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LA SAINTETÉ MONASTIQUE PAR LES OEUVRES l8l
de « saints par les œuvres », plus il pouvait tempêter et tapager à plaisir. Aussi, quand il en venait à ce sujet, il n'éprouvait pas le moindre embarras à représenter la plupart des religieux de son temps, ou du moins un grand nombre d'entre eux, ceux qui vivaient strictement selon leur règle, comme voulant être saints par leurs œuvres et justes par eux-mêmes ; c'était pour lui un moyen de faire luire cette conclusion aux yeux du peuple : « Tous, des renégats du Christ et des suppôts de Satan ». C'était précisément pour en arriver à les condamner tous qu'il commençait par les faire tous des saints selon la prétendue doctrine catholique. Plus l'antécédent était universel, plus le conséquent l'était aussi : universel, terrible et d'autant plus impressionnant. Pour lui, le saint par les œuvres, c'était précisément le moine, et dans la mesure où nous nous appuyons sur nos œuvres, chacun de nous porte un moine en lui^.
(( Avec sa corde, le chartreux veut mériter le ciel ^ ». « Bénédictins, chartreux, déchaussés, prêcheurs, augustins, carmes, tous les moines et toutes les religieuses sont certainement damnés ; seuls, les chrétiens sont sauvés ; pour ce qui n'est pas chrétien, rien n'est utile, pas même Jean-Baptiste » 3, qui mena dans le désert une vie si rigoureuse. « Christ veut dire Rédempteur, qui nous justifie sans nos mérites, con-
I. 0pp. exeg. lat., XVIII, 217 (i53a) : « Unusquisque nostrum gestat in sinu suo magnum monachum, hoc est singuli vellemus taie opus, in quo possemus gloriari : ecce hoc feci, satisfeci hodie Deo meo orando, benefaciendo, ero igitur animo magis otioso ».
a. Erl., 19 (2' éd.), 4i8,