‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 276 sur 312 · OUBLI DE LA PRIERE · texte numérisé non relu

OUBLI DE LA PRIERE

de la grâce de Dieu, de cette grâce qui nous aide à observer la loi divine contre laquelle s'insurge notre concupiscence. Ces œuvres qu'il qualifie d' « œuvres de la loi », « ne permettent pas à l'homme de se voir coupable, de sentir le besoin de la justification * ». C'est le seul sentiment qui lui soit demeuré après la catastrophe, et ce sentiment le domine. Par ces u œuvres de la loi », il caractérise précisément la justice telle qu'il l'a pratiquée, et, sur l'expérience de cet état personnel, dont la faute lui incombe, il se met aussitôt à construire une théorie universelle, d'après laquelle l'homme est incapable d'accomplir la loi morale. Dès lors, il ne peut, que désespérer de lui et de ses œuvres. Une grâce qui le réveillât, qui sollicitât sa coopération, qui le changeât intérieurement, il ne la cherche plus, il ne l'a peut-être jamais cherchée, ou, du moins, il n'en a jamais eu une notion exacte. Bien plus, depuis son Explication des psaumes, il l'a même niée par des propositions de ce genre : Les passions dominantes sont invincibles ; dans ses commandements. Dieu nous demande l'impossible. En conséquence, il devait dénier à la nature humaine l'aptitude à être élevée à un état supérieur. « 11 n'y a pas de vice, dit saint Augustin, auquel la loi divine soit plus opposée qu'à l'orgueil, aucun sur lequel ait plus d'empire l'Esprit plein de superbe qui conduit à l'abîme et empêche d'aller vers les sommets 2.

1. «Non sinunt hominem sibi injustum videri et justificationem indigentem. » (Fol. 129) [Ficker, II, 85, 7].

2. « Nullum enim vitium est, cui magis divina legs resistatur, et in quod magis accipiat dominandi jus ille superbissimus spi-

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