‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 290 sur 312 · PÉTITION DE PRINCIPE · texte numérisé non relu

PÉTITION DE PRINCIPE

Etrange théorie, doctrine bizarre, bâtie sur une pétition de principe et sur des contradictions. Luther pose en principe, quoiqu'il ne ïeiit jamais démontré, que celui qui étant pécheur et se reconnaissant comme tel (au sens de Luther), se réfugie dans la miséricorde de Dieu, est réputé juste par Dieu, bien que le péché reste réellement en lui. Ce principe enferme une assertion que Luther n'a jamais prouvée davantage, à savoir que le péché demeure en nous, que la concupiscence n'est autre que le péché originel. Cette assertion a pour origine l'état

solum Deo reputante sumus justi, ergo non nobis viventibus vel operantibus. Quare intrinsece et ex nobis impii semper. Sicut Ps. 5o : « Peccatum meum contra me est semper » ; id est, in conspectu meo semper habeo, quod sum peccator. « Tibi enim peccavi » (id est sum peccator), « propterea justificabis in verbo tuo », etc. Econira hipocritse, quia intrinsece sunt justi, per vim et necessitatem relationis sunt extrinsece injusti (id est, reputatione Dei), ut Ps. 9/I : « Et dixi : semper hii errant corde », quia omnia pervertunt verba Scripturae, ut illud : « Peccatum meum contra me est semper. » Ipsi vero : Justitia mea contra me est semper (id est in conspectu meo), et : Beati qui justitiam operantur etc. Tibi, inquiunt, non peccavi, sed justa operor : immo sibi operantur. « Mirabilis Deus in sanctis suis », cui simul sunt justi et injusti. Et : mirabilis in hipocritis Deus, cui simul sunt injusti et justi. Quia dum sancti peccatum suum semper in conspectu habent et justitiam a Deo secundum misericordiam ipsius implorant, eo ipso semper quoque justi a Deo reputantur. Ergo sibi ipsis et in veritate injusti sunt, Deo autem propter hanc confessionem peccati eos reputanti justi ; rêvera peccatores, sed reputatione mi&erentis Dei justi ; ignoranter justi, et scienter injusti ; peccatores in re, justi autem in spe. Et hoc est, quod dicit hic : « Beati quorum remissae iniquitates et tecta peccata »... Igitur mirabilis et dulcissima misericordia Dei, qui nos simul peccatores et non peccatores habet ; simul manet peccatum et non manet.... Rursum mirabilis et severa ira. Qui simul impios habet injustos et justos. Simul tollitur eorum peccatum et non toUitur. »(Fol. i42). [Ficker, II, io4-io6j. Voir en outre les thèses de i5i6 (Weim., I, lAg).

45ô JUSTIFIGATIOIÎ SIMPLEMENT COMMENCÉE

d'âme de celui qui, par sa propre faute, se laissa vaincre par ses violentes passions, déclara la concupiscence coiipa6/e en elle-même^, et fut amené inéluctablement à la prendre pour le péché originel ineffaçable.

Dans l'espace de quelques lignes, Luther se contredit lui-même. 11 dit : « En ayant toujours devant les yeux le souvenir de leurs péchés et en implorant la justice divine, etc., les saints sont par ce fait même toujours regardés comme justes par Dieu ». Puis, quelques lignes plus loin : « Ils ignorent qu'ils sont justes »• Mais, si en tirant le registre de l'aveu de sa misère et de la confiance en Dieu, le pécheur obtient infailliblement de Dieu d'être regardé comme juste, il ne peut pas ne pas le savoir. Quelques lignes auparavant, Luther ne pouvait donc pas dire ^ que le pécheur ignore le moment où il est justifié, sous le prétexte que, sans doute, il doit espérer « l'imputation » de la justice, mais qu'il ne sait pas quand et si même elle se produira.

Autre contradiction dont il ne s'est pas aperçu : si en tirant le registre de l'aveu de notre misère et de la confiance en Dieu, nous sommes infailliblement regardés comme justes par Dieu, nous voici en face de l'axiome que Luther a précédemment combattu : « A qui fait sou possible, Dieu ne refuse pas la grâce 3 ». Dans cette théorie a faire » aura simplement une autre signification : celle de s'accuser soi-même et d'avoir confiance en Dieu. Bien mieux, on voit même appa-

i. Voir chap. IV, S i.

a. Ci>dessu6, p. 4^5, n. 4 de p. 444 ; 448.

3. « Facienti quod in se est, Deus non denegat gratiam. » Voir, sur ce point, t. III, p. 166-191.

CONTRADFGTÏONS 45 î

raître ici, et aa sujet de l'acte de justification, « ce mérite de convenance » ^ que Luther a proscrit. Plus tard, il en fera lui-même inconsciemment l'aveu : « Si Dieu entend le pécheur avouer ses fautes, il se sent poussé à être fidèle, à lui tenir la promesse de lui remettre ses péchés^. » Puis Dieu dit au pécheur: (( ïu dois être juste, car je ne puis souffrir de ne pas te justifier, etc.. » Sans doute, cette contradiction semblera s'atténuer lorsque Luther alfirmcra que c'est Dieu qui, dans la volonté serve, excite la foi, la confiance. Mais nous verrons 3 que ce n'est là qu'une pure feinte, feinte qui n'exista même pas dès le début.

Rien d'étonnant qu'il n'ait pas remarqué la contradiction qu'enferme l'assertion : on esta la fois juste et injuste ! Qu'on ne prétexte pas qu'il s'agit de points de vue différents : car quoi qu'on fasse, il restera toujours cette idée : Dieu déclare juste quelqu'un qui ne Test pas, il regarde comme juste celui qui est encore en état de péché. C'est là une contradiction absolue, doublée d'une immoralité*. Mais cette contradiction

î. Meritum de Congruo.

a. In I Johann. (1527), Weim., XX, 626, 12 (sur le ch. I, v. g) ; « ïum est mihi Deus in corde, quando prostratus coram eo non invenio in me bonum, justitiam. Si audit Deus peccatorem confitentem peccata sua, ille (peccaior) perinovit Deurn, ut sit fidelis, ut servet ei promissionem, remissionem peccatorum, et deinde debes esse justus (fait-il dire à Dieu), quia non possum pati quin te rejustificem ; tu me justificas contra... Justus es et vives quia confessus peccata, ideo per Dei fidelitatem et justiciam remissa. » Dans le God. Pal. 1825, fol. i48, l'idée n'est pas aussi fortement exprimée ; l'aveu est cependant toujours suivi de la justification.

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