‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 162 sur 312 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DES MORTIFIGATIO>'S IMMODEREES DE LUTHER AVANT SA « CONVERSION », EN VUE d' APAISER LA SÉVÉRITÉ DU SOUVERAIN JUGE

Bans ses écrits et dans ses sermons, Luther parle très souvent des pénitences austères et quasi mortelles auxquelles il s'était livré dans le cloître pour faire son salut, pour apaiser la sévérité du souverain Juge et mériter le ciel ; mais tout avait été inutile : il restait constamment dans l'inquiétude, et finalement le désespoir l'envahissait, jusqu'à ce qu'enfin par sa lumière et son Evangile Dieu lui-même vint le délivrer. Voici quelques-unes de ses principales déclarations à ce sujet :

(( Le monde veut trop refuser au corps ou tout lui accorder. Par l'abstinence, nous pensions, nous voulions mériter au point d'en arrive?^ à égaler le prix du sang du Christ. Dans ma folie, voilà moi aussi ce que Je croyais. J'ignorais alors que Dieu me demandait de prendre soin de mon corps et de ne pas mettre ma confiance dans la tempérance. Je me serais tué par les jeûnes, les veilles et l'endurance du froid. Au cœur de l'hiver, je ne portais qu'im habit léger, je gelais presque, tant j'étais fou et imbécile ^ ». « Dans le

i. Erl., 19 (2* édit.), /ug et suiv. (2 décembre 1537).

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cloître, pourquoi me suis-je livré aux plus durs austérités ? Pourquoi ai-je afïligé mon corps par les jeûnes, par les veilles et par le froid ? Parce que je tâchais d'arriver à la certitude que ces œuvres m'obtenaient le pardon de mes péchés ^ ». a Moi aussi, par mes jeûnes, mes abstinences, mes excès de travail et la rudesse de mes vêtements, je m'étais presque donné la mort, tellement mon corps était affreusement ruiné et épuisé 2 )>. « Autrefois, sous le papisme, nous avons appelé à grands cris l'éternelle félicité ; pour gagner le ciel, nous avons torturé nos corps, nous nous sommes presque assassinés, sans épée sans doute ni armes du même genre, mais par les jeûnes et les macérations de la chair ; c'est là que nous cherchions Dieu, et nous frappions ainsi nuit et jour. Moi-même, si, grâce à la consolation du Christ, je n'avais été délivré par l'Evangile, je n'aurais pu vivre deux ans de plus, tant je me martyrisais et fuyais la colère de Dieu. Et les larmes, les gémissements et les soupirs ne manquaient pas non plus. Cependant nous n'aboutissions à rien ». « Lorsque nous étions moines, nos mortifications ne nous étaient d'aucun profit, parce que nous ne voulions I pas reconnaître notre péché et notre impiété. Nous en étions même à ne rien savoir du péché originel, et nous n'avions pas compris que l'incrédulité était un i péché 3. » (( Le souvenir de mon baptême n'a jamais pu i me tranquilliser ; mais je me disais sans cesse : « Oh I quand seras-tu donc pieux, quand feras-tu assez pour

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