Manuale, fol
A. Cette condition était requise aussi dans les anciens agenda diocésains ; par ex. dans Vagenda Moguntinensis (i5i3), fol. lio". « Expedit omnino ut volentes contrahere matrimonium prius confiteantur peccata sua, ut penitenliali absolutione mundati non ponant obicem gratie sacramentali, et eo salubrius inchoare valeant novum vivendi statuai. >) Ainsi pariait déjà Radulphus Ardens : Voir ci-dessus, p. 7a, n. i."
•jS l'église eï le mariage
demeurent dans ton amour, qu'ils adhèrent à U volonté, qu'ils vivent dans ton amour, qu'ils connaissent de longs jours et qu'ils aient une postérité <. » Si l'Eglise catholique exigeait des nouveaux mariés la pureté du cœur, ce n'était pas apparemment pour les faire entrer dans un état criminel, mais dans un état pur et saint. Voilà ce que pourtant les protestants eux-mêmes devraient enfin comprendre.
Dans les postules allemandes de la fin du moyen âge qui les dimanches et les jours de fêtes servaient de lectures de piété, comme aujourd'hui, par exemple, Goffine- ou Dom Guéranger^, nous trouvons sur le mariage des considérations du même genre : c'est une vie sainte, y lit-on, et l'on doit avoir pour elle beaU'
I. Manuale curatoram, fol. 97. Surgant s'était borné à tirer ces prières des agenda ; comme par exemple encore l'oraison où on lit : « Augeat (Deus) incrementa frugum justitie vestre, ut cura justis Deum timentibus securi astare mereamini in die judicii ». Agenda sec. rilum et ordinem ceci. VVormaciens. (S. 1. et a.), après le fol. d. iiij.
3. Gofline (Léonhard). Chanoine prémontré du monastère do Steinfeld (i648 1719). En 1690, il publia une explication des épîtres et des évangiles du missel. C'est sans doute pour cette raison que Dcnifle le met auprès de Dom Guéranger. Son livre a eu une grande vogue et a été traduit à peu près dans toutes les langues. Il y en a eu deux reproductions modernes, l'une de Fr. Hattler, S. J. (Ratisbonne, Pustet), qui, en 1907, en était à la 6i* édition, et l'autre de Drôder, Hector et Schwane, des Ob:ats du Coeur immaculé de Marie (Dûlmen, Laumann, 1908). (N. d. T.;.
5. Dom Prosper Guéranger, abbé de Solesmes (1806-1875). On sait quel a été l'importance de son rôle ©n France au xix* siècle. Voir (Dom Delatte), Dom Guéranger (1909 et 1910); A. Ledru. Dom Guéranger, abbé de Solesmes, et Mgr Bouvier, évêqae du Mans (i9ii)(N. d. T.).
coup de vénération^, A l'époque qui précède immédiatement Luther, les livres allemands sur le mariage contiennent des éloges du même genre 2; aussi Luther est-il d'un ridicule qui touche à la démence lorsqu'il prétend enseigner aux « papistes » qu'Adam et Eve avaient été unis par l'institution de Dieu 3.
Et l'oH ne trouvera pas un seul scolastique de quelque renom, qui, sur ce point, se soit écarté, soit de l'opinion de Hugues de Saint-Victor et de Pierre Lombard *, soit de toute la tradition de l'Eglise. Dans les détails, l'on peut noter entre eux des divergences ; mais ils n'ont qu'une voix pour proclamer la légitimité, la bonté, la dignité, la sainteté du sacrement de mariage.
Luther pouvait bien moins encore en appeler à un seul pape qui eût condamné ou même simplement prohibé le mariage, et qui eût donné à tous le conseil de fuir le monde. Bien au contraire, quand par exemple un mouvement se produisit en Bretagne <( pour chercher à persuader aux hommes et aux femmes que la virginité, le veuvage et le célibat étaient nécessaires au salut éternel », Pie 11, le 17 décembre 1459, ordonna une enquête rigoureuse sur ces « erreurs dans la foi chrétienne » ; et il ordonna de
1. Voir les preuves daas Pau lus, Die Ehe in den deutschen Pastillen des ausgehenden Mttteîalters, dans le Supplément littéraire de la Koln. Wolkszeitung de 1908, n. i/i.
2. Paulus, ibid., n. ao. Voir aussi à ce sujet les enseignements de Theodoric Engelhus, dans L.inge.nberg, QueUen and Forsch. zar Gesch. der deutschen Mystili, p. 101-102, io3, i56.
3. 0pp. exeg. iai.,(vers i53S), IV, 70. 4> Voir ci-dessus, p. 70.
8o l'église et le mariage
punir sévèrement les coupables^. A peu près à la même époque, le cardinal Nicolas de Casa, évêque de Brixen, rappelle à ses diocésains que le sacrement de mariage a été institué par Dieu dans le paradis terrestre ; dans le nouveau Testament, ajoute-t-il, il mérite d'autant plus de vénération que la réalité de ce qui est signifié par le mariage, à savoir l'union du Christ et de son Eglise, surpasse davantage en dignité la figure de l'ancien Testament 2. Les conciles tenus en Allemagne antérieurement au concile de Trente ont, eux aussi, exposé ce qui jusqu'alors avait été la doctrine catholique sur la dignité et la sainteté du mariage ; pour n'en nommer qu'un et le plus important, je citerai le concile provincial de Mayence, de i549^.
Mais Luther a peut-êU^e un point d'appui dans ces moines pour qui il a une si haute estime, dans ceux qui ont mis la virginité au-dessus de tout ? On serait porté à le croire, car autrement à qui aurait-il pu se rattacher? Et pourtant il faut déjà exclure saint BoNAVENTURE, puisqu'il l'exclut lui-même par les paroles qu'on a lues plus haut. Mais que dit saint Bernard pour qui, à entendre les protestants, christia-
1. Arch. Vatic. ; Reg. PU II, n. 5o2, fol. 2 32''-2 33 ; Raynald, Ann., à l'année i/iBg, n. 3o ; d'Argentré, Coll. jud., 1. 2, p. 253.
2. Dans V Agenda sea liber obsequiorum juxta ritum et consuetadinem diocesis Brixinensis (i5/|3), fol. 61" : « Sacramentum matrimonii in pri mordiis a Deo in paradiso institutum , in novo testamento tanto sanctius est venerandum, quanto veritas significati ejùs, Chrisli scilicetet ecclesie. supra figuram veteris testamenti digne exaltatur ».
3. Voir Constilutiwieé-X^ijicilu provincialis Mogiintini... . anno Dom. MDXLIX celçl?fiitfp[(it£i^S&N^9)> fol. 2 44" et siiiv.
ST. MtCHAEL'a ' OOLLEQe
SAINT BEllNARD ET 8ALNT BASILE 8l
nisme et monachisme furent une seule et même chose, qui plus que personne, par conséquent, devait dire : « Non pas le monde, mais la fuite du monde, non pas le mariage, mais le cloître, le seul endroit où l'on puisse servir Dieu comme il le désire. » Que nous dit-il, au contraire ? 11 s'élève contre certains hérétiques de son temps qui interdisent le mariage ; pour montrer qu'ils ne font plus partie de l'Eglise, il dirige contre eux le passage de la première épître à Timothée^ que Luther allègue mensongèrement contre le pape et les papistes, comme nous l'avons vu au commencement de ce chapitre. Ce n'est que par une inspiration du démon, ajoute saint Bernard, qu'ils vont contre le mariage ; ils se donnent l'air d'agir ainsi par amour de la chasteté tandis que c'est une invention pour favoriser et accroître l'immoralité, a Si tu ôtes de l'Eglise l'honorable mariage et le lit exempt de souillure^, ne la remplis-tu pas de concubinaires, d'impudiques.. . et de toutes sortes de gens impurs ? Choisis doac entre ces deux suppositions ou que tous ces jmonstres humains soient sauvés, ou que le nombre des élus soit restreint à ceux qui observeront la continence. Mais ni l'une ni l'autre ne plaît au Rédempteur, etc. 3. » Que suit-il de là ? Précisément la doctrine ieatholique, cette doctrine que dès le iv'^ siècle, dans çon sermon sur le renoncement au monde, avait énoncée avec précision un saint qui a exalté la virginité et l'état religieux avec non moins d'enthousiasme que
ï. I Tim. Il, 1-3,
a. Heb., i3, 4.
3. Serm, 66 in Cant. (Migne, Patr. «., i83, c. 1094, n. a, 3).
Sa LES PRINCIPES DE LUTHEK CONTRAIRES À.V MARIAGE
saint Bernard, je veux dire saint Basile le Grand : « Le bon Dieu qui prend soin de notre salut a divisé la vie des hommes en deux états : l'état de mariage et rétat de virginité, afin que celui qui ne peut soutenir la lutte de la virginité s'unisse à une femme, tout en sachant qu'il aura à rendre compte de sa continence et de sa sainteté, ainsi que de la ressemblance avec les saints qui ont vécu dans le mariage et qui ont engendré des enfants *. »
Une fois de plus, Luther a donc menti en reprochant à TEglise catholique de prohiber, de condamner même le mariage comme un état de péché, de demander, de commander la fuite du monde, l'abandon de la vie publique. Toutes ses assertions et ses sophismes à ce sujet ont passé dans la confession officielle du luthéranisme 2. En vérité, il serait temps enfin que les protestants eux-mêmes reconnussent l'absurdité de ce fatras.
S 5. — C'est précisément d'après les principes de Luther que le mariage est un genre de vie coupable et illi-^ cite.
Le mensonge de Luther est d'autant plus criant que c'est précisément lui, et non pas l'Eglise, qui a dénigré le mariagi comme un genre de vie impur et coupable ; sans qu'il s'en aperçût, cet « homme d'une formation