Missel, fol
DIEU, J.-C, LA CROIÎ 335
Ces pensées se présentaient à l'esprit de Luther dès le commencement de l'année liturgique, surtout pendant les fêtes de Noël ;
Espoir immuable de tous,
Tu es venu pour le salut du monde ^,
disait-il après avoir entendu dans le capitule ces paroles de l'Apôtre : « La bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes ont paru, il nous a sauvés non à cause des œuvres de justice que nous faisions, mais selon sa miséricorde » ^. Et que lisait-il dans l'introït du premier dimanche de l'Avent, à la première page du Missel ; « J'ai élevé mon âme vers toi, ô mon Dieu ;j'ai mis ma confiance en toi. Je ne tomberai pas dans la confusion^. » L'Eglise sait que Dieu aime mieux faire paraître sa miséricorde que sa colère sur ceux qui espèrent en lui*. Que de fois dans le cours de l'année Luther adressait à Dieu cette prière : (( 0 Dieu, la vie des vivants, l'espoir des mourants, le salut de tous ceux qui espèrent en toi ». « Tues le salut éternel de tous ceux qui croient en toi )) 5. Que de fois
I. Hymne que les Augustins chantaient aux premières et aux secondes vêpres ainsi qu'à matines :
Tu spes perennis oranium...
Mundi salus adveneris.
Bréviaire, fol. 271.
a. Ibid., fol. /|3 (tiré de TU. III, 4-5).
3. Introït du premier dimanche de lAvent : « Ad te levavi animam meara, in teconfido, non erubescam. » Missel, fol. i.
II. Samedi avant le dimanche de la Passion (super populum) : « Deus qui sperantibus in te misereri potius eligis, quam irasci. » Missel, fol. 5I^
5. Postcoramunion de la messe pro defunctis : « ... salus omnium in te sperantium. » Missel, fol. aSa, ainsi qu'à la Translation de sainte Monique, fol. 207, Messe pro infirmis {Missel, fol. aaa) :
336 LES priIres de l'église
n'entendait-il pas répéter que Jésus-Christ est le Sauveur du monde i. Le dix-neuvième dimanche après la Pentecôte, il lisait à l'introït de la messe : « Je suis le salut du peuple, dit le Seigneur ; de quelque tribulation qu'ils crient vers moi, je les exaucerai et je serai leur Seigneur à jamais » ; et à celui du vingt-deuxième dimanche : « Si tu gardes le souvenir de l'iniquité, Seigneur, Seigneur, qui pourra subsister ? Mais en toi est le pardon »; et immédiatement après, dans l'oraison : (( 0 Dieu, notre refuge et notre force... ))2. Dans une autre oraison, il apprenait que c'est Dieu lui-même qui nous fait avoir confiance dans la miséricorde qui lui est habituelle, et sur laquelle nous devons compter 3.
« ... salus aeterna credentium. » Après le décès d'un frère, on récitait la prière suivante : « Suavissime Domine Jesu Christs, beatorum requies et omnium in te sperantium salus jucundissima. » Seconde antienne de la bénédiction des rameaux : « Hic est salus nostra... salve rex... qui venisti redimere nos. » Missel, fol. 6o\
I. Salvator mundi. — Cette appellation ne se trouve pas seulement dans les prières qui remontent aux premiers siècles, mais encore dans les nouvelles, et même dans les hymnes composées pour les fêtes de saints. Voici, par exemple, le début de la séquence pour la fête de saint Nicolas de Tolentino (Missel, fol. 24o):
Tibi Chrisle redemptorl, Nostro vero salvatori, Sit laus et gloria.
Tibi nostro pic ducî, Et lolius mundi lud, Plaudat omnis spiritus.
3. Les deux introïts se trouvent dans le missel des Ermites. L'oraison : « Deus refugium nostrum et virtus » se trouvait en outre à la messe In quacanque necessilate.
3. Le mercredi dans la semaine de la Passion, oraison super popuhim : « Quibus fiduciam sperandîe pietatis indulges, con- Buetae misericordiae tribué benignus effectum. » Missel, fol. 55. De même le lundi de la deuxième semaine de Carême, ibid., fol. 37' ; à la fête de saint Augustin, fol. iSS", 353.
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Les âmes des fidèles reposent dans le sein de la miséricorde divine 1, et à la secrète de la messe pour ses confrères défunts, Luther demandait qu'elle fût sans bornes^. C'est la même pensée dans une autre oraison où la miséricorde de Dieu est célébrée comme aussi incommensurable que sa majesté 3^ C'est en nous, épargnant, en ayant pitié de nous que Dieu manifeste surtout sa toute-puissance*. Voilà pourquoi dans ses supplications l'Eglise unit si souvent la toutepuissance de Dieu à sa miséricorde ^. Voilà pourquoi elle appelait et appelle encore Dieu, le « Seigneur des
1. Deus in cujus miseratione animae fîdelium requiescunt. » Pro in cimiterio sepultis. Spéciale, etc., fol. i36, Dana le Missel, fol. 281, mais sans « in ». D'après le chap. 27 de VOrdinarium defc ermites, ils devaient réciter cette oraison toutes les fois qu'ils traversaient le cimetière. Dans ce même Ordinarlum (c. a/i), nous trouvons encore cette disposition : « In fine omnium horarum dicatur : « Fidelium animaî per misericordiam Dei requiescant in pace. » D'ailleurs, c'était et c'est encore une coutume universelle.
2. Missel, {o\. 281 : « Deus cujus misericordiae non est numerus. » Elle se trouve aussi à la messe pro commendatis, dans le Spéciale missai^um secundum chorum Herbipolensem (1609), fol. 135". i
3. Deus infinitœ misericordiœ et majestatis immensae », etc. Voir A. Franz, Das Rituale von &" Florian ans dem 12. Jahrhundert (1904), p. II 5. Voilà pourquoi la miséricorde de Dieu est ineffable : « Ineffabilem nobis... misericordiam tuam clementer ostende. » Bréviaire, fol. l\d>[\.
[\. X* dimanche après la Pentecôte : « Deus qui oranipotontiam tuam parcendo maxime et miserando manifestas, multiplica super nos misericordiam tuam », etc. Missel, fol. i/io. Hugues d© S'-Cher (in Psalnms, éd. Venetiis, 1708, fol. 289"), aussi bien que S' ThoiMas (i*, 2", qu. ii3, a. 9) et Nicolas de Niise (Nice) (Opus super Sentent., Rothomagi 1609, tr. 5, parte 2*, portio 3, qvi. i), s'appuient sur cette oraison.