Weim., XII. ii3(i
2. « Il ne s'agit pas ici de caprice ou de conseil : c'est une nécessité comnnandée par-la nature que tout ce qui est homme doit avoir une femme et tout ce qui est femme doit avoir un homme ».
(( Car cette parole de Dieu : « Croissez et multipliez-vous » n'est pas un précepte, elle est plus qu'un précepte, elle est une œuvre divine, qu'il n'est pas en notre pouvoir d'empêcher ou de permettre ; elle m'est aussi nécessaire que d'être un homme, et plus nécessaire que de manger, de boire, d'aller à la selle, de cracher, de dormir et de me réveiller. Cette œuvre est notre nature même, un instinct aussi profondément enraciné que les membres que nous avons à cet effet. » (Sermon sur le Mariage, 1622, Erl. 20, 58; Weim. X, P. II, 276, 17). « S'il est honteux de se marier, pourquoi n'avons-nous pas honte de manger et de boire, puisque ce sont là deux nécessités également impérieuses, et que Dieu les veut toutes les deux en nous. » (Luther à Reissenbusch, i525, dans de Wette, II, 639). « Le « Réformateur » a une comparaison encore plus énergique et plus parlante : « Que deviendrait celui qui ferait des efforts, du reste tout à fait inutiles, pour garder en lui ses excréments et son urine ? ))(Weim., XII, 66, 3i ; i523J. Dès i5ao, dans son ouvrage A la noblesse chrétienne, à l'endroit où il tonne contre le célibat des prêtres, il se sert de ces deux mêmes comparaisons (Weim., VI, ^^12) : Le pape n'avait pas le pouvoir de commander le célibat aux prêtres, «pas plus qu'il n'avait celui de leur défendre de manger, de boire, d'aller à la selle ou d'engraisser. »
trer la nécessité du mariage, il met sans cesse en avant l'ardeur de la chair, et lui-même il l'éveilla chez les autres par ses écrits*.
Lorsqu'il eut dit adieu à l'Eglise, il ne cessa d'insister sur l'ordre de Dieu : « Soyez féconds, multipliez-vous, et remplissez la terre. » Mais il omet à dessein de faire remarquer que c'était à l'humanité en général, pour la conservation de l'espèce, que cet ordre avait été donné, et qu'il n'obligeait personne en particulier, sauf immédiatement après la création et le déluge, quand la terre était peu peuplée 2. Jamais, dans la suite, le mariage n'a été nécessaire à la conservation et au perfectionnement de chaque individu en particulier ; autrement, aussi bien dans l'ancien que dans le nouveau Testament, Dieu serait en contradiction avec lui-même ; dans le nouveau, notamment, il proclame que chaque individu est libre de choisir le mariage ou le célibat. C'est ce qu'en i5i 9-1520 3, à une époque où ses idées étaient encore assez claires, Luther lui-même disait ouvertement et en se reportant à l'ancien Testa-
1. J'ai déjà parlé de ces excitations, comme du reste de cette question en général : voir, ci-dessus, t. I, l'introduction et le chapitre VI.
2. C'est ce que saint Thomas avait magnifiquement exposé dans la 3* 2", qu. 102, a. 2, ad i ; Suppl. qu. ^i, a. i, et surtout a. a. Sur ce point du reste, tous ceux qui ont du jugement sont d'accord.
3. On pensera peut être que j'aurais du écrire : au moins jusqu'en lôaS, car cette année-là Luther disait : L'état conjugal est bon, c'est-à-dire sans péché et agréable à Dieu, et libre pour chacun ; mais Vétat de chasteté est plus tranquille et plus libre ». (Weira.. XII, i4i). Mais dans les deux propositions, libre a un sens tout différent : [« Qu'on a la liberté d'embrasser» — « qui laisse plus de liberté. »] C'est bien du Luther \
NÉCESSITÉ PHYSIQUE q5
inent. « Il est certain, écrivait-il alors, qu'aucun des anciens patriarches ne se serait marié, s'ils n'avaient cru à la promesse faite à Abraham : « En ta postérité seront bénies toutes les nations de la terre. » S'ils ont condescendu aux sollicitations de la chair, c'est uniquement à cause du Christ que leur foi attendait ^ ». Mais quelques années après, tout cela ne signifiait plus rien ; il reproche alors aux papistes de n'avoir point su voir « comment, dans l'ancien Testament, les plus grands patriarches, ceux qui ont le mieux servi Dieu, ont vécu dans le mariage et souvent ont eu plusieurs femmes 2. » Alors il était devenu nécessaire de lui répondre avec Usingen : « De ce qu'Abraham, Isaac et Jacob ont plu à Dieu dans le mariage, que pouvez-vous tirer contre la continence ? Qui est-ce qui songe à blâmer ou à rabaisser le mariage 3 ? »
Si du moins c'avait été à cause de la dignité morale du mariage que Luther l'avait recommandé comme le devoir universel des hommes et des chrétiens! Si c'avait été les trois biens dont il a été question plus
1. Weim.. IX, 87/1,2, in Gen. c. 25, où il écrit : « Praeterea certo constat, nullum sanctorum patrum duxisse uxorem, nisi credidissent promissioni factaB Abrahœ : « In semine tuo benedicentur omnes génies ». Solum enim propter Ghristura, quem futurum credebant, libidini indulserunt ». Cf. aussi S. Augustin, De bono conjug., n. i5.
2. Weim., XXIV, 55, in Gen. c. i (1527). Il est revenu souvent sur ce point. Voir pourtant dans le même volume, p. A27, i3, ce qu'il dit d'Abraham et de sa polygamie : « Personne ne doit penser que ce saint patriarche ait été assez charnel pour se délecter dans la volupté ».
3. Liber de falsis prophetis» fol. 43. Voir le passage, ci-dessus, t. I, p. i54, n' I.
haut, et dont lui-même il parlait encore en iBig, à savoir le sacrement, la descendance et la fidélité, qu'il avait mis en première ligne ! Non ; ce qu'il mettait en avant, c'était 1' « impossibilité » de se contenir ou de pouvoir résister à l'impulsion de la nature autrement que par les rapports conjugaux, qui pour lui, du reste, étaient toujours des péchés graves 1 Pauvre humanité ! Etre condamnée à tomber de Gharybde en Scylla ! Où réside en tout cela la nature morale du mariage ? Fatalement, Luther devait en arriver à dépouiller le mariage de son caractère de sacrement, à en faire « un acte extérieur et physique du genre des autres occupations ordinaires », en sorte qu'un chrétien pouvait fort bien aussi se marier avec un païen, un Juif ou un Turc^. On sait quelles furent les conséquences de ces doctrines 8.
1. Erl., ao, 65 ; Weim., X, P. II, 288, 8 (iBaa). Dès iSao, il refuse de voir dans le mariage un sacrement ; il soutient que c'est là une invention humaine (De Capt. Babylon., AVeim., VI, 55o- 55i). L'année précédente, il avait encore professé le contraire. Voir ci-dessus, p. 65. Les morts vont vite 1
2. Ci-dessus, I, p. 167-170, 197, 309, j'ai brièvement montré comment se conduisirent les prêtres et les moines apostats. Dans les autres classes de la société, on ne se tenait pas mieux. Le professeur luthérien F. Sta.phylus, revenu à la vraie Eglise, écrivait en i563 : « Tant que le mariage a été reconnu comme sacrement, la pudeur et la dignité sont restées dans la vie conjuf^ale; mais aussitôt que dans les livres de Luther on eut lu qu'il n'était qu'une invention humaine, les conseils de Luther... ont été si bien suivis qu'en Turquie, l'on se comporte à l'endroit du mariage avec plus de convenance et de moralité que chez nos évangéliques d'Allemagne ». Nachdruck zu Verfechtung des Buchs vom rechien
wahren Verstandt des gottlichen Worts, etc. Ingolstadt i56a, fol., ao2\ On trouvera d'autres exemples au § 8.