DIEU, J.-C, LA CROIX
Toute l'année, dans son missel et dans son bréviaire, Luther lisait ce message à l'humanité entière : non seulement Dieu est l'être sur qui l'on peut se reposer, mais en dehors de lui, en dehors du Rédempteur, il n'y a ni espérance, ni salut. Toutes les fois qu'au temps de la Passion il chantait cette strophe :
Salut, ô Croix,
Notre unique espérance^,
il se mettait à genoux avec ses confrères, pour témoigner que ses sentiments intérieurs étaient en harmonie avec ces paroles. Pendant tout le carême, il avait déjà chanté : « Toi, du monde l'unique espérances » ; et le Vendredi-Saint, pendant qu'on découvrait la croix : « Voici le bois de la croix, auquel a été suspendu le
Francfort (i864), II, 82 et s., mais il est dans le ms. de Strasbourg [Vetter, 1910, p. 96. - Pour la traduction des trois vers ci-dessus nous avons suivi l'allemand de Denille. Dom Guéranger traduit • « Si votre divin secours n'arrive pas à l'homme, il n'est rien eri lui qui ne puisse lui devenir nuisible. » (N. d. ï.)].
I. « O crux ave, spes unica », avant-dernière strophe de l'hvmne Vexilla régis, que l'on chante aux Vêpres le dimanche de la Pas sion, et que l'on chantait ou récitait jusqu'au Vendredi-Saint Bréviaire des Augustins, fol. 278. On lit au chapitre VI de VOrdi narium de cet ordre : « Flectant genua in ferialibus diebus quando dicitur versus hymni : 0 crux ave, spes unica. » Edition de Venise, i5o8, fol. Giij^ S' Thomas (3% qu. 25, a. Z.) cite ce vers comme preuve que « in cruce Christi ponimus spem salutis >). G es pourquoi le jour de la fête de l'Invention de la sainte Croix Luther saluait ainsi la croix dans la séquence (Missel, fol. 256^ : « 0 crux hgnura triumphale, mundi salus vera vale» et a la fête de VExaltation de la Croix : « Ave salus totius seculi arbor salutifera ». (fol. 261). ^""
2 Hymne 5ummi largitor prœmii, à l'office des matines pendant le Carême. Bréviaire, fol. 272. *4<^ai*r
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salut du monde. Venez, adorons-le » i. Le lendemain, après le chant de la douzième prophétie, il entendait le prêtre dire cette oraison : « Dieu tout-puissant et éternel, unique espérance du monde ))2. Quelques instants auparavant, le diacre avait chanté ces consolantes paroles du beau chant de VExultet : « Il est vraiment uste et raisonnable de louer Jésus-Christ qui a payé pour nous au Père éternel la dette d'Adam, et par son sang précieux effacé la cédule des peines qu'avait méritées l'antique péché » 3. Le dimanche de Pâques, au début de la séquence, il lisait :
A l'aube du lendemain du sabbat Le Fils de Dieu ressuscitant.
Notre espérance et notre gloire *.
r. « Ecce lignum crucis, in que salus mundi pepcndit. Venite adoremus. » Missel, fol. 79. Voir aussi la préface de la Croix, Missel fol. io4.
2. « Omnipotens sempi terne Deus, spes unica mundi. » Missel, fol. loi.
3. Missel, fol. 83. Le Prseconium paschale, attribué à S* Augustin, se trouve dans tous les missels. C'est là qu'on lit le beau passage si connu (Missel, fol. 84") : « 0 felix culpa, qua? talem ac tantum meruit habere Redemptorem ! » On le retrouve, mais fortement remanié, dans la séquence très répandue de Notker Balbulus, Eia, recolamus : « O culpa nimium beata, qua redempta est natura»(J. Kehrein, Laleinische Scquenzen des Mitlelallers, p. 28). Mathesius (Historien von Luther, i566, fol. S"*) se trompe donc quand il dit que dans la séquence de Noël, Luther avait autrefois chanté ce vers : « O beata culpa, quœ talem rpcruisti redemptorem » ; do même A. Berger, Martin Luther, I, 98. En effet, les paroles qu'ils citent ne concordent pas avec la séquence de Noteer, mais avec VExultet. En outre. Je missel des Augustins (fol. 2 54a55) ne contient de séquence ni pour Noël, ni pour la Circoncision ou l'Epiphanie, ni du reste la séquence de Notker.