ET LE « BAPTÊME MONASTIQUE
N. Paulus dans VHistorisches Jahrbuch, 1906, p. 5 10, n. a). Du reste, Denifle voulait-il vraiment aller jusque-là ? 11 sait que plusieurs écrivains ecclésiastiques des siècles antérieurs, et notamment saint Bernard, assez bien connu de Luther, avaient déjà employé l'expression de « baptême monastique » (Ci-après, p. 37).
Walther et Schecl font remarquer aussi que ce n'était pas du baptême monastique au moment de la profession qu'avait parlé Kûhne, mais de la réitération de ce baptême : à toutes les fois que dans §on cœur un religieux renouvelait la résolution d'entrer en religion s'il n'y était déjà, il devenait pur comme au jour de son vériKble baptême (Walther, oav. cité, p. ^46 ; Scheel, ouv. cité. II, i4a; voir aussi Bcnrath, Luther im Kloster, igoS, p. 38). Mais, en quelques mots, rapides il est vrai, Denifle donne ce sens aux paroles de Kûhnc (Ci-dessus, p. 6).
Il est inutile de s'attarder à ces querelles d* Allemand : dan» la discussion sur le baptême monastique, c'est la doctrine, et non l'expression, qu'il importe d'envisager. Sur ce point, pour saint Thomas et l'époque qui a précédé, Denifle établit parfaitement la pensée de l'Eglise et des théologiens. Mais pour l'époque de Luther, sa démonstration est-elle aussi péremptoire ? C'est ici surtout que les protestants l'attaquent. Evidemment, il était censément impossible que çà et là l'on n'exaltât pas alors outre mesure la vie monastique : l'on venait d'assister à une grande efllorescence des ordres religieux. Ces exagérations devaient surtout se produire dans l'ordre franciscain, qui a plus d'enthousiasme et de lyrisme.
Toutefois, les documents nous prouvent qu'au temps de Luther la doctrine sur le baptême monastique et sur l'état religieux en général n'avait pas subi de déviation importante. Une première preuve, c'est que les principaux auteurs qui ont alors écrit sur celte matière se référaient à saint Bernard et à saint Thomas (DeniQe-Paquier, t. I, p. 11, Jean de Paltz, t. II, p. 10, 23, Jean Hérolt et Josse Clichtoue; Scheel, H, 127, 128 pour Bernardinus de Bustis ; p. 1^9 : <( On se référait toujours à saint Thomas d'Aquin ou à saint Bernard »). C'était assez dire qu'avec des mots peut-être plus pompeux, on pensait comme eux. Et pour ce qui est de l'état religieux en général, les protestants trouvent encore la même doctrine dans les écrits de saint Liguori et notamment dans sa Vera Sposa (Scheel, II. p. 8, lai, 109, i63, i65).
De plus, si l'on examine les textes allégués par les protestants, on les trouve moins dangereux qu'ils ne veulent le faire croire. Scheel cite par exemple ce texte de Bernardinus de Bustis :
aÔ SAINT THOMAS d'aQUIN
« Absque dubio religiosus donans Deo corpus et animam et omnia opéra, quae unquam faciet, omnibusque mundialibus renuntians amore ejus et se totaliter emancipans divinis servitiis meretur indulgentiam plenariam omnium peccatorum. » (Rosarium, f. 119, dans Scheel, II, 128). Mais Bernardinus de Bustis ne fait ici que donner la doctrine catholique, et pour l'exprimer il se sert des mots mêmes de saint Thomas, a' 3'% q. rSg.a .3, ad 3; «... Multo magis in satisfactionem pro omnibus peccatis sufficit, quod aliquis se totaliter divinis obsequiis mancipet perreligionis ingressum. »
Ailleurs Bernardinus dit qu'à chaque instant un religieux peut gagner une indulgence plénière : « Unde non est necesse religiosis ire ad jubilœum, vel ad visitandas aliquas ecclesias proficisci pro indulgentia consequenda, cum habeanl indulgentiam plenariam omni tempore, quando volant et ubicumque volant. O fratres mei religiosi, beati vos qui in dorao Domini habitatis die ac noctc. » {Rosarinm, f. 119, dans Sclieel, II, 139). Comme on le voit, c'est la théorie que Luther attribuait à Henri Kûhne. Mais, vraiment, qu'au fond d'un couvent un bon religieux se croie dans un jubilé perpétuel, nous ne trouvons là rien de bien subversif I Dans cette phrase, l'on peut même voir une réaction contre des œuvres tout extérieures, telles que devaient être souvent les pèlerinages entrepris en vue de jubilés à gagner.
De tout cela, Scheel conclut qu'au temps de Luther, le baptême monastique était un sacrement en voie de formation, et dont Luther a arrêté le développement : sans lui, l'on aurait bientôt enseigné que par elle-même la profession religieuse donnait la grâce (Scheel, II, 167).
En réalité, si Luther a attaqué le baptême monastique, c'est avant tout parce qu'il ^ trouvait la doctrine de l'utilité des œuvres. Et dans les attaques des protestants modernes, nous avons une nouvelle preuve que le Protestantisme est désormais incapable de comprendre ces trois principes catholiques :
1° Les œuvres sont vraiment bonnes.
2° Les pratiques extérieures elles aussi sont utiles et même nécessaires : elles servent à manifester nos sentiments intérieurs et à les exciter. La cérémonie de la profession religieuse est donc une pieuse et bonne pratique, capable de maintenir et de produire en nous d'heureux fruits. — Plus ou moins inconsciemment, le protestant reste toujours confiné dans la théorie de la simple confiance en Dieu suffisant à tout, dans une sentimentalité religieuse qui de nos jours finit souvent par s'épanouir en un pur subjectivisme.