Voir ci-dessus, t. I, p. 109, n. i
202 l'austérité de l'oRDRE DE LUTHER
Dans notre couvent de Gratz cet exercice était plus long : après l'office, nous avions encore une demiheure de méditation, en sorte qu'il durait de minuit à une heure et demie du matin, et cela, hiver comme été, à l'exception des trois derniers jours delà Semaine Sainte. Ces veilles ont-elles délabré et martyrisé mon corps et celui de mes confrères, au point que nous en fussions presque morts? Elles le firent si peu que, pour mes confrères et pour moi, l'office de la nuit était la partie la plus belle de l'observance de notre ordre, parce que, pendant que tout dormait nous pouvions chanter les louanges de Dieu. Il ne nous vint jamais à l'esprit que nous pratiquions là une mortification mortelle pour nos corps ou une œuvre qui nous obtiendrait le pardon de nos péchés ; nous ne manquions pas de sens à ce point. Ce n'est que de longues années après que j'ai su par Luther cette fin prétendue. Pendant sa vie monastique, alors qu'il avait des idées justes, il pensait tout comme nous. En i5i4, il commente ce verset du Psaume ii8 : « Pendant la nuit. Seigneur, je me suis rappelé ton nom » ; il écrit ; (( L'homme intérieur sert Dieu nuit et jour, car il ne dort pas plus la nuit que le jour et même moins, surtout si en même temps son corps veille ; pendant la nuit, l'esprit est plus capable des choses surnaturelles que pendant le jour, ainsi que nous l'apprend l'expérience des Pères. C'est pourquoi l'Eglise pratique la salutaire habitude de chanter pendant la nuit les louanges du Seigneur^ ». Aussi, « est-ce une coutume dans l'Eglise