SCENE PREMIERE
LUTHER {(lebout, une bible à la main, parlant « /'assetnblée).
Vous m'avez enlendu, gracieux Électeurs,
Noble et puissant Monarque, et vous tous, mes Seigneurs!
Sans feinte ù vos regards f ai découvert mon âme;
Jugez la ! Vous voyez qu'un vœu sacré m'enflamme !
Je suis un pauvre moine, habitant loin des cours;
Je ne sais des flatteurs imiter les discours ;
Mais ce c[ue Dieu m'inspire en ma cellule sainte,
Je le dis sans détour , sans réserve et sans crainte.
La louange ici-bas, l'éclat, m'importent peu ;
J(^ vru\ le bien de tous et la gloire de Dieu :
LUTHER. 129
Rien de plus.... Si parfois ma parole est trop vive, C'est que mon cœur est pur et ma bouche est naïve.
Lii CARDINAL ( 86 levaut et désignant quelques livres sur la table des greffiers ).
Ces livres, répondez, Lutlier, sont-ils de vous?
LUTHER
De moi, sans doute.
LE C.\RDINAL,
Ainsi vous les avouez !
Tous!
LE CARDINAL
Vous ne les voulez point réti*acter ?
LUTHER (flwc grand calme).
Le pourrais-je ?
Si la foi que j'annonce offense le Saint-Siège, Elle est dans l'évang^ile et dans saint Augustin ; C'est mi lait avéré, Seigneurs, un fait certain !
130 LUTlIEll.
Lisez ce pèi'c illustre et ses divins ouvrages , Parcourez l'évanfïile et ses célestes pa(jes , Et vous verrez, Seigneurs, que je n'invente rien, Que tout ce que j'enseigne est pur, vraiment chrétien !
LE CARDINAL {ttvec chalcur).
Est-ce aussi d'un chrétien, l'attentat sacrilège. Que vous avez commis, en bravant le Saint-Siège?.. I^a bulle consumée en d'exécrables feux. Votre insolent mépris pour nos hommes pieux, N'ont-ils pas mérité la divine colère?.,
LUTHER
Ne vous emportez pas... vous }>arlez du saint-père ! De mon crime envers lui !... je n'en ai pas commis ! Ah ! qu'il soit vraiment saint, et je serai son fils !
( Avec une vivacité croissante .) Je n'ai fait que combattre, intrépide adversaire. Ce monstre à l'œil bénin , éclos du sanctuaire, Qui du masque imposteur de la paternité Déguise ses forfaits envers l'humanité ; Qui, nous enveloppant de ses fausses doctrines, Fait mentir à son gré les volontés divines; Qui , digne de l'enfer, veut nous fermer le ciel.