‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 112 sur 312 · Voir p. iSg · texte numérisé non relu

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2. Dans un ouvrage rare, Apologia contra Martinum Lutherum (i525), f. B. ij", le théologien Guillaume Gometius, de Vienne, exprime fort bien cette idée. Il résume d'abord en ces mots l'appel de Luther aux moines : « Papa nos in servitutis jugum submisit » ; puis il ajoute : « Ad hanc vocem monachos sub obedientiiE vinculis clauses ac fœminas Deo dicatas in clausiris (quia experientia novit magnum eorum esse numerum, qui non voluntarie, sed invite Deo serviunt) eos allicere facile putat, ut sibi militent, et amarissim loxici poculum sub bac mellis dulcedine vulgo nihil altius cotjsideranti propinet... ut hac insana libertalis voce illecti innumerosus facinorosusque exercitus sub ejus insanae libertatis signis militet, quo optimos quosque expugnare facile possit, dicens illud Pauli : « Vos enim in libertatem vocati estis fratres» (Gai. 5, i3) ; sed sacrae Scripturae corruptor subticetquod sequitur; « Tantum ne libertatem in occasionem detis carnis, sed per charitatem spiritus servite invicem ». De fait, dans son ouvrage sur les vœux monastiques, Luther laisse de côté la seconde partie de ce texte (Weim., Vllf, 6i3). Toutefois, il la met comme conclusion de toute l'œuvre {Ibid., p. 669); et elle devient ainsi, sans qu'il s'en rende compte, une sentence de condamnation pour cette œuvre et pmir les conséquences qui en ont découlé.

lôS LUTHER INSPIRE LA HAINE DES RÉLIGIEOÏ

$ 3. — Tactique de Luther pour rendre le peuple hostile aux religieux. Leur vie dissolue ; la sainteté monastique et la {.( justification par les œuvres ».

Pour atteindre son but, il ne suffisait pas à Luther de séduire les religieux : il lui fallait encore leur aliéner le peuple. Or le peuple, je l'ai déjà fait remarquer, leur était fortement attaché, et surtout aux ordres mendiants ; comme Luther le répète fréquemment, ils étaient populaires, à cause de leur sainteté hypocrite, de leurs jeûnes, de leurs habits grossiers et de leur vie en apparence retirée. Il fallait détruire cette popularité, car sans le peuple rien ne se fait. En outre, si le peuple restait attaché aux ordres, il resterait aussi attaché à l'Eglise, cette Eglise dont Luther avait juré la ruine. Il fallait donc lui rendre les ordres odieux. Les moyens qu'il y employa varièrent selon les circonstances.

Parfois il représente les moines comme des gloutons, des buveurs, des viveurs, âes paillards et des fainéants. (( De tout le jour, les anciens Pères ne mangeaient ni ne buvaient ; ils dormaient peu ; ils vivaient comme des malheureux, imposant à leur corps toutes les abstinences et mortifications que peut supporter la nature. Ce n'est pas souvent que, de nos jours, on trouve de pareils jeûnes, notamment chez nos moines et chez nos prêtres ! Les Chartreux ont beau se donner comme des modèles de vie austère ', ils sont loin d'aller jusque-là,

1. C'est ce qu'il dit aussi dans son Commentaire ?,nvVEpitre aux Gai., c. 5, 111, 43 ; éd. Irmischer(i535) « quorum ordo rigidissimus est ».

ST. MIOHAEL'8 COLLEGE

LES RELIGIEUX l GLOUTO^ÏS, DÉBAUCHES 169

quoique pour la montre ils en accomplissent une partie, comme d'aller avec des haires ; mais en même temps, ils se remplissent la bedaine de tout ce qu'il y a de meilleur en fait de boire et de manger ; ils se la coulent douce, et le plus agréablement du monde 1 )).

(( Je puis dire en toute franchise que dans le papisme je n'ai encore jamais vu de jeûne véritable, ce qui s'appelle jeûner. Qu'est-ce que c'est qu'un jeûne où à midi l'on vous sert un repas avec des poissons exquis et d'excellentes sauces, le tout deux et trois fois meilleur et plus abondant que d'ordinaire, et les boissons les plus fortes par dessus le marché, et une, deux ou trois heures à table, et la bedaine si pleine qu'elle en résonne ? Et voilà pourtant ce qui était l'habitude et l'un des moindres détails même parmi les moines les plus rigides )>. Naturellement, tout cela n'était rien, en comparaison de ce que faisaient les évoques et les abbés. En réalité, dit Luther, « ces chers papistes sont maintenant tous devenus de bons luthériens, car pas un d'eux ne pense plus à jeûner 2. » « Si les moines ne trafiquaient pas de leur reste de sainteté, le nombre en diminuerait énormément, et les bedaines fainéantes et voraces deviendraient clair - semées 3. » « Ces enragés de saints jeûnent un jour au pain et à l'eau ; puis pendant un quart de l'année, ils soiffent et ils goinfrent du matin au soir à s'en tendre la peau. Il y en a d'autres qui jeûnent en ne mangeant pas le soir,

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