Voir ci-dessus, t. I, p
/i. Les premiers des augustins de Wittenberg qui à la fin de i52i passèrent à Luther étaient proprement des brigands. Leur chef, Gabriel Zwilling, marqué de Dieu parce qu'il était borgne, religieux sans aucune discipline (voir ci-dessus, I, p. 60), commença par exciter le peuple contre l'ordre, et surtout contre son proprs monastère ; puis il conseilla de « tirer les moines par leurs habits et de les tourner en dérision quand ils allaient par les rues, afin de les pousser à quitter leur couvent ; s'ils persistaient à ne pas vouloir en sortir, il fallait les en chasser de force et détruire le couvent de fond en comble, de telle sorte qu'on ne pût même plus en trouver la trace. » Ce sont les paroles du prieur dans une lettre de plaintes à l'électeur. (Corp. Réf., I, A83-/i8/i). Déjà treize de ses religieux étaient partis. Cette « bande d'échappés», ces «drôles en liberté » excitaient citoyens et étudiants contre lui et ses moines encore fidèles, « si bien qu'à tout moment nous avons à prévoir un danger pour nous et pour le couvent ». Ceux qui étaient dans ce couvent et ceux du monastère franciscain éprouvèrent par expérience que cette crainte n'avait rien d'imaginaire. Ces vauriens, le borgne Zwilling en tête, furent les tout premiers à y troubler le service divin, afin d'en arriver à faire supprimer la messe, contre laquelle Zwilling avait déjà prêché quand il était encore dans son couvent, en la traitant d'abomination. L'observation de Kolde sur ces moines défroqués est très caractéristique (Die Deutsche Augustiner-Kongregalion, p. 319): « On peut légitimement voir là une preuve que
ment qu'au milieu de i522 portait sur eux le chapitre de Grimma ^ , nous avons vu en outre les paroles sévères de Luther à leur endroit. Au commencement de i523, ces premiers apostats causaient aussi l'indignation d'un chapitre qui se tint alors à Wittenberg : on s'y plaignit amèrement que beaucoup se couvraient de la parole de Dieu pour accorder une coupable liberté à leurs penchants immoraux 2; c'est ce que nous confirme le chapitre de Grimma, quand il dit qu'(( un grand nombre abusent de la liberté chrétienne pour la honte du Christ et de son Evangile 3. » Mais ensuite, quand les membres de ces chapitres et toute la congrégation se donnèrent à Luther, alors tous firent de même, les derniers venus comme les premiers : la conclusion était une concubine, qu'ils nommaient leur femme.
Dans sa lettre de démission au chapitre des augustins de Wittenberg, Lang dit qu'en général les prieurs des couvents étaient des ânes qui ne savaient pas ce que c'était que la foi *. Or, Lang était lui-même prieur d Erfurt, et, comme lui, tous les « ânes » dont il avait parlé passèrent à Luther. Luther s'entendit merveilleusement avec eux ; et sous a le nouvel Evangile )),
c'étaient bien des motifs de conscience et non une tendance charnelle qui les pressait à agir ainsi : c'était précisément la messe à laquelle on s'attaquait en premier lieu I » Je veux admettre que c'est uniquement l'ing^énuité qui a inspiré ces paroles à Kolde. Toutefois, quand Luther félicitait ses confrères de Wittenberg d'avoir les premiers de tous aboli « l'abus des messes », il y avait chez lui autre chose que de l'ingénuité. (Weim., VIII, Au» 9.)