La lettre du 8 avril i5i
notre ((justice », vertu naturellement acquise, devait s'ejfacer devant la justice du Christ. Pareille exigence n'en reste pas moins bizarre : devant la justice de Jésus- Christ, il n'y a que le péché qui ait à disparaître % pourquoi donc aussi la vertu acquise par nos efforts naturels?
I. — Justice propre et justice du Christ; la Loi et l'Evangile.
Un examen attentif de la première citation que nous avons faite du sermon de i5i5 nous montre que Luther demandait à la pratique des vertus non seulement de faire taire la concupiscence, mais encore de l'anéantir complètement. Avant tout, la vertu devait faire cesser la convoitise de la chair contre l'esprit et même contre la loi, ainsi que le penchant au mal. Mais Luther faisait en lui une constatation tout opposée ; loin de diminuer, sa violente concupiscence devenait de plus en plus forte et finissait par lui paraître insurmontable. C'est-à-dire que, peu à peu, il était vaincu par sa concupiscence (en prenant ce mot dans un sens large), et qu'il violait constamment le précepte : (( Tu ne convoiteras pas )), celui-là précisément qu'il voulait accomplir par la pratique des vertus. Par suite, l'accomplissement de la loi, c'est-à-dire la justice personnelle, ne devint à ses yeux qu'une vaine illusion. Cette pensée se fit encore plus importune lorsqu'il chercha à approfondir le sens spirituel de la loi. Le précepte : (( Tu ne tueras pas » , par exemple, doit s'entendre non seulemeirt des