CHAPITRE II. — LA CRITIQUE PHILOSOPHIQUE 13Ï
qui passe par les espérances ou les craintes de l'avenir, se représente plaisamment comme un gros pourceau du troupeau d'Épicure^. C'est ainsi que le vulgaire avait interprété les préceptes de celui qui en réalité prêchait la modération et le renoncement pour parvenir au vrai bonheur, et qui flétrissait ceux qui se^ jetaient dans les jouissances et se hâtaient de faire bonne chère, en songeant aux privations dont ils souffriraient dans l'au-delà 2. Un épicucurisme dégénéré, érigeant en vertus la gourmandise et la volupté', put devenir une règle de vie pour ceux que la bassesse de |eur âme yi prédisposait, comme les jouissances équivoques de certains cultes restèrent pour des populations grossières, encore proches du naturisme, la forme toute matérielle qu'elles concevaient de la félicité présente et future^.
Sans doute, à côté de ces témoignages d'une incrédulité parfois ostentatoire, pourrait- on, dès la fin de la République, trouver certains indices d'un renouvellemenl de la foi. Les mystères orientaux commençaient à enseigner à Rome leurs doctrines de salut, et les premiers conventicules pythagoriciens, nous le verrons (p. 151), y recrutaient des adhérents. Toute généralisation absolue en une matière qui comporte tant de nuances, serait nécessairement trompeuse. Mais l'on peut affirmer qu'à cette époque, la croyance en la v-ie future était réduite à un minimum. La période rationaliste et scientifique de la pensée grecque, qui commence avec Aristote et s'étend sur toute l'époque hellénistique, se prolonge jusqu'au siècle d'Auguste. Le scepticisme ou l'indifférence des Alexandrins, dont Rome est alors l'imitatrice, a gagné le monde latin. On connaît l'épigramine railleuse de Callimaque ''j qui fut un érudit en même temps qu'un poète : . « Charidas, que sont les choses d'en bas ? — Obscuriti^ profonde. — Remonte-t-on de là ? — Pur mensonge. — Et Pluton ? — Une fable, — Alors nous sommes perdus. Voilà mon dire véridique ». Catulle dira avec un accent plus amer ^ : « Le soleil peut se coucher et réapparaître, mais nous, notre . brève lumière une fois éteinte, il nous faut dormir une seule et même nuit éternelle. »
Si l'on feuillette le recueil des épigrammes funéraires de l'Anthologie