‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 184 sur 312 · Erl., 7^ Va. Voir ci-dessus, p. 17g · texte numérisé non relu

Erl., 7^ Va. Voir ci-dessus, p. 17g

37^ LA DISCRéTION DANé LES MORTIFICATIONS

pour la vie austère des Chartreux, ce dont Luther I© blâme, Gerson donne, pour les pénitences et tous les autres exercices, le conseil suivant : Jamais rien de trop; | il faut se tenir dans un bon juste milieu ^ En résumé, il recommande fortement à tous la vertu de discrétion i dans la pratique de l'abstinence ; c'est aussi, dit-il, ce qu ont fait les Pères en enseignant que la mortification indiscrète conduit à de plus funestes résultats, à des résultats plus difficiles à guérir que ne le fait l'excès dans la nourriture. « Cette discrétion, ajoute-t-il, ne s'observe jamais mieux que dans l'humilité et l'obéis-i sance, quand on laisse son sens propre pour obéir et se soumettre aussitôt à ceux qui ont de la prudence et de l'expérience. Or, cette obéissance, mère de la discrétion, à qui convient-elle mieux qu'à des religieux 2? » Une abstinence excessive nuit aux sens et à l'intelligence^. C'est ce que nous ont déjà dit les maîtres de la vie spirituelle que nous avons passés en vue.

L'Imitation de Jésus-Christ, ce livre divin, ne s'écarte en rien de ces mêmes règles. « Dans les exercices cor-

1 . De non esu carnium apud Carthusienses, 0pp., II, 728. Il cite aussi ces deux vers cI'Horace (Sat., I, 1, io5-io6) :

« Est modus in rébus, sunt corti denique fines, Quos ultra citraque nequit consistere rectum. »

2. Ibid., p. 729 : « Nolo putet me aliquis per dicta quaîcunque prœccdentia secludcrc velle discretionis virtutcm in abslinentia vel servanda vel assumenda. Scio ilaquc et sic Patres déterminant, quod ad deteriorem exitum, et cui minus est remedii, trahit abstinentia indiscreta, quam edacitas immoderata », etc.

3. Ihid. « ... ne sensus efQciantur hebetes ac stolidi per excessivam in jejunio aut fletu abundantlam, et ut non ex conséquent! rationis judicium evertatur », etc. Et Gçrson continue dans l9 même sens.

l'imitation de J.-C. GÉRARD DE ZUETPHEN 275

porels (c'est-à-dire dans les mortifications), il faut toujours observer une juste mesure ; et ils ne conviennent pas également à tous * ». « Quelques-uns, faute de précaution, se sont perdus par la grâce même de la dévotion, parce qu'ils ont voulu faire plus qu'ils ne pouvaient, en ne tenant pas compte de la mesure de leur petitesse, et suivant plutôt le zèle de leur cœur que le jugement de la raison. Et, parce que leur présomption les a emportés à de plus grandes choses qu'il ne plaisait à Dieu, ils ont bientôt perdu la grâce... Ceux qui sont encore nouveaux et inexpérimentés dans la voie du Seigneur peuvent facilement se laisser tromper et abattre, s'ils ne se gouvernent pas par l'avis des personnes sages. Que s'ils aiment mieux suivre leur sentiment que de s'en rapporter à ceux qui ont de l'expérience, ils feront une fin funeste 2 ».

Pour être bref, je laisse de côté plusieurs écrits importants de cette époque, par exemple, les opuscules de Thomas à Kempis ; j'aurais fait de même pour Gérard de Zuetphen, de la fin du xiv* siècle, si, de bonne heure, Luther ne l'avait estimé et vanté à cause de sa « saine théologie », tout en l'identifiant à tort avec le célèbre Gérard Groote s. Dans les Ascensions spirituelles, que Luther a précisément en vue, Gérard

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