‹ Luther, poème dramatique en cinq partiesChapitre 15 sur 61 · FRANÇOIS DE WILDENEK, CATHERINE, THÉRÈSE · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE WILDENEK, CATHERINE, THÉRÈSE

FRANÇOIS

C'est moi ! je ne viens pas ici vous supplier.... Mais me plaindre , et du ciel implorer la vengeance ! Je rentre à AViltemberg après sept ans d'absence ; Je reviens... ô bonheur !..., des préjugés affreux S'écroulent à la voix d'un esprit généreux ! Du cloître de>ant vous s'abaissent les barrières ! Et vous repoussez tout, les ordres, les prières, M'apprend-on ! . . vous voulez demeurer en ces lieux , Quand le sort brise enfin de détestables vœux !... Vous ne m'aimiez donc pas?... Et vous, prêtres infâmes, Avez-vous des secrets pour dessécher les âmes? Catherine , un seul mot ! J'invoque ta pitié !

38 LUTUËR.

Notre amour d'autrefois , l'as-tu donc oublié? Je venais furieux, menaçant... El je pleure! Catherine, un seul mot ! veux-tu donc que je meure ?

( Il se jette à ses pieds. )

CATHERINE

Pauvre ami , je te plains ! mais voyons , calme-toi î Parle-moi du passé !... qu'as-tu fait loin de moi?

FRANÇOIS

O Dieu ! que j'ai souffert! Privé de ma compagne,

Je quittai, pour te fuii', cette froide Allemagne!

Charles-Quint m'attira vers sa brillante cour ;

Dans mon cœur sans espoir emportant mon amour,

Je me précipitai vers cette Espagne ardente,

Ciel de flamme où la vie en bouillonnant fermente !

Hélas ! sous ce beau ciel je vécus tristement !

Tout est sombre à nos yeux, quand le cœur est saignant I

O puissance inconnue ! ô mystère de l'àme ,

Qui nous traîne enchaînés aux regards d'une femme !

D'où vient donc que loin d'elle à notre œil attristé

La terre est sans parure et le ciel sans clarté?

D'où vient que nuls attraits pour nous ne se déploient,

Quand deux yeux sont absens par qui les nôtres voient !

LUTHER. 55

CATHERINE (à pari), 0 Dieu, qu'il sait aimer!

FRANÇOIS

Madrid, brillant séjour, Offrit à mes dégoûts son insolente, cour. Où des grands, orgueilleux de leur noblesse altière, En présence d'un roi rampaient dans la poussière; Où la religion , prestige décevant , Courbait wi peuple lâche et régnait en trompant ! Je vis cet empereur , dominateur suprême , Tout plein de sa grandeur, et s'adorant lui-même! Je me réfugiai dans ses vieux bataillons ; Car la gloire habitait ces fières légions ; Moi, j'y cherchais la mort, qui toujours implacable, Pour frapper un heureux épargne un miséi^able !

CATHERINE

Quoi ! vous vouliez mourir ! mais vous n'aviez donc pas , Quelqu'imposante tâche à remplir ici bas?

Eh ! bien, oui... mais plus tard... puisqu'il faut te le dire, P'un sentimeni nouveau j'ai reconnu l'empire î

S4 LLTIIKU.

,1'expirais.. quand soudain s'est oiiveii devant moi, Un avenir brillant, immense, plein de foi! Noble religion, j'appris à te connaître! iNon telle qu'à Madrid je t'avais vu paraître, Avec l'effroi, la mort, elles prêtres bourreaux! Mais douce, aimant le faible et calmant tous les maux! C'est ici, c'est du sein de nos forêts antiques , Que s'élève un soleil , aux rayons prophétiques ! Rome l'entoure en vain doses sombres vapeurs; En tous lieux il répand ses feux triomphateurs ; Et rien n'arrêtera cette flamme hardie , Que du divin Luther alluma le génie !

CATHERINE

Luther!... se pourrait-il?... ô mes pressentimens!. Quoi! vous aussi!...

FRANÇOIS

Son nom remplira tous les temps Oui, Bora , jusqu'au pied des hautes Pyrénées, Elles ont retenti les grandes destinées De ce moine héroïque , athlète glorieux , Qui s'en prend au pontife, à la face des cieux, Et vient , le front levé> redemander à Rome

LUTHER

Ce droit noble, éternel, apanage de llionime, Quà jamais de notre ame elle a voulu chasser. L'inaliénable droit de croire et de penser I

CATHERINE

0 pièges de l'enfer ! ... Us ont perdu son âme !.. .

FRANÇOIS

Non , c'est la véinté qui m'éclaire et m'enflamme î

Pour elle, j'ai bravé les biKîhers castillans...

J'ai voué l'anathènie à leurs autels sanglans !

A la voix de Luther, je viens en Allemagne ;

Je le vois, ce grand homme, et partout l'accompagne ;

Et s'il faut un martyr à ce cuhe naissant.

J'ai gardé pour Luther du courage et du sang î

CATHERINE

Laisse-moi ! laisse-moi !... car je maudis l'infâme Qui de l'Église sainte a dérobé la flamme ! J'appelle sur ton Dieu les lourmens de l'enfer î Je le maudis cent fois !

FUvVNÇOIS.

Mais as-tu vu Luther?

a» LUTHER.

CATHERINE

Jamais ! oh ! non jamais!., car l'autel nous protège ; Ce lieu n'est pas souillé des pas du sacriléijeî... Moi le voir ! ô terreur!... Que Dieu dans sa bonté Epargne à mes regards son aspect détesté ! Si je le rencoiitrais, ce fléau de l'Eglise, Il saurait à quel point mon âme le méprise !

FRANÇOIS {sonrianl).

Le méprisei"! oli! non!... Dieu ne le pourrait f)ast Celui qui s'est levé pour de pareils combùtS, Qui sans crainte a senti dans sa forte poiti-iôè. De quoi soutenir seul cette lutte divine... Celui-là... vois-tu bien.... n'est méprisé jamais î .

CATHERINE (avcc vivacUé).

Je lé hais!...

FRANÇOIS

Catherine, ah! si tu le voyais, Tu te repentirais à genoux de ta haine , Tant le ciel mit d'amour sur cette face humaine !

CATHERINE [ovec uti emportemcïil croissant]. Non , c'est un furieux , un vil blasphémateur !

LUTHER. W

îl outi-age le ciel I

THÉRÈSE {s' approchant d'elle avec tendresse). Ma sœur ! ma douce sœur !

CATHERINE (revenant à elle).

Ahî merci. ..je t'entends... Merci, bonne Théi-èse... Par la voix, ton regard, soudain mou cœur s'apaise... O divin rédempteur, j'ai méconnu ta loi ! Partlonne !..

(^1 François,)

Maintenant quittez-moi... quitiez-moiî

FRANÇOIS

Ah î qu'un mot d'espérance î..

CATHERrxE (avec bonté}.

Ami de ma jeunesse , Je donnerais mon sort , ma vie à ta tendresse , Si je pouvais, hélas î te sauvant à ce prix , Te ravir à l'erreur qui couvre les esprits î Mais ne demande plus d'amour à Catherine! Son cœur brûle à jamais d'une flamme divine ; Sur un céleste objet ses yeux sont attachés. Et par le trépas seul en seront arrachés.

38 LUTHER

iSe lui demande rien, car c'est un Dieu qu'elle aime, Et cet amour pour elle est le bonheur suprême !

( On entend du tumulte et des cris. ) DES VOIX ( au dehors ).

Vive Martin Luther !

«.ATHERINE.

Quel bruit !

THÉRÈSE {courant à la croisée).

Dieu !... par torrens La foule accourt : bourgeois, soldats, étudians , Se rangent sur la place !

FRANÇOIS {également à la croisée).

Ah ! c'est un jour de fête !

Voyez-vous , voyez-vous ce bûcher qui s'apprête ? On l'allume ! ô triomphe! est-ce lui que je voi?... Oui c'est lui , c'est Luther, le sauveur de la foi !... Il livre au feu vengeur les saintes décrétales. L'arrêt qui le proscrit, et les bulles papales !

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