‹ Luther, poème dramatique en cinq partiesChapitre 51 sur 61 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

*«^ LUTHER

Cloître, asile pieux où j'ai cherché la paix > De ton enceinte , hélas ! elle a fui pour jamais!... Luther, je te retrouve au fond du sanctuaire. Et c'est encor ton nom que redit ma piière !...

SCÈWE II.

CATHERINE, L'ABBESSE [elle porte un costume sévère, mais non plus l'habit religieux de son ordre.)

CATHERINE

Chère Abbesse, est-ce vous?... Au milieu de la nuit, Seule dans le couvent, quel désir vous conduit?

l/ ABBESSE.

Mais d'abord réponds-moi... Pour(|uoi cet air de fête? Quelle solennité dans l'Eglise s'apprête? Pourquoi donc cet encens, ces vases parfumés. Et ces cierges nombreux, sur l'autel allumés?

CATHERINE

Je me suis rappelé que c'était Sainte-Claire, Votre fête,.. Ai-je pu vous oublier, ma mère?

LUTHEH. 163

L ABBESSE

Dieu i"ëcompensera ce touchant souvenir , Et, malgré tes erreurs , mon cœur doit te bénir. Chère enfant, j'ai vouhi revoir ma vieille Eglise^ Avant que sous mes yeux le fer ne la détruise î

CATHERINE

Comment!...

l' ABBESSE.

L'ignorez-vous, ô ciel?... Des furieux.

Se disant de Luther les sectateurs pieux. Commettent des excès qu'il flétrii-ait peut-être, Si déjà devant lui Dieu ne l'eût fait paraître î Les temples abattus, les saints lieux profanés. Sont les divins plaisirs de ces cœurs forcenés !... De ces dévastateurs l'impitoyable rage Ne veut pas qu'une croix reste en un seul village! Ils approchent, dit-on , et de leurs bras sanglans Vont souiller cet autel, abri de mes vieux ans.

CATHERINE

Je Vi}^orais, ma mère... En ce lieu solitaire.

Je vis seule, avec Dieu, loin des bruits de la terre,. Après Thérèse enfin , compagne de mes pleurs , Il n'est qu'un seul te'moin de mes vives douleurs : De Luther quelquefois je revois le vieux père. Marguerite n'est plus!.. Et quittant sa chaumière, Il habite aujourd'hui près de nos saints parvis , Voulant mourir aux lieux où respira son fils !

l'abbesse.

Ah ! je t'épargnerai des reproches stériles ! Quand tu m'ouvris ton cœur, de mes vœux inutiles Je fatiguai lé cid, pour ra]1pelér en toi Les sentimens si purs de ton ancienne foi!... Infructueux efforts ! . , Ton âme foscinée Se débat vainement vers l'abîme entraînée ! Ton Dieu respire encore en ton cœur enflammé! Ah ! Luther est fatal à ceux: qui l'ont aimé !... Tu connais de François le destin si funeste!

CATHERINE

Qu'est-ce donc?

l'abbesse.

Reconnais la vengeance céleste!

IXTIfER. Iflt

Ses vœux par toi trompés , et sa religion Ont égaré son âme , ont troulîlé sa raison !

CATHERINE

Grand Dieu !

l'abbesse.

De Carlostadt, destructeur de nos temples, Il suit aveuglément les horribles exemples! Il porte le ravage et la flamme en tout lieu , Et maudit à la fois, toi , Luther et son Dieu !

CATHERINE

Malheureuse !

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