‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 209 sur 312 · Weim.. VI, 2/j5. Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Weim.. VI, 2/j5. Voir ci-dessus, p

a. Selbsigerechtigkeit. Ce mot, ainsi que selbstgerecht (dans les ouvrages latins de Luther justitiarius), et autres semblables reviendront fréquemment dans la suite. Pour Luther, ce sont les expressions qui désignent la justification catholique, où l'homme s'appuie uniquement sur soi, sur ses propres forces. Nous n'avons pas osé traduire Selbstgerechtigkeit par Auto justification. Ce mot se recommande de son similaire autosuggestion ; mais il est mal formé et peut-être trop moderne pour représenter convenablement une idée du xvi* siècle. Nous emploierons donc des périphrases, du genre de celle que l'on trouve ici.

Hypocrite donne évidemment un autre sens : l'hypocrite est celui qui veut se servir d'une idée au lieu de la servir. On

3o8 SOLUTION DU PROBLÈME

sonnelles par lesquelles il a voulu se rendre juste et devenir son propre rédempteur ; ou bien encore que de fois ne nous dit-il pas qu'il a agi avec Jésus-Christ comme avec unjiige^ ! Or, il ne fait jamais entrer ici en ligne de compte un point intimement lié avec cette justification obtenue par ses propres forces, et ce n'est qu'en i532 qu'il s'apercevra de cet oubli, si toutefois c'en était un : jusqu'en !53o, parmi les œuvres qui devaient le justifier, il ne range jamais ses mortifications, dont il nous parlera constamment dans la suite. Comment expliquer cette anomalie? Où en est la solution du problème ?

S 5. — Solution du problème.

Luther écrivait en i533 : a II est certain que j'ai été un moine pieux; j'observais si rigoureusement les règles de mon ordre que je puis bien dire : si jamais moine est allé au ciel par sa moinerie, je pourrais facilement prétendre que j'y serais allé par là moi aussi; c'est ce dont témoigneront tous ceux de mes confrères qui m'ont connu dans le cloître ; car si j'y étais resté plus longtemps, je me serais martyrisé jusqu'à en

pourrait penser à pharisa'i$me, pharisien : c'est la traduction que semble désigner le Dictionnaire de Grimm. Sans doute, la scène du pharisien et du publicain dans l'Evangile nous représente le pharisien s'appuyant sur ses œuvres. Mais en général ce n'est pas ce concept qu'en France nous attachons au mot pharisien ; c'est celui de l'hypocrite qui se donne des apparences spécieuses, contraires à la réalité (N. d. T.)

I. Ainsi, par e,xemple, en i5a8 : « Olira cum Christo agebam ut eu m judice, ego volebam meis operibus esse justus et salvator. » Weim.. XXVII, 443 (ï538). Voir ci-dessus, T. p. 83.

BUT PRETENDU DÊé MORTIFICATIONS 3o9

mourir y par mes veilles, mes prières, mes lectures et autres travaux^ )). Que l'on prétendît se rendre juste par sa moinerie, c'est ce que, précédemment, Luther avait déjà souvent affirmé, comme nous l'avons vu dans la première partie. Nous avons lu aussi sa calomnie : que l'Eglise a mis l'état monastique audessus du baptême, au-dessus des commandements de Dieu ; que par la vie religieuse on renie Jésus- Christ. Mais aujourd'hui, il en arrive à identifier absolument cette vie avec les pratiques extérieures et les pénitences du cloître : selon lui, d'après la conception catholique ces pratiques et ces pénitences n'avaient pas d'autre fin que de conduire au ciel, en sorte que, plus on les pratiquait avec intensité, plus on était un saint moine, et plus on était assuré de la béatitude céleste. Puisque ses pénitences l'auraient fait mourir s'il les avait continuées plus longtemps, il était donc, au point de vue catholique, le plus pieux de ses confrères et il avait le plus de droits au ciel. Par là, Luther /a/5 (/?aiï sciemment les idées de l'Eglise sur l'état monastique, car, autrefois, il savait parfaitement ce qui constituait l'état religieux. 11 falsifiait sciemment le but des exercices et des pénitences extérieures du cloître ; il savait fort bien à quelle fin on devait s'y livrer. W falsifiait sciemment la mesure à garder dans ces pratiques : il n'ignorait pas que non seulement tous les docteurs catholiques et son ordre propre, mais que lui-même il

ï.Erl.,'3i, 278. Cette affirmation se trouve dans la fameuse

« Brève réponse au nouveau livre du duc Georges » {Kleine Antwort auf Herzog Georgs nàhestes Buch, i533), que déjà nous avons fréquemment citée.

3 10 SOLUTÏOîî DU PROBLÈME

avait condamné l'excès sur ce point. Mais par là, n*a-t-il pas présenté aussi sous un faux jour sa vie d'autrefois ; n'est-ce pas contrairement à la vérité qu'il s'est attribué ces mortifications excessives dont il nous parle à partir de i53o? Et qu'est-ce qui pouvait le pousser à parler ainsi?

11 écrivait en i535 : « Si jamais, avant les débuts de l'Evangile, quelqu'un éprouva de pieux sentiments et fut animé d'un grand zèle pour les lois des papes et les traditions des Pères, si jamais quelqu'un a aimé ardemment ces règles, et les a défendues avec conviction, les regardant comme saintes et nécessaires au salut, c'est certainement moi. Puis, j'ai mis moi-même ma plus grande application à les observer, en martyrisant mon corps par des jeunes, des veilles, des prières et autres exercices y et beaucoup plus que ceux qui sont maintenant mes pires ennemis et qui me persécutent parce que je refuse à ces exercices Vhonneur de nous justifier. J'étais si appliqué et si superstitieux à les pratiquer que j'imposais à mon corps une charge plus lourde que je ne la pouvais supporter sans dommage pour ma santé ^ ». C'est donc parce qu'il nie qu'on soit justifié par les œuvres de pénitence et autres exercices des couvents, c'est parce qu'il enseigne ce que la Tradition catholique a toujours enseigné que les catholiques le persécutent ! De quoi n'est pas capable un homme qui, de propos délibéré, se permet de pareilles travestissements de la vérité ?

Mais il y a plus encore. Dès avant cette période, 1

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