‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 110 sur 312 · Voir sur ce point tout le ch. vi (t. I, p. i3o et suiv · texte numérisé non relu

Voir sur ce point tout le ch. vi (t. I, p. i3o et suiv

2. A la fin de l'ouvrage sur les vœux monastiques. Weim. VIII, 668(i52i).

3. Dans le sermon « Audi fUia » du manuscrit que nous citerons bientôt, cette phrase est souvent appliquée au:^ religieuses fidèles.

ï(jii LUTHEft POUSSE LES RELIGIEUX A l'aPOSTASIE

foîclirélienne sur la perche et dans la glu du démon ^. » Luther arriva d'autant plus facilement à ses fins que beaucoup de religieux, comme du reste une partie plus nombreuse encore du clergé séculier, vivaient dans une grande ignorance. « A cette époque, écrit Wicel (c'est-à-dire au moment où il suivit Luther), je n'avais, je ne dis pas lu, mais jamais vu de ma vie un livre sur la doctrine de l'Eglise ; il était donc très facile de m'induire en erreur ; c'était le cas de répéter le proverbe allemand : « Qui veut danser ne regarde pas au joueur de fifre 2. )>

Naguère, un professeur protestant a écrit : « La discipline monastique était dans un état lamentable, la vie du cloître, incapable de procurer un repos véritable et la paix de l'âme ; nous le voyons clairement à la rapidité foudroyante avec laquelle ont disparu les monastères dans les régions envahies par le mouvement réformiste de Wittenberg » 5. En vérité, quel désordre et quelle confusion dans ces têtes-là I Cet

1. Ed., 25, 337(1539). Ce sens est plus juste que celui que Luther lui-même donne à sa comparaison,

. [Dans l'original, c'est les religieux et la sainteté religieuse que Luther compare à cette perche et à cette glu : « Lorsque le diable veut prendre les chrétiens, il lui faut endosser un froc de moine », Erl., 25, 337. N. d. T.j.

2. Dans R.Ess, Convertitenbilder, I, 168. Le sens est clair. Si quelqu'un désire faire une chose, on n'a pas de peine à l'y amener. Voir E. Thiele, Luihers Sprichioôrtersainmhing, n* io8, p. 124. C'est ce que dit aussi Wolfgang Ma-YER : (( Quomodo post se tantam apostatarum turbam traheret Lutherus nisi placentia doceret ? » Votorum monast. tiitor(Cod. lat. monac. 2886, fol. 67".)

• 3. J. H. Geb.vler, Zur Geschichie der letzten Manche in der Mark ; dans la Zeitichrift fiir Kirchengeschichle, 1901, t. XXI, p. 080. " ' ■ .

LA VIE RELIGIEUSE ET LA PAIX DE l'amE i65

érudit aurait pu dire : « L'état d'âme de certains moines était souvent lamentable, ainsi que la discipline de plusieurs monastères : nous le voyons à l'empressement avec lequel ils se laissèrent persuader par Luther,. par ses propos légers et mensongers, u Mais quand, pour expliquer la rapide disparition des monastères, il nous dit que « la vie du cloître était incapable de procurer un apaisement véritable et le repos de l'âme », alors, il montre simplement de l'infériorité intellectuelle ; car ici il n'y a pas lieu, comme chez Luther qui en a dit autant, de recourir à la supposition de la méchanceté. Il identifie l'état religieux avec les maur vais religieux, absolument comme si l'on voulait identifier les adultères avec l'institution du mariage. Comme le dit saint Jérôme, si un individu simule la piété et s'adonne au vice, ce n'est pas la religion chrétienne qui est en faute ^ ; ainsi l'état religieux n'est pas davantage responsable de la corruption de certains de ses membres. En vérité, la vraie vie religieuse, le concept de la vie religieuse seraient-il donc identiques avec l'abandon de cette vie ? La vie conforme aux devoirs d'un état est-elle la même que celle qui n'est qu'une suite d'infidélités et de défaillances à l'endroit de ces devoirs? Qu'il n'en soit pas ainsi, c'est ce que tout protestant accordera, dès l'instant que l'Eglise catholique ne sera plus en jeu ; mais aussitôt qu'elle entre en cause, un ressort se détend chez eux ; dès lors, les plus grands contre-sens comme les contradictions les plus énormes leur paraissent avoir du sens et

I. « Nec hc'ec culpa est Christiani nominis, si Simulator reli» gionis in vitiosit». jK/). ia5, n. 6. .

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de la logique. C'est une inoculation, qui vient dû Père de la « Réforme évangélique ». Lui-même tontefois, il s'était exprimé tout autrement, avant d'être poussé par sa haine sanatique contre l'Eglise, et d'avoir juré sa ruine.

J'ai cité plus haut i son mot de i5i6 que, s'ils le voulaient, c'est-à-dire s'ils vivaient selon leur état, les religieux pourraient être les plus heureux des hommes et les plus près de Dieu. Ainsi, d'après Luther luimême, la vie religieuse était capable de procurer un repos véritable et la paix de l'âme. Et pour vivre en vrai religieux, l'on n'a qu'à « s'attacher à la douce croix de Jésus, à obéir selon la règle pour accomplir la volonté de Celui vers qui l'on soupire dans son cœur ; on ne s'attachera pas à cette croix en murmurant, comme le mauvais larron, mais avec joie, comme saint André quand il reçut la sienne... La voix de la vérité t'a promis qu'elle te serait légère et facile: « Mon joug est doux et mon fardeau est léger et vous trouverez en lui le repos de vos âmes n. Croyez-en ceux qui en ont fait l'expérience : s'il est un paradis en ce bas monde, il se trouve dans le cloître ou dans l'étude'^ )). C'était là aussi la pensée de Luther, à une époque où il avait encore une conception saine de la vie religieuse ; plus tard, au contraire, comme

a. Sermon A udifilia pour les dominicaines du couvent de Sainte- Catherine à Nuremberg, fol lo^" d'un manuscrit du xiv* siècle ; ce manuscrit appartenait autrefois au couvent de Nuremberg, puis il est passé dans la bibliothèque du séminaire de Mayence qui en a hérité de F. Schlosser.

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