CHAPITRE II. — LA CRITIQUE PHILOSOPHIQUE
terre,, au milieu des tribulations ; mais ceux que poussent et que tiraillent les vicissitudes de la vie, qui se laissent séduire et affliger par des illusions, obtiendront la rémission du trouble qui les agite lorsqu'ils atteindront le havre tranquille de la mort. Un distique souvent reproduit sur les tombeaux en grec et en latin exprime cette pensée « Je me suis sauvé, échappé. Espérance et Fortune, adieu : plus rien entre vous et moi, jouez-vous des autres » 1, Le déterminisme stoïcien est en liaison étroite avec celui de l'astrologie, qui; originaire de Babylonie et transplantée en Egypte, répandit depuis le li^ siècle avant notre ère dans le monde gréco-romain sa conception mécanique et fataliste do l'univers. Suivant cette pseudo-science, les phénomènes physiques, comme le caractère et les actes des hommes, dépendaient absolument des révolutions des corps célestes ^. Ainsi toutes les forces de la nature et l'énergie même de l'intelligence agissaient suivant une nécessité inflexible. Dès lors le culte devenait sans objet et la prière sans effet. De fait l'on vit cette divination sidérale, qui avait grandi dans les temples de l'Orient, aboutir en Grèce chez certains de ses tenants à une négation du fondement même de la religion. Il est remarquable que dans les écrits qui nous en sont conservés il ne soit jamais question de l'immortalité de l'âme. Lorsqu'on y. parle de ce qui vient après la mort, il ne s'agit pljus que des funérailles ou de la gloire posthume ^ On n'y voit jamais qu'on promette au malheureux que l'adversité infligée par les étoiles hostiles, accable de traverses et d'infirmités, une consolation ou une compensation dans l'au-delà. L'astrologie scientifique des Grecs limite son horizon à cette vie, bien que dans son vocabulaire subsiste des traces de la croyance à l'Hadès*, et que dans les mystères elle ait inspire certaines théories eschato logiques ^. En faisant ainsi abstraction de toute immortalité, elle se conforme à la tendance qui dominait dans le Portique au moment où elle se répandit.
1. C. E., 1498 = CIL, VI, 11743 : « Evasi, effugi, spes et fortuna vakte /, nil mihi vobiscum, ludificate alios » ; et. C. E., 434 = CIL, XI, 6485 ; C. E., 409 = CIL, IX, 47, 56 ; C. E., 185 = CIL, I, loio : « Fortuna spondet multa multis, praestat nemini».En grec, Anthol. Pal., IX, 49, 134, 172. Cf. Roscher, Lexikon, s. v. "EXttk;, col. 2455, 20. L'origine stoïcienne (et non épicurienne) est prouvée par l'épitaphe de Sénèque (Riese, Anthol. lat., 667) et surtout par Vettius Valens, p. 219, 26 ss. Kroll. Cf. Lattimore, p. 156.
2. Bouché-Leclercq, Astrologie grecque, 1899, p. 28 ss. Cf, infra, ch. VII, début.