I. In Galat.. édit. Irmischer, I, 107 (i
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en i525 par exemple, Luther identifiait la sainteté catholique avec la sainteté monastique : elle ne consistait qu'en œuvres extérieures, en une vie d'austères pénitences, dans l'illusion que l'on était saint par de telles pratiques, alors pourtant que le cœur était rempli de haine, de crainte et d'impiété ^ Ils se souciait fort peu qu'une fois de plus ses écrits d'autrefois le convainquissent de mensonge -. Et dix ans après,
1. Erl., i5, /|i3 : « Jusqu'ici, la plus haute sainteté que l'on ait pu imaginer était de courir dans un couvent, d'endosser un froc, de se faire racler une tonsure, de se nouer une corde autour du corps, de jeûner et de prier beaucoup, déporter un cilice et des habits de laine, de mener une vie dure et austère, bref, d'avoir une sainteté toute monacale avec une auréole d'oeuvres trompeuses ; avec tout cela nous ne savions qu'une chose : c'est que nous étions des saints parfaits de la tête aux pieds. Nous ne voyions que les œuvres et le corps, non le cœur : nous étions remplis de haine, d'impiété, de crainte; nous avions une conscience mauvaise et nous ne savions rien de Dieu. Alors le monde disait : « Oh ! quel saint homme; oh ! quelle sainte femme 1 Ils se sont fait emmurer (c'est-à-dire enfermer dans un couvent) ; ils sont nuit et jour à genoux et ils ont tant récité de chapelets ! Ah ! voilà qui s'appelle une sainteté, c'est là que Dieu habite, c'est là que le Saint-Esprit est corporellement présent! ». Voilà ce que le monde loue et ce qu'il tient en profonde vénération. »
Note tirée de VErratum : Sur l'identification de la « sainteté monastique » avec la prière, le jeûne, le travail, les mortifications, un mauvais lit et des vêtements trop durs, voir aussi l'affirmation de Luther en i53i : ci-dessus, t. I, p 2o5.
2. Quand il était moine, Luther écrivait, par exemple, dans ses Dictata super Psalterium (Weim., 111, 178) : « Notandum, quod sanctus in scriptura significat, quem theologi scolastici dicunt in gratia gratificante constitutum. Sic Esaie 54 (53) ... « Misericordias David fidèles », quia (Deus) multos sanctificavit. Unde Apostolus (Rom., I, 7) semper nominat christianos sanctos. » Ainsi donc, d'accord avec les scolastiques, Luther avant son apostasie, nous donne comme fondement de toute sainteté la « sanctification, la grâce qui nous rend agréables aux yeux de Dieu » ; plus tard, il oubliera à dessein d'en parler.
3l3 SOLUTION DU PROBLÈME
voici le portrait qu'il nous esquisse d'un saint : « Quand j'étais moine, il me venait souvent un ardent désir d'avoir le bonheur de pouvoir contempler les actions et la vie d'un saint. Et je me traçais le portrait d'un saint vivant dans un désert, se privant de boire et de manger, se nourrissant de racines et d'eau froide. Cette idée d'un saint digne d'admiration, je l'avais puisée non seulement dans les livres des sophistes (des théologiens), mais dans ceux des Pères ^ ».
Près de mille ans avant Luther, un écrivain ecclésiastique a protesté contre cette caricature d'un saint moine : « Ce n'est pas un lieu désert, ni un sac en guise d'habit, ni des légumes en fait de nourriture, ni le jeûne et le sommeil sur la dure qui font le moine ; de tels dehors cachent souvent un cœur très mondain ». On s'en aperçoit, continue-t-il, à beaucoup de défauts de ces gens si austères, u Pourquoi ces hommes sont-ils restés si imparfaits? Parce qu'ils travaillaient plus leur corps que leur cœur, alors cependant que, d'après l'Apôtre, « les exercices corporels n'ont qu'une utilité secondaire, tandis que la piété est utile à tout ». Je ne prétends pas qu'il faille désapprouver ceux qui domptent ainsi leur corps et le tiennent en serVitude, mais il est certain que Satan, ce maître en artifices, trompe ceux qui ne sont pas sur leurs gardes, se transforme en ange de lumière, et par ces mortifications corporelles les induit à une fausse conception de la sainteté ; alors que leur intérieur regorge de vices, ils paraissent saints à
1. In Galat., III, 33-34 (i535). Nous venons de l'entendre nous affirmer précisément le contraire dans ses Dictata super Psalterium,^
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leurs yeux et aux yeux de leurs semblables^ ». Dans les pages précédentes, nous avons entendu l'antiquité chrétienne tout entière protester contre cette sainteté pharisaïque, et porter sur elle le même jugement que cet ancien auteur. Et ces saints que l'Eglise et ses docteurs condamnent, ce sera eux que Luther prendra pour constituer le type unique du saint moine catholique, c'est-à-dire en réalité pour peindre la caricature d'un saint.
Puis, parlant de sa vie d'autrefois, il se donnera luimême comme ayant été alors un saint de cette espèce. Les paroles que nous avons citées plus haut : « J'ai été un moine pieux... », tendaient à ce but. Il alla jusqu'à se présenter au peuple et à ses partisans sous des couleurs plus belles encore : u J'ai même été l'un des meilleurs », dit-il en i5452. Même tendance dans d'autres affirmations : « Lorsque j'étais moine je pratiquais la chasteté, l'obéissance et la pauvreté ; libre des soucis de la vie présente, je m'adonnais tout entier aux jeûnes, aux veilles, aux prières, à la célébration de la messe, etc. Mais sous cette sainteté et cette confiance dans ma propre justice, ce n'était dans mon âme que méfiance, doute, crainte, haine et blasphème à l'égard de Dieu : ma justice n'était qu'une mare à ordures où le diable régnait avec complaisance. Satan aime tendrement les saints de cette espèce, ils sont ses
I. Inlr. 0pp. S. Cypriani, édit, G. Hartel (1871), pars 3', p. 2/12, n. 3i-32. — Note tirée de Verratum ; On peut comparer à ce vieil écrivain le mystique des sermons de Tauler (Edition de Francfort, 186^, I, 90).
a. Erl., 17, i/(0 (Sermon du la août i545).
5l4 SOLUTION DU PROBLÈME
plus suaves délices, eux qui perdent leurs corps et leurs âmes, qui se frustrent et se privent de toutes les bénédictions et de tous les dons de Dieu* » Ainsi donc Luther était tout comme les saints moines qu'il vient de nous décrire : il se compte parmi « les moines pieux et droits qui ont pris la chose au sérieux, se sont rendu la vie amère, se sont poursuivis et exténués, et ont voulu en arriver à conquérir le Christ, afm de parvenir au bonheur céleste. Mais, ajoute-t-il, à quoi ont-ils abouti 2 ?»
Dans cette dernière question.se trouve la solution de l'énigme, et la fourberie de Luther. Après s'être donné pour avoir été autrefois l'un des plus beaux spécimens de la sainteté monastique, il pouvait dire : « Voyez, je suis arrivé, pour le moins autant que mes autres confrères, au dernier degré de la sainteté dans l'Eglise papiste. Et avec tout cela qu*ai-je obtenu ? » Nos contradicteurs, gens inexpérimentés dans la vie intérieure, écrit-il, « ne croient pas que moi et beaucoup d'autres, nous ayons éprouvé et souffert rien de pareil 3, nous qui avec la plus grande application avons cherché la paix du cœur, impossible à trouver dans de telles ténèbres* ». Par ces macérations nous voulions aller au ciel et trouver Jésus-Christ. « Mais l'avonsnous trouvé? Jésus-Christ dit : « Vous persévérerez dans vos péchés et vous y mourrez ». Voilà ce que nous