, tous tes péchés sont remis. Ce registre tiré, les péchés sont pardonnes ; il n'y a plus à attendre encore ^ »

Les concubinaires du xv" siècle n'avaient pas tiré ce registre ; une autre maxime du Réformateur n'était pas encore ariivée jusrpi'à eux : « Sois pécheur et pèche fortement, mais confie-toi ot réjouis-toi plus fortement dans le Christ, vainqueur du péché, de la mort et du monde. Ne va pas t'iniaginer que cette vie est la demeure de la justice ; il faut que le péché existe. Qu'il te suffise de reconnaître l'agneau qui ote les péchés du monde ; alors le péché ne pourra te détacher de lui, devrais-tu faire mille paillardises en un jour, ou y commettre autant d'homicides 2. » Si les concubinaires du xv*" siècle avaient entendu ce discours, il est à supposer que. dès lors, sans attendre le siècle suivant, le mal aurait atteint son point culminant. Car si la religion se réduit uniquement à la confiance, si le devoir moral est méconnu, si les efTorls personnels pour accomplir ce devoir sont négligés, ou même prohibés, alors il n'y a plus à attendre que la ruine complète de toute moralité.

Et de fait, pour pousser à pécher avec as.surancc, à persévérer sans scrupule dans le concubinage, c'est-àdire dans l'amour libre, et finalement à s'enfoncer irrémédiablement au plus profond de l'abmie, qu'au-

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