‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 106 sur 312 · Enders, V · texte numérisé non relu

Enders, V

2. Schiippen, en latin squamse : écailles. L'expression : le diable et ses écailles et autres semblables sont très fréquentes chez Luther et autres écrivains du xvi° et du xvii' siècle : les écailles du diable ou du pape ce sont leurs adhérents ou serviteurs. Dans son explication de « l'Ane-Papc » trouvé dans le Tibre en 1496, Mélanchthon, inspiré par Luther, nous dit que cette image est tirée de la description de Leviathan, dans Job (41,6-7):

Superbes sont les lignes de ses écailles, Comme des sceaux étroitement serrés.

Chacune touche sa voisine, Un souffle ne passerait pas entre elles,

« Ainsi dit Mélanchthon, les princes et seigneurs et tout ce qui est temporel a toujours été et est encore attaché au pape et à son gouvernement » (Weim., XI, 878, ik). Voir aussi Weim., XI, 247 (i523), n. I (N. d. T.).

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plus mécontents. Ils font résonner leur force, et moi je les brave avec le droit (!); et nous verrons qui finira par l'emporter, de la force ou du droit. C'est ce que je vous conseille de faire aussi. S'ils ne se scandalisaient pas à votre sujet, c'est alors que vous devriez être triste ; car ce serait un signe que vous vivriez au goût des ennemis de l'Evangile. Ils se scandalisent : riez donc et soyez de bonne humeur ; vous avez là un signe que votre conduite est agréable à Dieu ^ » Voilà l'état d'âme de Luther ! Il n'y avait pas là place pour une pensée claire et reposée. C'étaient à peu près les dispositions de ceux dont le Sauveur avait prédit qu'en tuant ses apôtres, ils croiraient rendre gloire à Dieu 2.

Sa. — Procédés de Luther pour amener les religieux

à l'apostasie.

Par sa lutte contre les ordres religieux (particulièrement contre les franciscains et les dominicains), Luther voulait donner au pape un a coupde Jarnac ». Il savait fort bien, et il l'a dit lui-même en propres termes,

1. De Wette, III, 84; voir aussi Enders, V, SoS-SoA. Luther ftt^ preuve du même état d'âme lorsqu'en i5/io la dispense qu'il avait ^ accordée pour le double mariage de Philippe de Hesse devint ' publique ; alors il parla de cette affaire avec une rare inconvenance : « fort gaiement, et avec de grands éclats de rire », il plaisantait sur les cris que cette nouvelle allait provoquer chez les papistes : « Je ne voudrais pas donner au diable et à tous les papistes la joie de m'en tourmenter. Dieu mènera tout à bien. » Luthérs Tischreden in der Mathesischen Sammlnng, w" 2^1 •

a. Jean^ iG, 2.

HAINE DE LUTHER CONTRE LE PAPE l59

que c'étaient chez les ordres religieux, spécialement chez les ordres mendiants, notamment chez les franciscains et les dominicains, que l'Eglise trouvait ses plus puissants renforts^.Pour mieux atteindre l'Eglise, il lui fallait donc en finir avec les ordres ; et pour détruire les ordres, il devait d'un côté amenerles religieux à rompre leurs vœux et à abandonner le cloître ; de l'autre les rendre odieux au peuple qui leur était plus attaché, et particulièrement aux moines mendiants, qu'au clergé séculier.

Sur le premier de ces deux points, comme nous l'avons déjà vu 2, il écrivait de la Wartbourg à son ami Gerbel : « Philippe (Mélanclithon) et moi, nous avons formé une puissante conjuration contre les vœux des religieux et des prêtres, pour les supprimer et les détruire. Oh I ce scélérat d'Antéchrist avec ses écailles, comme il a été utile à Satan pour porter le ravage dans tous les mystères de la piété clicétienne ! Salue ta femme... ïu es heureux, toi, qui par un honorable mariage as vaincu cet impur célibat que condamnent ses perpétuelles ardeurs et ses pollutions immondes...

I. Il dit dans les Propos de Table (éd. Fôrstemann, III (i8/iG), 386) : « Les Augustins et les Bernardins n'étaient rien en comparaison de ces sales pous ». — P. 288 : « De tous les moines, les Prêcheurs et les Mineurs ou déchausses ont été les principaux et les plus puissants représentants du pape. La dominicaine est le glorieux et magnifique soutien et appui du pape. Volontiers ils tireraient parli de la honte d'autrui en diffamant les gens ; ils ne peuvent tolérer personne de savant ; ils voudraient être les seuls à l'être. » -- P. 390: les deux ordres mendiants ont été les colonnes do la papauté. — P. 298 : « Les moines avaient le vulgaire dans leurs maiip ». « Les monastères étalent les meillcurji filets du pape ».

a. Voir, ci-dessus, I, 78.

l6o LUTHER ET L*APOSTASIE DES RELIGIEUX

Je regarde le mariage comme un paradis ^ . » Voilà ce qu'écrivait Luther au moment où il allait composer son ouvrage sur les vœux monastiques ; en même temps, il confessait qu'à la Wartbourg il était u exposé à mille diables », et qu'il a tombait souvent 2. »

Quelques mois avant la publication de ses thèses sur les vœux, il écrivait : « Moi aussi je désire rendre le célibat libre, comme l'exige VEvangile ; mais je ne sais pas encore exactement comment j'y parviendrai ^. » S'il était vraiment persuadé que l'Evangile exigeait la libération du célibat, comment donc ignorait-il encore la manière de le libérer ? Il n'avait qu'à produire le texte de l'Evangile qui, à son avis, exigeait cette libération, et tout était dit. Mais c'était là la difficulté ! Il savait fort bien que l'Evangile, que l'Ecriture sainte n'était pas de son côté ; c'est précisément pourquoi il songeait à imaginer un moyen de l'y amener. Il y parvint de la même manière que pour saint Bernard, que pour les constitutions de son ordre, que pour la doctrine de l'Eglise, c'est-à-dire par des falsifications et des contradictions, par des sophismes et des habiletés de mauvais aloi.

Pour le montrer, il est inutile d'ajouter d'autres considérations ; comme preuve de ce que j'ai déjà dit à ce sujet, je choisis seulement quelques textes parmi une multitude : « Luther ne recule devant aucun mensonge », disait le dominicain Jean Mensing ^. Il ne se

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