‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 133 sur 468 · II. — La négation d'Épicure · texte numérisé non relu

II. — La négation d'Épicure

Si le stoïcisme au cours de son histoire s'est montré hésitant et souvent réticent devant le mystère de la mort, l'autre grand système qui partagea sa domination sur l'esprit des Romains, l'épicurisme, fut l'adversaire passionné de la foi en l'immortalité comme des autres croyances religieuses ^ . Mais si les deux écoles aboutissent à peu près à la même négation, elles y sont parvenues par des voies différentes, et en tirent des conséquences morales opposées, l'une exaltant l'action conforme à la vertu, l'autre recommandant la quiétude d'une retraite cachée^.

Épicure fui conduit à nier toute survivance par les principes mêmes de l'atomisme qu'il emprunta à Démocrite^. L'âme, pour lui, n'était point une, elle ne constituait pas une entité indivisible : elle était un assemblage d'atomes. Ces atomes, formés d'air et de feu, étaient d'une subtilité et d'une mobilité extrêmes, puisque rien n'égale la vivacité de l'âme. Celle-ci, répandue dans tout le corps, était à la fois l'énergie vitale qui entretient notre organispae, et le principe de l'intelligence et de la volonté. Elle naissait avec le corps au moment de la procréation. Faible tant que celui-ci était frêle, elle grandissait et se fortifiait avec lui ; mais elle souffrait aussi en même temps que lui de toutes les maladies et ressentait tous ses maux. Puis elle vieillissait et dépérissait comme lui, et puisqu'elle arrivait simultanément à la décrépitude, elle devait aussi nécessairement périr lorsqu'il mourait. Dès qu'elle n'était plus retenue et maintenue dans son enveloppe corporelle, elle se dissociait ; la liaison transitoire des atomes qui l'avaient produite était à jamais abolie. Le souffle vital que le moribond expirait, battu par les vents, se dissolvait dans l'air, disait Épicure, comme un brouillard ou une fumée, avant même que le corps fût décomposé *. C'était là d'ailleurs une conception, si ancienne

1. Zeller, Phil. Gr., III, i, p. 420 ss. ; Guyau, La morale d'Epicure, 3» éd. (1886), p. 103 ss. ; C. Martha, Le poème de Lucrèce, 3e éd., pp. 113-172; IJseaer, Epicurea, 1887.

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