I. Ed., /i8, 3o6 (i53o-i532). Voir ci-dessus, p. 246, n. i
300 tES DIRES I)E LUTHER APRÈS l53o
d'obéir. Il n'a pas, avec le serpent du paradis, k demander « pourquoi ». Ce n'est pas une victime que Dieu veut, c'est l'obéissance ; il n'a pas besoin de nos grandes actions, car il peut en faire de plus grandes : ce qu'il veut, c'est l'obéissance. Dans un acte très vil [en lui-même] peut se cacher une très précieuse obéissance, de même que dans un acte d'une utilité précieuse peut se cacher une désobéissance très vile*. » L'année suivante, il dit dans le même sens : « Quelles que soient les œuvres que nous fassions, si elles ne sont pas dans l'ordre de l'obéissance, elles sont souillées ^ », (( Les indociles se figurent être les plus sages et croient posséder l'esprit de l'Ecriture Sainte tout entière, les obéissants, au contraire, et c'est là ce qui fait leur bonheur, sont insensés pour l'amour de Dieu 3 ». (( Rien ne nous aveugle tant que le sens propre * » .
Ces passages datent précisément de l'époque où il ne croyait pouvoir trop recommander à Usingen la vie religieuse. Ces deux ordres défaits se corroborent l'un l'autre. Ainsi, tandis que les assertions postérieures seront en contradiction avec les précédentes, celles qu'il émet alors concordent parfaitement.
1. Dictata in Psalleriiim. Weim., III, 18 (i5i3). J'ai résumé ici en me servant des paroles de Luther ce qui se trouve dans ce pas • sage d'une manière plus développée.
2. Ibid., IX, 3o6 : « Igitur quodcunque opus facimus, sine relationc ad obedientiam est maculatum. »
3. Ibid,, IV, p. 212, I (fin de i5i/i): « Isti autera stulti sunt propter Deum, et in hoc ipso beati. »
II. Ibid., IV, p. i36, 34 : « Nihil enim profondius excœcat quam proprius sensus. »
STAUPITZ : SON AFFECTION POUR LUTHER 3oï
Alors même que les protestants voudraient maintenir que pa;' obéissance, Luther à cette époque s'est épuisé de mortifications, ils devraient pourtant accorder qu'elles lui procuraient la paix, ou du moins qu'elles le laissaient heureux : il s'était fait insensé pour Famour de Dieu. Mais quel est l'homme raisonnable qui voudra soutenir qu'un supérieur imposa à ce novice de talent des mortifications capables de lui nuire pour toute sa vie? Il eût été immédiatement déposé ^. A cette époque, les supérieurs soit des Dominicains, soit des Augustins péchaient plutôt par laxisme que par rigorisme. Le prologue des Constitutions leur en donnait la facilité .* on y lit que, dans son couvent, le prieur a le pouvoir d'accorder des dispenses aux frères 2. Cette disposition avait été prise surtout en faveur des études, qui ne devaient être gênées en rien, et aussi pour favoriser le ministère spirituel en dehors du couvent 3. Si le prieur le jugeait à propos, il pouvait donc dispenser chaque religieux en particulier des points sévères de la Règle, ainsi
1. Voir la citation de Jordan de Saxe que nous avons donnée ci-dessus, p. 272, n. i.
2. On lit dans les anciennes Constitutions et dans celles de Staupitz : « In conventu tamen suo prior dispensandi cum fratribus habeat potestatem, cum sibi aliquando videbitur expedire, nisi in his casibus, in quibus dispensari expresse aliqua contradictio contradicit. Priores etiam utantur dispensationibus pro loco et tempore sicut alii fratres. » Ces dispositions sont tirées du Prologue des Constitutions des dominicains. Cf. Archio fur Literatur- und Kirchengeschichte des Mittelalters,Y, 53/i.
3. De là cette incidente, dans le Prologue des Constitutions des dominicains : « In his praecipue, que studiuni vel predicationem vel animarum fructum videbuntur impedire. »
302 LES DIRES DE LUTHER APRES l53o
que nous l'avons déjà vu en parlant du jeûne ^. Et non content de soumettre Luther aux prescriptions communes, le prieur lui aurait prescrit, à lui jeune étudiant, et. dit-on, maladif et scrupuleux, des pénitences excessives, afin de l'amener à ruiner plus sûrement sa santé ! Il aurait du moins toléré que « déjà exténué, le regard sombre, et traînant partout sa tristesse ^ », le jeune frère se mît en dehors de la règle pour se tuer de jeûnes et passer parfois trois jours sans prendre la moindre nourriture ^ ? Non, s'il y eut des excès, ils ne purent venir que de Luther lui-même et ne rester connus que de lui seul. Mais, nous disait-il tout à l'heure, il ne fit jamais rien sans l'approbation du prieur!
D'après les écrivains protestants, Luther aurait eu Staupitz pour directeur de conscience dès les premiers temps de son séjour à Erfurt. Or, Staupitz favorisa à ce point les études du jeune moine qu'il alla même jusqu'à l'exempter des humbles offices du cloître, ainsi que nous le rapporte Seckendorf *. Mais qu'y a-t-il de plus nuisible aux études que les jeûnes excessifs, les