‹ Luther, poème dramatique en cinq partiesChapitre 53 sur 61 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

CATHERINE DE BORA, FRANÇOIS DE WILDENECK, CARLOSTADT, troupe n'icoTiOCLASTEsannés de lances, (le haches et de torches. Catherine se'place à l'écart derrière une des colonnes de l'église.

Des cierges ! des flambeaux ! extravagance pure ! Renversons ces autels, théâtre d'imposture! Répandons en tout lieu l'épouvante et l'horreur ! Je trouverai la joie au sein de la terreur !

(Il abat les cierges; les Iconoclastes renversent le grand aiitd; mais la lampe qui y brnlait n'est pas éteinte. )

CATHERINE (à part et sans être vue).

Je tremble... Est-ce François?... O divine clémence!... Grâce, grâce pour lui, car il est en démence !

CARLOSTADT.

Détruisons sans pitié les autels de Baal !

A l'œuvre , <'ompagnons î guerre au monstre papal '

IX TUER. i71

Poursuivons les faux dieux jusqu'en leur^nctuaire. Et frappons l'hydre sainte au fond de son repaire !

FRANÇOIS [montrant l'image de la Vierge).

Détruisez cette Vierge !... Elle pleure !.. et pourquoi?... Des larmes j'en versais, et je n'en ai plus, moi ! (S' approchant de l'autel d'Euplirosine, au moment où les Iconoclastes vont le renverser. )

Euplirosine ! Euphrosine ! ah ! c'est un cœur Hdèle !

Qu'on l'épargne!... D'amour noble et touchant modèle.

Dans le fond d'un désert tu suivis ton amant !

Tu cachas sous le IVoc ton visage charmant;

Tu vécus près de lui dans ce lieu solitaire ,

Déguisée, inconnue et passant pour son frère !...

Pur et beau dévoûment... amour vraiment chrétien !

{Prenant la main de Cattierine qu'il a découverte et lui parlant sam la reconnaître. )

Femme, qu'en dites- vous?. . . N'est-ce pas que c'est bien ? (Reprenant avec emportement. )

(3n ne la vit pas , elle , avec un froid sourire ,

Retourner le poignard dans un cœur en délire.

Le condamner, ce cœur, aux tourmens de l'enfer!..

(Avec un rire amer. )

172 LlîTIIEll.

Cette sainte^ il est vrai , n'a pas connu Luther !

( Carlostadt et les Iconoclastes se sont dispersés dans l'église. François se trouve seul avec Cathetine.)

CATHERINE

François , je ne viens pas accuser ta démence ; Mon cœur est inclul{jent : il connaît la souffrance ! Je t'ai iVappé des coups que m'infligea le sort ; Nous périssons tous deux, et de la même mort. Mais au nom de ton âme, et des lieux où nous sommes. Et du sang répandu pour le salut des hommes. Apaise, il en est temps, ces transports furieux ! Sors de ce rêve horrible, ou j'expire à tes yeux î

FRANÇOIS

Que vois-je!... Se peut-il?.. Euphrosine!.. Euphrosineî. Tu descends de l'autel !...

CATHERINR.

Non, je suis Catherine!

FRANÇOIS

Catherine... c'est elle! ¥A\c a parlé, je crois,.. Parle encore... uu seul mol ! quej'eniendetavoix!

LLrniu\. 175

Ta voix, je la connais. . . sa douceur est divine... La lani|)e brûle encor... Viens donc...

{L'entrahiant jnes de l'autel renversé dont la lampe bràle encore, et la reconnaissanl à cette lueur. )

C'est Catherine!

CATHERINE

C'est moi !

FRANÇOIS {avec fureur, tirant sonépée).

Réponds-moi donc ! par tous les saints du ciel , De ce ciel exécré dont j'ai brisé l'autel , Par l'enfer que je brave, et ta vierge Marie, Qu'écrasa sans pitié notre sainte furie , Réponds-moi sans détour... Aimes-tu Luther?

CATHERINE {avcc calme).

Oui.

FRANÇOIS (levant xtir elle sonépée).

Meurs donc!.. Un mot encor... mais songe qu'aujourd'hui C'est la mort qui sur toi se lève inexorable ! Celui qui t'interroge est un juge implacable ; Une dernière fois , écoute... et réponds-lui !.. Trahis-tu tes sermens? Aimes-tu Luther?

IT4 HTHEK.

CATHERINE ( avec le même ralme ) .

Oui!

FRA:N(;OIS

C'en est donc fait!..

(11 va Ja percer de son épée et s'arrêle frappé d'une vision soudaine.)

Mais non. . . non , ce n'est pas un rêve. . . C'est Luther que je vois... Il m'arrache mon glaive ! Il veut que je te sauve... Eh bien , sois sans effroi !

CATHERINE [avecjote).

Luther, où donc est-il?..

FRANÇOFS.

Près de toi !

CATHERINE {avecjoie, hors d'elle).

Près de moi!...

FRANÇOIS

Regarde... à les côtés...

CATHERINE {après avoir jeté les yeux autour d'elle), Vgus êteseudtilii'el..

LUTIIEU. IT4

Kulher n'est pas ici! Quehléaion vous inspire? Où voyez-vous Luther?.. Frappez donc! tuez-moi.

FRANÇOIS

Catherine î

CATHERINE ( avcc emportement ) .

Il est mort , Luther !

Apaise-toi !

CATHERINE

De sa nouvelle foi profanant l'héritage, Vous portez en tous lieux le meurtre et le pillage ! Vous changez en démon un messager de paix , Et du nom de I^uther couvrez tous vos forfaits ! Sur vous et non sur lui que la honte en retombe ! ' Comme il vous flétrirait, s'il sortait de sa tombe!..

FRANÇOIS

Catherine, est-il vrai?,, Que dites-vous, grand dieux î Piller les temnles saints !..

176 LtTUEll.

CATHERINE (liû moïilranl l'église).

l{c{>ar(le , inallicureax !

FRANÇOIS

0 ciel!., se pourrait-ilV.. A'oici le sanctuaire!

Où siiis-je?. . à VVillember.*» I. . quel nouveau jour in'éclab'el. .

Quel ravajje eiïrayant !... Que s'esl-il donc passé?

Tous ces cierges éteints !.. Cet autel renversé !..

Ah! Carlostadt, c'est vous!

Page 1