Voir ci-dessus, p
l32 CONSÉQUENCES DE LA RÉFORME DE LUTHEK
C'est la même absence de sens moral qui lui faisait écrire en 162 3 : u Je suppose qu'un, deux, cent, mille conciles et plus encore viennent à décider que les prêtres peuvent se marier... ; alors, on m'en amène un qui toute sa vie aura eu une, deux ou trois maîtresses et un autre qui aura attendu cette décision pour prendre une femme, parce qu'auparavant, il n'avait pas cru avoir le droit de le faire : ce sera le premier qui aura mon indulgence, et pour qui je m'en remettrai avec confiance à la bonté de Dieu. Et je voudrais pouvoir dire à tous qu'au nom de Dieu et sous peine de perdre leur âme, Je leur conseille, je leur commande de ne pas se préoccuper d'un arrêt de ce genre pour savoir s'ils doivent se marier ; je voudrais leur faire comprendre qu'avant tout l'on doit être chaste, et que si on ne le peut pas, on ne doit pas se désespérer au milieu de sa faiblesse et de ses péchés, mais invoquer le secours de Dieu ^. »
Je ne veux pas m'arrêter ici à l'attitude de cet apôtre sans mission qui s'arroge le droit de nous commander à la place de Dieu, sous peine de perdre notre âme, alors qu'il dénie ce droit à une Eglise vieille de plus de mille ans, et à sa hiérarchie légitimement constituée ; je fais une seule remarque : alors que Dieu et l'Eglise ont absolument défendu la fornication, le « Réformateur, sous certaines conditions, la préjere au mariage ; posées ces conditions, il la permet, et il condamne le mariage. Tout ce qu'il apporte comme explication n'a aucune valeur. Il se prend toujours à ses propres filets.
i; Weim., XII, 287 (i5a3). Voir des inconvenances du mêm« genre dans le ch. xiv.
LUTHER PREND LE CONTREPIED DES LOIS DE l'ÉGLISE i33
La haine qui le poussait à prendre le contrepied des lois de l'Eglise s'est elle-même sévèrement punie.
Mais de quels mots qualifier ce que Luther disait plus tard de ces « imbéciles et lascifs de pourceaux », c'est-à-dire des religieux et des prêtres : « Chez Jacob avec quatre, cinq ou cent femmes, il y avait plus de chasteté que dans tout leurcélibat, même s'ils ne courent pas les femmes. Représentons-nous un véritable célibataire, qui observe pleinement la continence : il est pourtant certain que Jacob est cent fois plus chaste que lui ; car avec sa continence, cet homme brûle nuit et jour des feux d'une passion dévorante ; il a des pollutions pendant son sommeil, et quand il est éveillé, il est poursuivi de l'aiguillon de la passion. Qu'est-ce qu'une chasteté qui consiste à vivre et à brûler au milieu des flammes du désir ? S'il voit une belle femme, il devient une fournaise ardente ; il a beau se faire violence et se contenir, cette flamme qui est en lui engendre des pollutions, non seulement pendant son sommeil, mais encore quand il est éveillé. C'est ce que nous atteste Gerson * ».
Je ne veux pas relever ce qu'il y a de révoltant dans cet appel à l'autorité de Gerson : comme on le sait, Gerson donne des conseils pour des cas particuliers, ou pour le moment de la tentation ; mais en aucune façon, il ne donne à supposer que c'est là la vie de tous ceux qui gardent la continence. Comment donc le « Réformateur » en est-il venu à des tableaux de ce genre ? Uniquement par sa propre vie anté-