A OUBLI DE LA PRIERE
Wittenberg, où, depuis i5ii ou i5i2, il était à la fois professeur et supérieur, ne maintenait aucune discipline monastique, où tout le monde, et lui tout le premier, se laissaient absorber par les occupations extérieures. Ce n'est donc pas par suite d'un accident fortuit qu'en i5i6, il nous avoue avoir rarement le temps de réciter son office et de dire la messe ^. N'en fut-il ainsi qu'en i5i6, et non auparavant déjà? Implorer de Dieu par une humble prière la grâce qui nous réveille, qui sollicite notre coopération, afin de recommencer une vie nouvelle en Dieu, voilà qui pratiquenient n'existait plus pour Luther au moment où il écrivait son Commentaire sur VEpître aux Romains. S'il récitait son bréviaire d'une manière aussi distraite qu'il vient de nous le dire, cela prouve qu'en pratique, il ne faisait aucun cas des prières pleines d'humilité et de grandeur que l'Eglise y a condensées, ou du moins qu'il n'y prenait pas garde. Dès lors, à quoi pouvaientelles lui être utiles ? A cette époque, la Règle des Ermites de saint Augustin ne prescrivait formellement aucune autre prière, pas même la méditation. Evidemment, celui qui, à cause de ses multiples travaux, négligeait le nécessaire, le prescrit, ne s'imposait aucune prière de simple dévotion.
Terrassé par l'écroulement de sa justice personnelle, Luther ne se releva pas. Il resta là, gisant à terre, vaincu par ses passions, avant tout par son orgueil. L'orgueil causa sa chute et le fit désespérer de lui-même, l'orgueil l'empêcha de se ressaissir et l'amena à douter