CHAPITRE III. — L'IMMORTALITÉ CÉLESTE
une si grande ignorance de ce que furent les spéculations théologiques de l'Asie antérieure sous les Séleucides, que l'on ne peut préciser davantage.
Dans cet Orient, où les nuits limpides font étinceler la voûte constellée d'un incomparable éclat, ^sa splendeur éveille naturellement un sentiment de ferveur religieuse. Selon la parole du Psalmiste* « les cieux y racontent la gloire de Dieu ». Il est naturel que le culte des astres s'y soit développé et qu'on y ait mis la destinée de l'homme, sur la terre comme après la mort, en relation avec ces « dieux visibles » . Pausanias prétend savoir que les Chaldéens et les Mages ont les premiers affirmé que l'âme humaine est immortelle et en ont convaincu les Hellènes et en particulier Platon '. «Sous cette forme absolue, une telle affirmation est sans doute inexacte, mais elle a conservé un souvenir infidèle d'une grande vérité. Il est certain que les Pythagoriciens sont entrés de bonne heure en contact avec ces « Maguséens », qui s'étaient établis à proximité des cités grecques d'Ionie. Une tradition antérieure à Aristoxène de Tarente, le disciple d'Aristote, voulait que Pythagore lui-même eût été à Babylone se mettre à l'école de Zoroastre, assertion certainement mensongère, mais où s'est concrétisé le souvenir des rapports qui ont existé entre l'ancien pythagorisme et les Mages d'Asie Mineure *. Nous avons montré récemment, sur un point de détail, comment l'interdiction de sacrifier et de consommer le coq blanc, adversaire des démons malfaisants, avec les raisons invoquées pour justifier cette prohibition, avait été empruntée à ces mazdééns d'Anatolie' par la secte italique^. Celle-ci subit à bien d'autres égards l'ascendant de ces maîtres orientaux : ses premières notions d'astronomie et de mathématiques lui sont venues de Babylone &, et c'est des Maguséens qu'elle a reçu cette doctrine de l'immortalité céleste, qui se présente comme ime combinaison de l'eschatologie mazdéenne avec la théologie astrale des « Chaldéens ». La transmission des résultats scientifiques auxquels une patiente observation du ciel avait conduit ces Chaldéens, s'est conjuguée avec celle 'de croyances religieuses qui, dans l'esprit d'un clergé d'astronomes, en étaient le corollaire.