‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 156 sur 312 · trf.,n»3o · texte numérisé non relu

trf.,n»3o

méritent pas le nom d'homme ; ils sont bien au-dessous des porcs ^ )).

De ce que les religieux étaient persécutés par les évêques et les prêtres séculiers, Luther autrefois concluait qu'il fallait les estimer heureux : par là, ils étaient plus près de la croix ; c'est pourquoi, ajoutait-il, depuis deux cents ans il n'avait jamais été mieux de se faire religieux 2. Maintenant au contraire, c'est-à-dire à peine cinq ou six ans après, et dans la suite, une situation identique lui donnait un nouveau courage pour les persécuter et les exterminer : il estimait que, dans cette lutte, il n'avait aucune résistance à craindre de la part des évêques et du clergé séculier. En i53o, il écrivait : « Aux ecclésiastiques à [la diète d'JAugsbourg. Depuis que j'ai commencé à attaquer la vie monastique et que les moines sont devenus plus rares, je n'ai pas encore entendu d'évêque ou de curé s'en lamenter ; je sais qu'on ne leur a jamais rendu un plus grand service qu'en les délivrant ainsi des moines, et je crains vraiment qu'aujourd'hui il ne se trouve à peine à Augsbourg un seul homme pour s'intéresser à eux et demander qu'ils retournent à leur ancien état. Non, les évêques ne toléreraient jamais qu'on remît dans leurs hermines ces pous et ces punaises ; ils sont trop heureux que j'aie si bien nettoyé leurs fourrures, quoique à vrai dire sous la pa- | pauté ce fussent les moines qui avaient à s'occuper de l'Eglise, tandis que les évêques n'étaient préoccupés que de se faire appeler Monseigneur. J'ai renversé les

ï. Erl., hi, 37 (à peu près de la même époque). a. Voir, ci-dessus, I, p. 66.

SON AUDACE s' ACCROIT DE L* ATTITUDE DES ÉVEQUES 233

moines, non par la violence (?) mais par ma doctrine, et les évêques en sont fort heureux ^. »

Je viens de dire que cette prévision avait donné à Luther un nouveau courage pour combattre les religieux, mais non qu'elle avait été seule à l'y pousser. Sans cette circonstance, il n'en aurait pas moins accompli tout ce qu'il a fait ; il se sentait né pour être un homme de révolution : u Je suis né, écrit-il, pour lutter et pour tenir la campagne contre les brigands et les démons ; c'est pourquoi mes livres sont si impétueux et si belliqueux. Je dois faire disparaître les arbres avec leurs troncs, arracher les haies avec les ronces, et combler les mares stagnantes : je suis le bûcheron vigoureux, qui doit percer la route et la rendre praticable 2. » Nous savons maintenant en quel état il l'a mise.

Luther a écrit : « La papauté est fondée et établie sur un mensonge diabolique 3. » Dans le protestantisme, on se demandera peut-être enfin si cette parole ne s'applique pas plutôt à la « Réforme évangélique » ? Dans toute cette première partie, nous avons vu Luther agir d'après le principe qu'il énonçait dès 1620 : (' Contre la déloyauté et la perversité du pape tout est permis », et cela, comme il dit, « pour le bien des âmes * ». Et en i54o il développe ainsi ce principe :

Page 1