LES SAINTS, JUSTES ET NON JUSTES
disparaît pas complètement. Jésus-Christ, en effet, prend sur lui toutes nos fautes, à la condition que nous en ayons du déplaisir. Alors, elles ne sont plus nôtres, mais siennes, et réciproquement, sa justice devient la nôtre ^. La justice que nous devons continuellement chercher et demander, vers laquelle nous devons soupirer, nous est extérieure^.
Une telle solution ne pouvait venir que d'un homme dont l'âme avait eu les amères déceptions de Luther. Pour celui à qui l'expérience avait démontré que ses passions dominantes étaient invincibles, elle était l'unique expédient, mais rien autre qu'un expédient.
Le commentaire du chapitre quatrième nous apporte la lumière complète. Luther nous y expose ses nouveaux principes avec leurs conséquences prochaines. Nous nous arrêterons plus longuement sur les premières phrases ; elles contiennent déjà une pétition de principe et de nombreuses contradictions.
Intérieurement, dit Luther, les saints sont toujours pécheurs, voilà pourquoi extérieurement Dieu les justifie toujours. Chez les hypocrites, c'est le contraire qui a lieu. (( Quand je dis intérieurement, j'entends par là ce que nous sommes en nous-mêmes, à nos yeux, d'après notre jugement ; et extérieurement, ce que nous sommes devant Dieu et dans son estime. Nous sommes donc justes extérieurement quand nous ne le sommes pas
i. Fol. i4o. [Ficker, II, 102, 18].
a. Fol. 138". [Ficker, II, 99,86]. Je me suis contenté de donner les idées fondamentales sans entrer dans le détail. Voir, sur ce point, ci-après, chap. IV, $ 2.