‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 189 sur 312 · Ibid., 12338 et suiv · texte numérisé non relu

Ibid., 12338 et suiv

8. Parsival, 171, i3. Voir Weiss. ouv. citéy p. 6i5. [Traduction GoUin, II, i54].

aSa LA DISCRÉTION DANS LES MOilTIFICATIO:<S

Il est temps de clore ces développements. Jusqu'à Luther le christianisme a toujours insisté sur la vertu de discrétion, sur l'observation de la mesure en toutes choses, et tout particulièrement dans la pratique des œuvres de pénitence. L'excès dans ces œuvres lui paraissait même plus condamnable que le trop peu : ces deux extrêmes, et le trop plus encore que le trop peu, recelaient un manque de pondération, de cette pondération avec laquelle l'âme doit veiller sur le corps comme sur la partie la plus faible, également attentive à ne pas l'accabler et à ne pas se laisser dominer par lui. Du reste, cette manière d'agir était une conséquence nécessaire du caractère et de la y?n première que la doctrine catholique attribuait aux mortifications : dompter la concupiscence de la chair, du foyer du péché, de telle sorte pourtant que la chair elle-même n'en fût pas anéantie, et par suite que la chose capitale, à savoir la liberté de l'esprit et la piélé n'en souffrissent pas de dommage. Le foyer du péché, la concupiscence est restée en nous comme une conséquence, une punition du péché originel ; dès lors, la répression de la concupiscence et des jouissances de la chair par le jeûne et autres mortifications devient une expiation de cette peine, de cette conséquence de la chute, mais cette expiation ne doit pas se séparer de la piété, car, suivant l'expression de Hugues de Saot-Cher, l'exercice corporel n'est que l'enveloppe ; la piété, qui renferme la mortification des passions et de l'homme intérieur, est le noyau ^

I. Comment, in ep. I ad Timoth., c. 4 (éd. Venet., 170$, t. VII, fol. ai5). Bien avant Hugvbs, Gassien avait déjà consigné la doc-

HUGUES DE SAIiNT-GHER. l'aMBROSIATER, ETC. 283

L'antiquité chrétienne tout entière appuyait cette conception sur ces paroles de saint Paul à son disciple Timothée: « L'exercice corporel est utile à peu de chose, mais la piété est utile à tout ^ ». Par ces mots, l'Apôtre ne rejette pas les exercices extérieurs, il n'en fait pas une chose de nulle \aleur et superflue, il veut simplement dire que, comparés à la discipline intérieure de l'esprit et au sentiment de l'amour de Dieu, tout exercice corporel n'a qu'une valeur relative. Sur ce point, surtout à partir de I'Ambrosiater, il se forma dans l'Eglise une tradition absolument unanime et qui se continua jusqu'à Luther. « Le jeûne et la privation de nourriture, écrit l'Ambrosiaster, ont peu d'utilité, si la piété ne vient s'y ajouter ». Cette dernière seule mérite Dieu ; « les exercices corporels ne sont que des rênes pour réfréner la chair ». Si quelqu'un se contente de ces seuls exercices, il endurera un jour les peines de l'enfer 2. Tous les commentaires postérieurs nous donnent un écho de ces paroles ; et par ses Gloses et son Choix des Commentaires sur saint Paul 3, Pierre

trine sur ce point dans son De Cœnobioram Institutis..., V, c. 10 (édit. Petschenig. p. 88-89) : «Ad integritatem mentis et corporis conservandam abstinentia ciborum sola non suffîcit, nisi fuerint ceteraî quoque virlutes animœ conjugataB », etc; c. 11 : « Impossibile est extingui ignita corporis incentiva, priusquam ceterorum quoque principalium vitiorum fomites radicitus excidantur. » Pour Cassien, la mortification des sens n'est qu'un moyen secondaire en vue de la mortification de Thomme intérieur. Voir aussi c. 12.

Page 1