LE MARIAGE ILLICITE 9I
pourtant ce que, pour Luther, font l'homme et la femme dans l'exercice de leur devoir conjugal; or, de même que Dieu n'invite personne à pécher, ainsi l'homme ne peut pas davantage prendre sur lui de pécher.
D'après les conséquences qui découlent des principes du Réformateur, le mariage est un état de péché ; dès lors, comme le disait Tatien, c'est un état illicite et condamné; et il n'y a aucune différence entre l'état du mariage et celui de la fornication. Juste punition de Dieu : une fois encore, ajoutée à tant d'autres, Luther est tombé dans les erreurs mêmes qu'il avait perfidement reprochées à l'Eglise ^.
I. Les protestants modernes sont eux-mêmes étonnés et choqués de cette conception de Luther. Dans son Commentaire du Jugement sur les vœux monastiques, Otto Scheel constate que sur ce point, la théologie protestante moderne ne s'inspire pas de celle de Luther, quoique, avoue-t-il, on laisse croire le contraire au peuple {Ouvr. cité, t. II, p. 197, note 228). Puis il dit qu'il ne peut pas traiter cette question avec l'ampleur qu'elle mériterait, parce qu'une telle recherche « dépasserait de beaucoup le cadre de ces remarques. » Ces mots sont d'autant plus curieux qu'ailleurs il ne se fait faute de notes de dix et même de quarante pages I (T. II, p. 5i-ioi, notes 67-58).
Puis il ajoute que le Comité de la Société de l'Histoire de la Réforme a décidé de faire faire sur ce point un travail très précis, pour répondre notamment aux accusations de Denifle.
La même année, Kawerau et Benrath faisaient la même promesse : ils annonçaient un travail sur Luthers Ehe und Eheanschauungen. Le mariage de Luther et les vues de Luther sur le mariage. {Zur Abwehr rômischer Geschichtsbehandlung . Heft /. Luther im Kloster. (Halle, 1906, Vorbemerkung (au verso de la couverture), et p. 5-6. Mais, en 1908, dans un long travail sur la Place de la Concupiscence dans la vie et la doctrine de Luther (Die Bedeutung der Concupiscenz in Luthers Leben und Lehre), W. Braun ne touche pas à cette question : il se borne à répéter que, pour Luther, la conçu-
S 6. — Luther se fait du mariage une conception absolument physique et sensuelle. — Calomnies de Kolde contre la doctrine catholique.
Aussitôt après son apostasie, Luther eut du mariage une vile, très vile conception, et c'est cette conception qu'il présentait aux prêtres et aux religieux sans moralité, quand il les poussait à enfreindre leurs vœux et à se marier. Dès lors, il regarda l'union sexuelle comme une nécessité, commandée par la violence de passions auxquelles l'on ne pouvait autrement résister. Avant sa chute, il reconnaissait ouvertement que l'on ne devait pas se laisser dominer ainsi ; et à la jeune fille sur le point de se marier, il donnait des instructions pour lui permettre de se perfectionner, et dé tendre à la vertu ^ Après son apostasie, il n'a plus un mot à ce sujet : à lui seul, le trafic des religieuses à Wittenberg suffisait ici à ouvrir les yeux à quiconque voulait voir 2. Grâce aux principes de Luther, le mariage des chrétiens devenait une union purement animale. Et le « Réformateur » n'avait pas honte de
piscence dans l'homme regénéré est encore un péché (voir, paf ex., p. 107, 135, 3io, 3ii).
Ainsi le projet annoncé n'a pas eu de suite.
11 ne pouvait pas en avoir ; car Luther a vraiment dit qu'en âoî le mariage était foncièrement mauvais. Et bien loin d'être un hors-d'œuvre dans son système, cette assertion en était au contraire la conséquence logique : la concupiscence habituelle est mauvaise, et la concupiscence en acte est un second mal qui s'ajoute au premier. (N. d. T.).