‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 192 sur 312 · SERMONS DE 1619 ET DE I · texte numérisé non relu

SERMONS DE 1619 ET DE I

donc le jeûne et les autres mortifications à une médecine destinée à guérir la profonde corruption de notre nature inférieure, à éteindre le foyer du péché. Tous les deux, ils connaissaient l'oraison dans laquelle l'Eglise exprime cette pensée^. D'après une autre version du même sermon, Luther se serait exprimé encore plus clairement et il aurait même mentionné la vertu de discrétion : (( Ce que les apôtres ont osé prescrire et déterminer par certaines lois, l'Eglise n'a pu le pratiquer que comme un moyen pour mater la chair ; on ne doit donc pas en accabler les gens faibles ou malades, pour ne pas les mettre en danger de succomber^ )). Pourtant, dès cette époque, il était contre la prescription du jeûne à certains jours déterminés.

Au mois de mars i520, alors que son animosité contre l'Église était si grande qu'il était sur le point de rompre avec elle, et qu'il n'observait plus ses préceptes comme tels, il n'en convient pas moins que le jeûne, les veilles, le travail « ont été institués pour réfréner et mortifier les jouissances mauvaises et les tendances aux excès ». Et tout en donnant à chacun le conseil de décider lui-même s'il doit jeûner, selon que sa santé le lui permet ou qu'il le juge utile, « sans s'inquiéter si cela va contre les préceptes de l'Eglise ou

I. Feria V post dominicain Passionis : « Prassta quaesumus omnipotens Deus, ut dignitas conditionis humanœ per immoderantiam sauciata, medicinalis parsimoniœ studio reformetur. »

a. Weim., IX, /|34 (8 dcc. 1619) : « ... Quod enim Apostoli praescribere et cerlis legibus prefînire ausi sunt, nec Ecclesia aliter (eniauit (tracta vit ?), quam ad mortificandam carnem, et quatenus infirmi et imbecilles (ut pregnantes) etiam his oneribus non premantur, laborent ac perlclitentur. »

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les lois d'un ordre ou de tel ou tel état », il n'en dit pas moins : « Car aucun précepte de l'Eglise, aucune règle d'ordre ne peut mettre dans les jeûnes, dans les veilles et dans le travail une valeur supérieure à celle que nous y trouvons nous-mêmes pour réfréner et pour tuer la chair et ses jouissances. Là où ce but est dépassé, là où le jeûne et les veilles, tout ce qui regarde la privation de nourriture et de sommeil est poussé plus loin que la chair ne le peut supporter ou que la mortification ne l'exige, là où par suite de ces privations, la nature est ruinée et la tête rompue, qu'on ne se figure pas avoir fait une bonne œuvre, qu'on ne cherche pas à s'excuser avec les préceptes de l'Eglise ou les règles d'un ordre. On méritera alors d'être regardé comme quelqu'un qui s'est détérioré lui-même et qui, autant qu'il était en son pouvoir, a été son propre assassin ; le corps ne nous a pas été donné pour que nous le privions de sa vie naturelle ou de son activité propre; nous devons nous borner à détruire son exubérance... afin d'enlever au vieil Adam lascif ce qui l'excite ^. »

Luther nous donne ici le résumé de ce que les maîtres catholiques avaient constamment enseigné sur le but des mortifications, doctrine dont nous avons vu l'exposé dans le paragraphe précédent.

Les années qui précèdent sa chute définitive, il ne se contente même pas de décrire avec l'Eglise la fin véritable des mortifications et d'enseigner la c?i5cr^/fo/i : c'est tout particulièrement après l'époque où, à ce qu'il

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