‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 249 sur 312 · LES ŒUVRES DE LA LOI ET LA JUSTICE DU CHRIST · texte numérisé non relu

LES ŒUVRES DE LA LOI ET LA JUSTICE DU CHRIST

pour respirer en celle du Christ et avoir confifincc en elle. Nous comprenons aussi à merveille comment il pouvait en arriver à dire que notre justice propre n'était que péché : pour lui, en effet, elle s'arroge-ait ce qui n'appartenait qu'an Christ. Voilà pourquoi il dit à ce même confrère : Si notre justice peut accomplir l'œuvre du Christ, « alors pourquoi est-il mort ? »

Il suffît d'un simple coup d'œil sur ce qui vient d'être dit pour s'étonner de l'ignorance de Luther et de ses incroyables confusions. Il conçoit la a justice personnelle », la pratique des vertus, l'observation de la loi à un point de vue parement naturel. Dans quel état se trouvait-il donc alors ? Dans celui d'un païen ou plutôt d'un Juif? Il ne vivait donc pas en chrétien, dans la grâce et avec la grâce de Jésus-Christ ? Il n'avait donc pas les vertus, il n'avait pas la justice comme les possède un chrétien racheté par la mort du Christ? Non, puisqu'il dit : Si notre justice peut faire l'œuvre du Christ, alors pourquoi le Christ est-il mort?

Pourtant, nous savons que ni la moralité naturelle, ni la vertu naturellement acquise ne doivent disparaître devant la justice du Christ. Cette justice les parfait, elle les élève ; elle ne les supprime pas, de même qu'en général la grâce ne supprime pas la nature, mais qu'elle la perfectionne^. La (( justice personnelle » ne

I. Appuyé sur les anciens et sur la saine raison, S' Thomas dit : « Cum igitur gratia non toUat naturam, sed perficiat, oporlet quod naturalis ratio subserviat fidei, sicut et naturalis inclinalio voluntatis subsequitur charitati » (I*, qu. 1, a. 8, ad 2 ; qu. 2, a. 2, ad i); de même aussi Maître Eck,eha.rt écrit : « Dieu ne détruit pas la nature, il la parfait ; de même la grâce n'anéantit pas la nature, mais elle la complète ». (Meister Eckart,

devrait disparaître que dans le cas où, pour parler la langue philosophique de Luther, elle prétendrait conduire l'homme au salut par ses propres forces, et rendre inutile la justice du Christ. Si Luther a vécu dans cette fausse opinion, s'il a tout d'abord cru pouvoir se sauver par des vertus naturelles, la faute en est à lui et uniquement à lui. De fait, c'est dans cette illusion qu'il vivait et qu'il agissait ; il voulait être juste par ses propres forces i.

Là n'est pas toutefois son seul point faible. La pratique des vertus a donc pour but la suppression de la concupiscence ? De quelle concupiscence veut-il parler ? De la concupiscence actuelle consistant dans les désirs désordonnés qui se font sentir en nous dès avant la décision de notre volonté et malgré cette décision ? Mais ces désirs ne deviennent péché que par le consentement de la volonté. Encore moins peut-il être question de la concupiscence habituelle, c'est-à-dire de la disposition ou plus exactement de la constitution de la nature humaine, qui dans l'état présent est la source de ces désirs. La pratique des vertus ne peut avoir d'autre fin que de dompter la concupiscence et

eJ. Pfeiffel, II, 678, A). Et Tauler, que Luther met au-dessus de tous les scolastiques, dit de son côté: « Lorsque la grâce vient s'ajouter à une bonne nature, alors les progrès sont très rapides » (Edition F. Wetter, 1910, p. 218, h ', trad. Surius, 1628, p. /iSo î trad. Noël, IV, 191 1, p. 86). Luther lui-même le reconnaît ' « Fides et Spiritus S. non corrumpit aiit destruit naturam, sed corruptam et destructam ?anat et réparât». (0pp. exeg. lat.,X (i5-'i/i?), 1O7, etc.)- Par là, il allait pourtant contre sa théorie qui refusait à la nature la capacité d'une élévation à un état supérieur. Voir, ci-après, ch. V (dans le t. III de cette traduction). I. Voir, ci-dessous, S 4, I et II.

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